Christiane Taubira

par Gérard Leclerc

jeudi 28 janvier 2016

« Je choisis d’être fidèle à moi-même, à mes engagements, à mes combats, à mon rapport aux autres. » Le style, c’est la femme ! Oui, c’est Christiane Taubira expliquant d’une formule son départ du gouvernement. Impossible de refuser à une telle personnalité sa cohérence, sa fierté ! En toute occasion, elle a su faire preuve d’un sacré caractère. Ayant été l’adversaire, parmi bien d’autres, de notre ancienne Garde des Sceaux, je ne puis lui refuser cet hommage. Tout en ajoutant : je ne regrette rien, ni mon opposition résolue à la loi qui porte son nom, ni les manifestations incessantes de mes amis, en toutes circonstances, et notamment place Vendôme, pour signifier qu’ils ne lâcheraient rien. Nul doute que cela ait été pénible à Christiane Taubira, mais elle avait délibérément choisi d’incarner la cause du mariage dit pour tous et l’opposition qu’elle suscitait produisait en même temps la vénération voire l’adulation de tous ceux qui la considéraient comme une icône.

Que certains coups se soient égarés, j’en conviens. Je ne suis pas dupe pour autant des stratégies et des tactiques de communication qui savent habilement fabriquer un scandale stratosphérique à partir d’un incident de cour de récréation. Une combattante telle que Christiane Taubira était bâtie pour l’adversité, d’autant plus qu’elle contribue à sa légende. Autre qualité de notre ex-ministre, sa culture littéraire, qu’elle avait le don de distiller dans les discours les plus austères. Je me permettrais tout fois une réserve à ce propos. Si j’appréciais les envolées lyriques sur les ailes de la poésie, j’étais beaucoup moins convaincu par la rhétorique, et encore moins par la dialectique. Pardon, mais j’y relevais des contre-sens et parfois même des sophismes.

Et c’est bien là le problème. Une affaire aussi grave que celle du mariage et de la famille imposait une réflexion anthropologique de premier ordre. La Garde des Sceaux avait beau être portée par toute une culture contemporaine très prolixe et soutenue par un milieu médiatique totalement complice, elle n’en était pas moins aux prises avec la constitution fondamentale d’une humanité structurée par la différence sexuelle. Qu’on le veuille ou pas, elle s’affrontait à un redoutable mystère, dont le déni, selon Pierre Legendre, entraîne l’État dans l’abîme de la déraison.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 28 janvier 2016.

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