Crise sanitaire

Célébrer le mystère pascal

par Gérard Leclerc

mercredi 24 mars 2021

Cathédrale Notre-Dame de Paris. Vigile Pascale.
© P. Deliss / Godong

Pourquoi ne pas le dire ? L’impossibilité de célébrer, cette année encore, la veillée pascale, constitue pour les chrétiens une vraie souffrance, même si les paroisses auront la possibilité de fêter le dimanche à l’aube l’événement de la Résurrection. C’est le pape Pie XII qui avait restauré cette veillée, en renouant avec la plus ancienne tradition de l’Église. Ce faisant, il s’inscrivait dans un authentique renouveau liturgique, qui devait trouver son accomplissement dans la première Constitution de Vatican II. On peut certes regretter les défauts de l’application des principes préconisés par la réforme, mais ils contredisaient l’inspiration conciliaire.

De quoi s’agissait-il en effet ? Le Père Louis Bouyer, dans un essai magistral paru dès 1945, avait condensé la substance doctrinale de ce que l’Église déploie durant la Semaine sainte : «  Tout le culte chrétien n’est qu’une célébration continue de la Pâque : le soleil qui ne cesse de se lever sur la terre traîne après lui un sillage d’eucharisties qui ne s’interrompt pas un seul instant, et chaque messe célébrée, c’est la Pâque qui se prolonge.  »

«  La dramatique divine  »

De là, la nécessité de cette grande semaine de l’année précédée des quarante jours de Carême, pour que le peuple chrétien comprenne pleinement, en s’associant à ce que le Père Balthasar appelait «  la dramatique divine  », le mystère chrétien qui se déploie jusqu’à l’accomplissement de Pâques. Car Jésus n’est pas un personnage de l’histoire, dont on se souviendrait comme une des figures majeures de l’humanité. Il est Dieu parmi nous et son œuvre est associée intimement à la volonté et à l’action trinitaires. Sa présence est agissante, aujourd’hui transformatrice de nos existences désormais emportées dans la dynamique pascale. Comme l’écrivait encore le Père Bouyer : «  De même qu’à cette Pâque pour l’heure de laquelle Jésus était venu, il extériorisa dans l’acte de la Croix l’amour obéissant au Père, l’amour compatissant à ses frères qui avait animé toute son existence, à chaque Pâque annuelle l’Église extériorise ce même amour qui était dans le cœur du Christ et qui s’en est échappé, comme l’eau et le sang, pour se répandre, par les sacrements, dans les cœurs des hommes dont il devient la vie éternelle.  »

La veillée pascale, avec laquelle Pie XII avait voulu renouer, rassemblait toute la continuité de la Semaine sainte qui s’ordonne désormais dans les trois jours mémorables rappelant la fondation de l’Eucharistie, la Passion du Seigneur, son séjour parmi les morts et sa Résurrection.

Car tout s’ordonne dans la même volonté salvifique, où le sacrifice reçoit son acception christique. C’est-à-dire l’expression de la miséricorde de Dieu qui, pécheurs, nous restitue à la Vie. En dépit des obstacles opposés cette année à la célébration de la Pâque, nous ne pourrons qu’éprouver plus profondément, en l’intériorisant, la beauté surnaturelle de ce que le Christ a accompli pour nous les hommes et pour notre Salut.

— 

Louis Bouyer, Le mystère pascal, Éditions du Cerf, 480 p., réédition en 2009.

Messages

  • Jean Frédérique Poisson(VIA,la voix du peuple, PCD) vient de déposer un recours au Conseil d’Etat pour demander la levée du couvre-feu pour le Jeudi Saint, Vendredi Saint, Samedi Saint, et ainsi permettre les offices du soir et la Vigile Pascale... j’ai entendu cela sur CNEWS... Nos évêques, sauf quelques rares exceptions, ne sont guère courageux pour défendre cette liberté de culte...

  • Si M. Jean-Frédéric Poisson et d’autres ont déposé un recours au Conseil d’Etat pour les offices de la semaine sainte 2021 cela signifierait-il forcément la preuve d’une frilosité ou, pour le dire franchement, de lâcheté de la majorité des évêques de France concernant la défense de la liberté de culte ? Ne se pourrait-il pas que la CEF ait pu, par exemple, intervenir dans ce sens auprès des autorités sans pour autant qu’une telle démarche soit relayée par les media ?

    Si un manquement aux prérogatives des évêques était avéré, les offices de cette semaine n’offriraient-ils l’opportunité d’appeler l’Esprit à guider leurs pas ?

    Dans un monde secoué par des attaques, vociférations et violences de toutes sortes une Semaine Sainte priante et sereine aurait peut-être pas toute sa place.

    Bonne continuation vers Pâques !

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