Christian Vanneste

par Gérard Leclerc

vendredi 30 avril 2010

Je ne pense pas que quiconque puisse reprocher à Christian Vanneste de ne pas avoir de solides convictions, même et surtout ses pires ennemis. Faut-il voir là une exception, le monde politique étant réputé pour un certain cynisme, un certain arrivisme et, dans une acception plus convenable, un pragmatisme qui permet d’évoluer avec les difficultés, en négociant les tournants intellectuels, et parfois éthiques selon les opportunités du moment ? Je n’oserais évidemment pas l’affirmer. Ce serait d’ailleurs dangereux, car ce serait donner par avance de la politique une idée défavorable, en décourageant les vocations au service du bien public. Je suis convaincu que chez la plupart des politiques il y a la volonté de bien faire et d’ailleurs une réelle ascèse. La passion du pouvoir (et sa libido dominandi) ne doit pas nous cacher la part d’abnégation qu’elle recouvre.

Reste qu’en régime d’opinion, il n’est pas toujours facile de demeurer insensible à certaines sirènes, à l’air du temps, au diktat des idées du moment. Il y a, selon les époques, des idéologies dominantes. On a connu le marxisme hier, avec ses séductions qui s’imposaient bien au-delà du parti communisme, on a vu dans les années 80 le retour d’une idéologie libérale qui pouvait prôner jusqu’à l’ultra-libéralisme. Je dirais que ce tournant intellectuel a eu de réels avantages mais aussi des inconvénients notoires. Il faudrait parler également d’une autre tendance, très prégnante, et qui exerce ses ravages aussi bien à gauche qu’à droite, celle des libéraux-libertaires qui, sociologiquement, peuvent s’identifier avec le phénomène bobo, ces bourgeois-bohèmes qui ne sont pas un mythe, je m’en aperçois dans certains quartiers parisiens. Toute une querelle est née de l’esprit de 1968. On se souvient d’une intervention vigoureuse du candidat Nicolas Sarkozy, durant le deuxième tour des présidentielles, à Bercy, contre 68, qui avait provoqué quelques remous. Cette charge, d’ailleurs écrite d’évidence par Henry Guaino, renvoyait-elle à l’affirmation d’une droite décomplexée, comme certains l’espéraient ? Ou était-ce un leurre, comme beaucoup l’ont pensé et exprimé à haute voix, dénonçant derrière ce discours une tout autre réalité, celle d’une droite bling-bling, pas si assurée dans ses repères intellectuels, et prête aussi à se laisser abandonner à l’esprit du temps ?

Ce qui n’apparaît pas douteux, c’est l’extrême difficulté de tenir ferme, par exemple, sur les positions défendues par l’Eglise sur des terrains aussi sensibles que la famille, la bioéthique, et donc la défense de la vie. Souvent, on fait part du fossé qui existe entre un haut idéal moral et les réalités qui contraignent de s’adapter aux évolutions sociales. Il est vrai que déjà saint Thomas d’Aquin avait mis en évidence l’impossibilité d’aligner exactement la législation civile sur la perfection morale, le risque étant de rendre, par idéalisme, impossible l’obéissance à la loi. N’empêche qu’il y a des impératifs de la conscience irrécusables, et que c’est la grandeur des politiques de les respecter et de les faire respecter. D’ailleurs, il m’est arrivé d’observer que les hommes et les femmes de conviction étaient eux-même respectés, dans le monde politique, loin des médias bien sûr, par ceux qui ne les partageaient pas.

Chronique du 30 avril sur Radio Notre-Dame

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