Causeries du Cardinal Tauran

Notes retrouvées par Sr M. Noëlle, monastère des Bénédictines, Abbaye de Belloc à Urt

mardi 10 juillet 2018

Avant-hier et hier nous avons regardé en communauté une vidéo diffusée par KTO " hommage au Cardinal Tauran" que nous avons beaucoup aimée et où nous avons retrouvé ce qu’il nous a dit souvent "nous sommes condamnés au dialogue ; ou c’est le dialogue ou c’est la guerre".

Voici, ce qu’on peut trouver dans les annales de la Communauté : ce sont des notes prises au cours de causeries que le Cardinal nous donnait lorsqu’il est venu à l’hôtellerie.

Causerie faite à la Communauté des Bénédictines en 2012.
 
Le cardinal Jean-Louis Tauran passe quelques jours de retraite dans notre hôtellerie. Il a bien voulu nous parler de ses voyages et rencontres effectués dans le cadre de sa mission au dicastère des relations interreligieuses. (…)
 
En visite au Nigéria où les chrétiens sont victimes d’attentats « conçus et organisés de l’extérieur » nous dit-il, ce qui donne une image très négative de l’Islam, il a rencontré des chrétiens convaincus du « Vivre ensemble ».
 
Parmi d’autres exemples, il nous cite une école fondée et gérée par quinze musulmans et quinze chrétiens. L’Eglise du Nigeria, surtout dans le Sud du pays est étonnante de vitalité.
 
Il nous parle longuement du dialogue interreligieux, qui n’est pas, nous dit-il, le dialogue entre les religions mais entre les croyants qui se rencontrent et qui sont affrontés aux mêmes problèmes et qui ont un « regard religieux ». Ils ont parfois la même manière d’aborder un problème comme la famille, la justice sociale, La clé, c’est l’école, c’est l’université, l’enseignement de l’histoire.
 
Benoît XVI est le Pape qui a le plus parlé du dialogue avec l’islam. Le dialogue avec les bouddhistes n’est pas très organisé, avec les religions africaines non plus.
 
A propos des « affaires » du Vatican, le cardinal déplore le pouvoir de la presse qui déforme la réalité. Le Pape est triste de ces polémiques fabriquées par les journalistes qui donnent l’impression que le Vatican est une sorte de caverne d’Ali Baba !
 
Vu de Rome, on voit que dans l’Eglise, le positif est bien supérieur au négatif.

( 2016)

Notes prises au cours d’une rencontre avec la Communauté.

Le Cardinal Tauran confie à notre prière ses diverses fonctions dans la Curie romaine où il remplit la charge de Camerlingue et de président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Citant l’homme politique italien Giorgio La Pira qui prétendait qu’une ville devrait compter autant de clochers que de cheminées d’usines, il renouvelle ses encouragements à la vie contemplative et monastique !

Nous l’interrogeons sur le Pape. (…) Puis Il nous parle longuement du dialogue interreligieux indispensable, selon lui, pour la survie de l’humanité. Ce point de vue est entièrement celui du pape François.

Qu’est-ce que le dialogue interreligieux ?

Le Cardinal Tauran rappelle que le dialogue interreligieux n’est pas un exercice de théologie comparée, ni un dialogue entre l’islam et le christianisme mais un dialogue entre croyants. Il n’a pas pour but la conversion, celle-ci étant la rencontre mystérieuse entre deux libertés, celle de Dieu et celle de l’homme. Il consiste à respecter l’autre, à essayer de comprendre comment il vit sa foi, voire ce que nous avons en commun, ce qui nous oppose et de mettre tout cela à la disposition de la société.

Actuellement, à cause de la situation internationale, le dialogue avec les musulmans accapare le travail du CPDI (Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux) au détriment des religions asiatiques, des religions africaines. Mais il faudrait arriver aussi à un « trialogue » avec les juifs.

Le Cardinal pense que la démarche primordiale est de créer la confiance, par l’écoute de l’autre, en essayant de comprendre ses racines culturelles à travers lesquelles il exprime sa foi. C’est le Saint-Esprit qui nous donne cette capacité de savoir écouter et de découvrir la vérité. Nostra Ætate, la déclaration du Concile Vatican II sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes dit « Il y a des parcelles de vérité dans toutes les religions » car Dieu travaille en chaque homme et femme ; cette affirmation est une révolution. Il a fallu attendre plusieurs siècles pour que le Magistère de l’Eglise reconnaisse ce que st Justin (2e siècle) avait dit en son nom propre.

Comment répondre à la question récurrente : ce Dieu est-il le même pour les musulmans et les chrétiens ? Le texte du Concile parle du Dieu unique. Si Dieu est unique, il est le même mais pour arriver jusqu’à lui, il y a des chemins différents. Pour nous, Jésus est le Médiateur par excellence.

Le dialogue interreligieux est le meilleur antidote au syncrétisme et au relativisme car il commence par l’affirmation de sa foi. Il est très important de former les chrétiens au dialogue interreligieux car la foi n’est pas un mythe ; elle a un contenu qui a été admirablement synthétisé par le Pape Benoît XVI ; on compte quelques 180 interventions sur l’Islam au cours de son pontificat.

Les difficultés du dialogue interreligieux

Elles sont multiples. Souvent le dialogue reste au niveau des élites et ne passe pas au niveau des lois, des règlements administratifs. Il n’a pas pénétré la base. Par exemple dans les livres d’histoire donnés aux enfants dans les écoles, les chrétiens sont encore désignés « les mal croyants ». Il faut donc enseigner le fait historique des religions. On ne peut analyser aujourd’hui la situation du monde sans tenir compte du facteur religion. On se retrouve souvent face à des jeunes interlocuteurs qui n’ont aucune connaissance religieuse.

Il y a plusieurs islams : les sunnites, les chiites. Les musulmans n’ont pas une autorité magistérielle régulatrice.

A l’objection : « On aimerait que les musulmans prennent davantage position contre la violence. », le Cardinal répond « Après les derniers attentats et l’assassinat de l’Abbé Jacques Hamel, ils l’ont fait unanimement et rapidement. Il y a deux ans, j’avais fait une déclaration où je leur demandais d’être unanimes à condamner ces crimes qu’aucune religion ne peut justifier. »

La violence actuelle au Moyen Orient est diabolique, commise sous l’emprise de la drogue. C’est le mystère d’iniquité dont parle saint Paul.

En Europe des recteurs de mosquées luttent pour pratiquer l’herméneutique sur le coran au péril de leur vie et il faut les aider car c’est la seule solution.

Des initiatives risquées sont à éviter : telles que lire le coran dans une église car il faut savoir que selon la doctrine islamique quand un musulman prie, le lieu où il prie devient un lieu musulman.

Il ne faut pas dire « toutes les religions sont égales » mais « tous les croyants ont la même dignité et ont la même liberté. » Pour nous, Jésus est la Vérité.

Il faut insister sur l’éducation. Nous sommes condamnés au dialogue, sinon c’est la guerre.

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