Cathédrales Intérieures

par Aymeric Pourbaix

mercredi 16 septembre 2020

À l’Est, la bonne nouvelle de la reconstruction de la cathédrale d’Alep, en Syrie, ne doit pas masquer les persécutions réelles contre les églises catholiques. En Chine, depuis plusieurs mois, certaines sont démolies ou transformées par le gouvernement en centres profanes. Même chez les particuliers, les images de la Vierge Marie et de Jésus sont traquées. En Turquie, le président Erdogan pratique une forme de «  djihadisme culturel  », voulant ressusciter le califat par la force des symboles, en faisant d’églises majeures des mosquées.

À l’Ouest, Dieu merci, nous n’en sommes pas là. Pourtant, ce nouvel iconoclasme qui a marqué toutes les périodes révolutionnaires – destruction d’images sacrées et de tout ce qui symbolise l’héritage de la civilisation chrétienne – semble gagner les esprits, à travers la destruction de statues par exemple. Et il transparaît même, en mode mineur, dans ce refus de certains maires écologistes de poursuivre des traditions bien ancrées, comme le Vœu des échevins à Lyon, établi en 1643 pour protéger la capitale des Gaules de la peste…

Nouveau puritanisme

Ce nouveau puritanisme qui travestit l’écologie pourrait même s’apparenter à une nouvelle religion, comme le souligne le sociologue Jérôme Fourquet. Religion pénitente qui voudrait faire table rase dans un Occident qui n’en finit déjà pas de renier ses propres racines.

La réponse, elle, doit donc de se situer au bon niveau, c’est-à-dire spirituel et symbolique. Les protestations de principe, si utiles soient-elles, ne serviront de rien si elles ne s’accompagnent pas, de manière positive, d’un vaste mouvement de réappropriation du sens même de ces traditions religieuses et populaires.

On cite souvent le rôle joué par le roman de Victor Hugo pour ré-enchanter les imaginaires autour de Notre-Dame de Paris. Il faudrait également ajouter celui de J.-K. Huysmans intitulé La Cathédrale. Au tournant du XXe siècle, en plein anticléricalisme virulent, l’écrivain converti à N.-D. de La Salette y déclare sa flamme pour la cathédrale de Chartres : «  Je suis amoureux, affirme-t-il, de cette basilique où sont sculptées les plus belles figures du Moyen Âge.  »

À son exemple, il convient que les catholiques reprennent possession de leur héritage, qu’ils réapprennent à lire avec le cœur et l’intelligence cet enseignement en images que constituent toutes les statues, peintures, chapelles qui peuplent nos églises et sont la richesse, et le propre, de la foi catholique. Afin d’être capables d’en expliquer la beauté et le sens à nos contemporains, qui ont soif de quelque chose qui les dépasse, et qui ne soit pas uniquement matérialiste.

Pour cela, il s’agit d’entretenir avant tout notre propre cathédrale intérieure, en redécouvrant la puissance d’intercession des saints. Toute cette cour céleste qui faisait dire au cardinal Newman, face aux oppositions : «  Nous ne sommes pas seuls (…). (…) ces multitudes d’antan qui ont cru, enseigné, et adoré comme nous, sont toujours vivantes en Dieu, et leurs actes passés et leurs voix présentes, font toujours entendre leur cri à l’autel. »

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