Blaise Pascal béatifié

par Gérard Leclerc

lundi 17 juillet 2017

Le pape François a fait part au quotidien italien La Repubblica de «   sa conviction personnelle positive   » en faveur d’une béatification de Blaise Pascal, le célèbre apologiste du christianisme. On a tout de suite mis en valeur le fait que ce soit un jésuite qui plaide ainsi la cause de l’auteur des Provinciales, cette satire cruelle de la Compagnie. Mais le génie pascalien dépasse de beaucoup cette polémique et il se rapporte d’abord à une force de conviction spirituelle, qui s’est imposée de génération en génération. Que l’Église catholique, en la personne de son chef, s’interroge sur la nécessité d’en faire un intercesseur parmi les saints doit d’abord retenir l’attention sur sa qualité de penseur chrétien, au carrefour de la raison et de la foi. Certes, nous apprenons par Les Pensées que «  c’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison   ». Mais le cœur ainsi entendu est une puissance supérieure qu’on ne doit pas réduire à l’affectivité. Il renvoie à cette part de nous-mêmes réceptive à l’appel de Dieu et à son amour : « On ne croira jamais d’une créance utile et de foi, si Dieu n’incline le cœur ; et on croira dès qu’il l’inclinera. Et c’est ce que David connaissait bien : Inclina cor meum, Deus.   »

Que Pascal ait mis ainsi en évidence un ordre de la charité, qui seul convenait à l’accueil du maître intérieur de saint Augustin, n’impliquait nullement qu’il renonce aux dons de l’intelligence dont la Providence l’avait doté. On sait la valeur du mathématicien, du savant et même son sens pratique, jusqu’à celui du commerce. On sait aussi sa grande culture philosophique et théologique. L’apologiste sait tirer parti de tout cela, ne serait-ce que pour assurer les prolégomènes de la foi. Même s’il sait, comme saint Ambroise, que ce n’est pas par la dialectique qu’il plaît à Dieu d’assurer le salut de l’homme, il ne dédaigne rien de ce qui peut disposer et persuader.

Il y a bien sûr l’objection sérieuse de son jansénisme. Pascal appartient tout entier à Port-Royal, à son histoire, à ses luttes. Il fut totalement engagé à son service, à sa défense. Est-il, pour autant, solidaire de ses dérives doctrinales ? Le débat à ce sujet ne sera jamais définitivement scellé. C’est vrai qu’il y a chez lui un pessimisme de fond qui l’amène à considérer notre nature avec sévérité. Mais pour l’essentiel, il y a chez le penseur du christianisme une perception extrêmement sûre de la foi, qui est liée à son propre cheminement intérieur. On distingue deux conversions de Pascal, la seconde ouvrant à une véritable sainteté de vie que reconnaîtra l’Église, si la cause de sa béatification aboutit. Cette sainteté est fondée d’abord sur son adhésion plénière au mystère du Christ : « Non seulement nous ne connaissons Dieu que par Jésus Christ, mais nous ne connaissons nous-mêmes que par Jésus Christ. Hors de Jésus Christ, nous ne savons ce que c’est ni que notre vie, ni que notre mort, ni que Dieu, ni que nous-mêmes…  »

Que l’annonce du pape François est une heureuse nouvelle !

Messages

  • Etonnante mais excitante nouvelle ! Si elle pouvait contribuer à faire relire ce génial esprit mais aussi ce terrible vivant si porté à l’excès, ne serait-ce que par son opposition à toute valorisation de l’incarnation en notre nature et à sa positivité, ce serait déjà un bienfait de la bouillonnante ouverture d’esprit de ce pape jésuite.
    Pourquoi pas un débat général dans l’Eglise, voire au delà puisqu’il n’y a (peut-être pas) d’enjeux immédiats et de factions qui pourraient idéologiser le débat en le polarisant ?

    La fulgurance des formulations des pensées, et leur si efficace condensation en aphorisme qu’on oublie jamais après les avoir rencontré, atteignent précisément un tel degré d’art du langage et d’efficacité que cela pourrait devenir un obstacle.
    Comment en cette sidération charmée peut-on vraiment les évaluer tant anthropologiquement que théologiquement.
    Qu’en est-il (en un point plus trivial mais qu’on ne saurait négliger face à nos contemporains), en référence précisément à leur contenu anthropologique mais aussi à la vie si austère de cet homme hors du commun, de leur compatibilité avec un humanisme qui constitue le socle d’un échange avec nos congénères humains actuels, et qui est ailleurs également menacé.
    Cette polarisation absolutisée entre la dite "raison" et le dit "coeur", entités également mouvantes peut-elle affronter nos expériences plus synthétiques et plus partagées, et est-il vrai que seul le coeur peut rencontrer Dieu ?
    Cela exclut (via la science ou simplement via la simple contemplation de la terre et du cosmos) la simple et si indispensable révélation par la beauté de l’existant, qui peut s’appréhender autant par la raison de l’astrophysicien ou du mathématicien, que par le "coeur" qui serait le seul vecteur de la perception du beau ? Beaucoup de questions... ?
    A suivre... Es espérant un débat ouvert.

  • Etre déclaré saint et avoir été en désaccord avec Rome, c’est assez surprenant
    Le mardi 23 novembre 1654, Pascal découvre Jésus Christ dans sa vie, il pleure de joie. Il est janséniste, seule la prédestination à la grâce divine peut sauver l’homme qui est mauvais. Pascal pense-t-il faire partie des prédestinés ? Pour mériter cette grâce, l’élu doit faire preuve de rigueur morale et s’adonner à de grandes mortifications. En 1652, le pape Innocent X condamne le jansénisme, en 1713, la bulle Unigenitus réitère la condamnation, les Provinciales sont mises à l’index. Pascal publie ses Provinciales sous un faux nom. Pendant la révolution de 1789, l’abbé Grégoire janséniste suivi par les bourgeois jansénistes du Parlement réalise la constitution civile du clergé et la nationalisation de ses biens. L’esprit janséniste perdurera jusqu’à la fin du 19e siècle et les écrits de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui parle enfin de l’amour de Dieu
    L’an dernier fut l’année de la miséricorde. La miséricorde n’est pas la grâce ni la prédestination (prêchée aussi par Calvin), accompagnée d’austérité . "mon joug est facile à porter" a dit Jésus Christ. La miséricorde suppose que l’homme soit libre et responsable de ses actes, et qu’avec l’aide de Jésus Christ et de l’Esprit Saint il se repente de ses fautes et cherche à les réparer. Et Dieu fait miséricorde

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