Célébrer Napoléon

par Gérard Leclerc

jeudi 11 février 2021

Statue équestre de Napoléon à Rouen.
© Giogo / CC by-sa

On célèbre cette année le bicentenaire de la mort de Napoléon à Sainte-Hélène. L’événement sera-t-il dignement rappelé ou fêté ? De grosse réticences se font sentir. Toute une coalition se dresse contre un personnage et une légende pour elle insupportable. Que penser de cette pureté inflexible ?

« Sauf pour l’art, sauf pour la gloire, il eut mieux valu que cet homme n’ait pas existé. » Ce mot célèbre de Jacques Bainville au terme de son superbe essai sur Napoléon peut paraître sévère. L’échec sanglant de l’empereur, au terme de son incroyable épopée, justifie sans doute une telle sévérité. Mais l’art et la gloire, ce n’est pas rien, et le même historien soulignait que la légende soigneusement ciselée à Sainte-Hélène hanterait longtemps le souvenir des Français. Pas seulement d’ailleurs. La légende de l’empereur est universelle. Le Figaro qui consacre un éditorial et une double page au bicentenaire de sa mort rappelle le mot de son ennemi Chateaubriand : « Vivant il a raté le monde, mort il l’a conquis. » Oui, même les Chinois se passionnent pour cette figure égale aux plus grandes.

Et pourtant, la célébration du bicentenaire n’a pas que des partisans. Elle a aussi des adversaires résolus, coalisés dans une vindicte sans limite. Ceux-là sont très représentatifs des idéologies qui font fureur jusque dans nos universités. Comment pourrait-on célébrer l’homme qui a rétabli l’esclavage dans nos colonies ? Oui, il est vrai qu’à l’aune des passions actuelles Napoléon n’est pas recevable. Il est le contraire absolu du politiquement correct. Si on laissait faire la légion de ses détracteurs, pas une de ses statues ne resterait en place et la présence de ses cendres sous la coupole des Invalides devrait susciter colère et manifestations.

Je ne puis m’empêcher de trouver cette pureté dangereuse. Cette rage d’éradication va bien au-delà des nécessaires jugements critiques. Elle pourrait bien être à l’origine d’un nouveau totalitarisme, car il n’est pires psychopathes dans l’histoire que ces inventeurs d’une humanité réinventée. Philippe Muray avait déjà tout dit sur les ravages de ce qu’il appelait « l’empire du Bien ».

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 11 février 2021.

Messages

  • Napoléon pose question ?
    Le Chef de l’Etat a bien l’intention de marquer sa mémoire.
    Telle est sa mission. Le fera-t-il rivé au service minimum ?

    Où choisira-t-il de célébrer cet anniversaire ? Avec qui et comment ?

    Les questions fusent. l’histoire passée de la France a eu ses gloires et ses abaissements.

    Faut-il les bannir de la mémoire ?
    En ces moments d’incertitude, de doute et de défiance, la réponse à ces interrogations civiques pose les éléments d’un enjeu national.

    Le patriotisme n’est pas dans les tablettes accordées de ce temps.
    Ce même patriotisme confiné de l’histoire ne pourrait ignorer faute d’y adhérer par la raison, le devoir de mémoire qui s’impose contre les uns, pour d’autres, dont les intentions inavouées sont idéologiquement fondées sur l’actualité du moment.
    Les Espagnols ont déplacé le corps de Franco de la vallée des combattants. Ils ne l’ont pas fait dans le consensus national.
    Les Français toucheront-il à Sainte Hélène ou aux Invalides, à la figure mythique d’un empereur déchu et pourtant reconnu à des actes de bravoure de guerre.

    De Gaulle visita deux mois avant sa mort le dictateur espagnol, que se dirent ces hommes de la guerre de leurs épreuves passées. Nul ne le sait.

    L’histoire a ses hommes, ses génies ou ses démiurges de l’ombre.
    Doit-on les juger au nom d’une idéologie de" la propreté idyllique" de leur engagement national.
    Eradiquer leur visage, leur statuaire, leur présence dans l’espace public est d’une gravité sans honneur.

    L’histoire jugera leurs méfaits.
    Les hommes en ont-ils le droit, la légitimité et le pouvoir ?
    A ceux qui auront mission de le faire, l’histoire renverra leur décision à la mémoire de leur décision ultime.
    Il est parfois difficile de répondre à leur place.
    Il leur doit être douloureux de s’y soustraire.
    La nation ne saurait l’oublier.
    Il est sans doute des circonstances où le courage impose des obligations aux décisions souveraines des gouvernants,
    Attendons et observons la suite du récit historique d’une péripétie qui n’a rien de passagère, factice ou inutile !

  • On ne peut pas dire que Napoléon fut un précurseur de la décolonisation, mais pas que...
    Il asservit les femmes dans son code civil bien plus qu’elles ne l’étaient auparavant
    ’pas d’études dans les grandes écoles, de gestion d’argent, droit de vote)
    Il asservit aussi l’Eglise grâce au Concordat de 1801 : exemples mariage civil présence des Renseignements Généraux lors des sermons et homélies, et surtout les articles organiques condamnés par le Syllabus de Pie IX en 1864 ( l’article 20 : le pouvoir ecclésiastique ne doit pas s’exercer sans l’autorisation des pouvoirs publics). Les articles sont à lire pour juger de la situation de l’Eglise avant 1905
    2 anecdotes dans le livre "Aux portes de l’enfer, le concordat de 1801" de Adrien Loubier . Archevêque de Paris Mgr Affre à la fête du roi en 1846 à qui Louis Philippe a dit :" Souvenez-vous que l’on a brisé plus d’une mitre", il a répondu : "on a vu briser bien des couronnes"
    Et le cardinal Pie à Napoléon III en 1868 : "Si le temps n’est pas venu pour Jésus Christ de régner, le temps n’est pas venu pour les gouvernements de régner"
    Le Pape a dit après la séparation de 1905 : L’Eglise est ruinée, mais libre"

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