Chanter la paix et la communion

par Vincent Aucante

lundi 18 mars 2019

Le 16 mars, plusieurs chorales des Églises d’Orient se sont retrouvées à Paris dans l’église Saint Eugène-Sainte Cécile pour le onzième concert inter-ecclésial organisé par l’association EECHO, Enjeux de l’étude du christianisme des origines. Ce bâtiment assez exceptionnel, construit en 1856, est caractéristique des grands travaux d’embellissement de la capitale réalisés par Napoléon III. Son armature en acier libère en effet les murs, ce qui dégage les bas-côtés et fait entrer la lumière par de grands vitraux. L’ensemble est entièrement peint, comme l’étaient nos églises médiévales. Par un concours de circonstances malheureux, l’église se trouve à deux pas du parcours de la manifestation des « Gilets jaunes », qui se déroule au même moment que le concert. L’accès s’en est trouvé extrêmement difficile, la circulation dans cette partie de la capitale étant quasiment impossible, tandis que plusieurs stations de métro étaient fermées.

Une expérience surréaliste attendait les quelques auditeurs qui avaient bravé ces difficultés. Tandis que le bruit assourdi de ces violences qui caractérisent les « Gilets jaunes » parvenaient dans la nef comme des vagues nauséabondes, des chrétiens de toutes origines et de toutes confessions partageaient la même paix à travers la musique.

Autour du thème « l’Esprit consolateur », six chorales se sont succédées, chacune apportant sa langue, son style, sa richesse, sa culture, ses couleurs. Les jeunes chanteurs de la chorale copte orthodoxe ont partagé plusieurs chants de la Pentecôte en copte et en français, accompagnés de petites cymbales et d’un triangle. Les filles devant, en pantalon noir chemisier blanc, les garçons derrière, en aubes blanches cintrées d’étoles noires et dorées. Les orthodoxes éthiopiens de Notre-Dame de la Voie à Athis-Mons, habillés en aubes blanches avec coiffes rouges, rangés en ligne, ont chanté en guède « Dieu est bon », « Marie notre bien-aimée », et un chant de saint Yared. Ils n’avaient pas pris leurs instruments habituels, notamment les tambourins, car ils sont en carême. La chorale de Notre-Dame de Chaldée, constituée d’Irakiens, a loué le Seigneur en arabe et en araméen, accompagnée à l’orgue. Les jeunes chanteurs étaient vêtus d’une aube noire bordée d’or, avec une grande croix en or dans le dos. Deux chanteurs de l’église grecque-orthodoxe Sainte Hélène, rattachée au patriarcat d’Antioche, ont entonné en arabe le tropaire de la Pentecôte ainsi que divers hymnes à l’Esprit Saint. La dynamique chorale des jeunes maronites de Notre-Dame du Liban était vêtue d’aubes rouge foncé. Accompagnés d’une flûte traversière et d’un orgue, ils ont entonné en arabe et en français plusieurs chants à l’Esprit saint. Parmi ces groupes orientaux, témoins vivants des origines du christianisme, le groupe grégorien Una Voce qui a ouvert le concert apportait une touche exotique. La manifestation s’est achevée par une récitation en araméen de l’Évangile de la transfiguration, lu dans toutes les églises latines le lendemain.

Quel contraste entre ce bel échange par la musique, cette communion œcuménique dans la louange de l’Esprit Saint, et les violences commises par les « Gilets jaunes » ! Il y avait parmi les chanteurs plusieurs personnes ayant enduré les violences les plus extrêmes à cause de leur foi. Peut-on espérer que le désir de paix l’emporte sur la violence en France ?

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