Blasphèmes et caricatures

par Gérard Leclerc

mardi 3 novembre 2020

Cette affiche anticléricale d’Eugène Ogé (1902) montre un prêtre enserrant la basilique de Montmartre.
[Musée de Montmartre]

Une polémique est née, ces jours-ci, sur la légitimité du blasphème lié aux caricatures de Charlie Hebdo. Inconnue du droit d’une république laïque, cette notion n’appartient qu’à ceux qui prient le Notre Père : que ton nom soit sanctifié ! Mais que dire des autres qui ne croient pas au Ciel ?

Toutes les écoles de France ont rendu hommage, hier matin, à la mémoire de Samuel Paty, ce professeur assassiné dans les circonstances terribles que l’on connaît. Cet hommage s’adressait à la personne, mais à la personne tuée intentionnellement pour avoir exercé son métier d’enseignant. Un des plus nobles qui soit. Je ne suis pas persuadé, pour ma part, que l’on doive concentrer sur l’affaire de la caricature, même si elle est à l’origine du drame, le mérite et l’honneur de l’enseignant. Que je sache, cette caricature, d’ailleurs médiocre, n’a jamais occupé qu’un bref instant dans l’enseignement de Samuel Paty, qui, au demeurant, ne professait sûrement pas qu’un dessin de Charlie Hebdo constituait l’alpha et l’omega de l’esprit critique. Il avait bien autre chose à apprendre à ses élèves, et le président de la République, dans son intervention à la Sorbonne, a noté qu’il portait respect et intérêt à la religion de ses élèves musulmans.

Mais il est vrai qu’une polémique est née, ces jours-ci, alimentée notamment par plusieurs représentants de l’épiscopat, sur la notion de blasphème liée à ce genre de caricature. Cette notion de blasphème a été exclue du droit depuis le XIXe siècle, et l’on voit mal comment un État laïque à la française pourrait en proscrire l’usage. Le vieil anticlérical qu’était Clemenceau n’avait pas tort, au fond, d’affirmer que s’il était offensé, Dieu se défendrait bien lui-même. Si la demande du Notre Père, « Que ton nom soit sanctifié » se trouve bafouée cela relève de la conscience de l’insulteur. S’il est incrédule, il est hors d’atteinte de tout reproche, sauf celui d’avoir blessé celui qui croit au Ciel.

Mais le caricaturiste n’est nullement justifié à se prendre pour le nombril du monde, le parangon de la raison, et l’on est tout à fait fondé à lui répondre, dans son propre langage, qu’il est un sacré enfoiré.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 3 novembre 2020.

Messages

  • Croire au ciel ou ne pas y croire ?
    - Développer l’esprit critique des enfants, mais sur quel sujet religieux si la religion n’a pas droit de cité et que toute évocation des religions dans la république est un virus mal soigné ou mal connu ?
    Penser un instant que ces enfants issus de l’Orient par leur parenté puissent se défendre de leur histoire en épousant une neutralité idéologique que l’on peut penser être utopique ou même impossible ?
    - De toute évidence l’essentiel de la vie est bien désormais dans ce nœud de l’intelligence qui aide à croire ou ne pas croire, vouloir connaitre ou ne pouvoir approfondir sa vie spirituelle, si des éducateurs ne lui permettent d’acquérir les codes des religions proprement dites.

    - Apprendre le fait religieux fut émis il y a peu par des esprits cultes sachant de quoi ils parlaient.
    En avons-nous voulu au fil des décennies dans l’enceinte même de l’Education Nationale ou préféré "des sujets essentiels" de substitution comme le sport, l’art ou la musique ?
    - Faire barrage ou remplacer par une autre discipline la discipline essentielle pour tout esprit religieux de la connaissance proprement dite de la croyance des fidèles mène à des impasses.
    La barrière des langues étrangères, la compréhension du compendium des religions, la complexité de leurs différences a pu inspirer le renoncement des maitres professeurs.

    Il est vrai que l’improvisation n’étant pas permise en la matière, il fallait des formations alternatives complémentaires pour traiter ces sujets "essentiels" et sans doute rébarbatifs..
    - Le prétexte des caricatures ne suffit plus.
    Il faut accroitre la connaissance à la croyance, le narratif ou descriptif, le texte de l’écriture ou simplifications des résumés didactiques.
    - Somme toute une manière autre de penser l’essentiel de la religion des autres, quand cette foi existe, persiste et reste un noyau constitutif de la conscience et de la différence.
    La France bigarrée d’aujourd’hui ne saura faire l’économie de ces savoirs alternatifs indispensables de la société actuelle, si persiste encore, la résistance active et parfois agressive "des connaissants face aux incultes", qui pourraient imaginer un instant que la religion serait un mauvais rêve ou un piètre souvenir dont on peut se passer un jour pour penser autre chose !

    Les intuitions de Jean Jaurès étaient fondées.
    Les intuitions de nos contemporains ne sont pas illégitimes pour autant.
    Il y faut pour ce faire additionner la méthode d’antan et la compréhension actuelle des connaissances religieuses de l’intérieur de toute pensée, sans simplisme, sans sectarisme, sans renoncement volontaire et partisan.
    Mais ceci est une autre histoire.
    - Elle est à faire, à écrire, à partager par nos éducateurs tout autant enseignants que pédagogues.
    Le défi est le leur, et sans doute le nôtre à chacun car éduquer la nation est un devoir civique pour tous !

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.