Bilan et éclosion de nos vies terrestres - nécessité d’un jugement qui surplombe l’histoire - Messianisme

par Benoît A. Dumas

lundi 25 juin 2018

Le proche entourage de personnes ayant été victimes d’actes criminels espère avec anxiété que les coupables soient identifiés et punis. Il y a dans le coeur humain une exigence irrépressible de justice. Certes le verdict de la justice ne console pas les parents ni ne rend la vie aux disparus, mais son échec est souvent vécu comme un second arrachement... Ce n’est pas forcément ni en premier lieu par haine ou par esprit de vengeance que le châtiment des responsables est attendu, mais par désir véhément que justice soit faite. L’auteur du mal doit être mis à découvert, reconnaître ses forfaits, payer pour compenser tant soit peu le mal qu’il a commis. Un certain ordre est alors rétabli. Lorsque le criminel est capable de demander pardon à sa victime ou à ses proches, il s’inclut dans la réparation et efface une part de sa dette à leur égard et à l’égard de la société. Si, au contraire, il n’amorce aucun retournement et ne donne aucun signe de repentir, l’intention de la justice reste foncièrement inaccomplie.

Le fait que des crimes commis échappent à la justice humaine - coupable introuvable, absence d’aveux, manque de preuves, suicide ou mort prématurée de l’auteur - cela fait naître des sentiments d’énorme frustration, qui nous renseignent sur l’âme humaine et sa perception de ce que doit être l’ordre du monde en ce domaine.

Il me semble que seules des personnes résignées ou des intellectuels sceptiques et pessimistes peuvent alors affirmer, avec froideur ou désolation, que ces impasses, ces ratés, ces avatars de la justice humaine sont définitifs et indépassables, qu’ils font partie de l’incohérence ou de l’absurdité de la condition humaine. Constat d’autant plus difficile à faire “avaler” que les êtres humains disparus étaient des êtres particulièrement chers, des innocents, des enfants promis au bonheur...

Le bon sens, l’instinct et la passion de la vie, l’espoir chevillé à l’âme pourraient suggérer, et suggèrent en effet, la proposition contraire suivante : s’il arrive que les auteurs d’actions infâmes échappent à la justice humaine, il doit y avoir une autre justice, sûre, infaillible et transcendante celle-là, qui juge les coupables et surtout délivre et rétablisse les victimes dans leurs droits. Autrement dit : on peut échapper à la justice humaine, mais personne n’échappe au jugement de Dieu.

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Nous ne pensons pas seulement ici aux crimes ponctuels qui secouent la vie des sociétés en périodes de relative tranquillité. Nous pensons plus encore à des entreprises criminelles de portée collective qui affectent aujourd’hui la vie d’hommes, de femmes et d’enfants en divers lieux de la planète, ou à d’autres qui hantent toujours la mémoire de populations vivant désormais en paix. On se convainc sans peine que de nombreuses conduites humaines, sciemment adoptées, précipitant les nations dans la guerre, mais pouvant installer la violence par d’autres moyens en divers secteurs de la vie économique, sociale, culturelle... et qui, à grande échelle, génèrent l’injustice, la désolation et la mort, sont, elles aussi, destinées à être confrontées à une justice transcendante.

Faute d’un jugement qui surplombe l’histoire humaine, le monde et l’histoire des hommes seraient absurdes. Il faut absolument que justice soit faite, qui mette à découvert les forfaits d’envergure et châtie leurs auteurs (sans parler de la méchanceté et de la malhonnêteté ordinaires). Il faut plus encore que les justes opprimés, les pauvres dépouillés, les innocents persécutés, les petits, les perdants, les victimes massacrées... soient rétablis dans leur vie et dans leurs droits.

Comment cela pourra-t-il se faire ? La philosophie n’en sait rien. Mais elle doit affirmer avec force cette nécessité à la fois métaphysique et morale à visée prophétique, sous peine de ne pas sortir d’une sorte de convenance positiviste à courte vue et d’un discours résigné, faisant, quoi qu’on dise, le jeu des désordres établis ; sous peine de se trouver impuissante à éclairer l’une des grandes énigmes de la condition humaine. Auquel cas il faut reconnaître qu’elle ne sert pas à grand chose.

Pour ce qui est du nécessaire rétablissement des opprimés d’hier et d’aujourd’hui, des victimes d’hier et d’aujourd’hui, des frustrés et des laissés pour compte d’hier et d’aujourd’hui... il ne suffit pas de s’en remettre, on ne peut pas s’en remettre à un sort supposé meilleur des générations futures (même si notre obligation est d’y travailler avec obstination et confiance), car ce sont tous les humains sans exception, depuis que le monde est monde, qui ont besoin que justice leur soit rendue et que leur soit restituée la vie volée, violée, perdue, saccagée, à laquelle ils avaient droit.

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Mérite et potentiel de bonheur

A l’égard du bien que les hommes librement accomplissent, l’exigence d’une récompense est moins pressante que ne l’est l’exigence du châtiment pour les coupables. Parce que le bien porte largement en soi et avec soi sa justification et son bonheur. Pourtant, vu que notre valeur humaine est foncièrement morale, à la proue de notre personnalité,, qu’elle se détermine et se construit jour après jour en référence, claire ou voilée, à l’Absolu du Bien jusqu’à l’échéance finale, il semble normal et nécessaire que tout le bien accompli par les hommes soit pour eux engrangé et constitue pour eux un trésor dont ils auront un jour la pleine jouissance.

Ceci est une façon de désigner le mérite. Il est inhérent à nos actions moralement qualifiées comme l’attente d’une reconnaissance pour ainsi dire officielle et d’une récompense.

Le Petit Robert définit en premier lieu le mérite comme étant “ce qui rend une personne digne d’estime, de récompense, quand on considère la valeur de sa conduite et les difficultés rencontrées”. Les enfants qui s’éveillent à la conscience de soi et au comportement responsable sont particulièrement sensibles au fait que leurs actions et leurs efforts allant dans le (bon) sens attendu des parents, soient reconnus, loués, récompensés. Dès l’aube, c’est tout l’apprentissage de la vie qui a besoin d’être conforté par l’approbation et/ou l’affection d’autrui. Voyons d’abord ces enfants heureux et fiers de recevoir de leur mère embrassements et tendresse pour leurs progrès, leur sociabilité et leur gentillesse. Voyez l’écolier soucieux de l’encouragement de ses maîtres et attentif à l’amélioration de ses notes. Voyez le prix attaché à la réussite des examens et à l’obtention des diplômes. Voyez encore la satisfaction à la perception du premier salaire qui - au delà de la simple rétribution pour le temps passé et la peine prise - signifie reconnaissance des capacités de la personne et de son utilité sociale en même temps que récompense pour son action. “Tout travail mérite salaire”. Primes et avancements dans la vie professionnelle, victoires sportives, honneurs et décorations - à condition qu’ils ne soient pas viciés par un excès de vanité, le favoritisme ou le mensonge - obéissent à une dynamique similaire des efforts humains qui ont besoin d’être soutenus et couronnés.

Quelle en est la raison ? Nous sommes des êtres inachevés qui nous réalisons et nous construisons dans le temps, à travers ce que nous faisons. “Fils de nos oeuvres”, disions-nous. Le processus par lequel nous œuvrons et nous nous construisons, nous en sommes responsables, mais nous n’en sommes pas les seuls juges. Car nous sommes des êtres sociaux et solidaires. Nous sommes des êtres de solidarité humaine et cosmique, qui avons à porter du fruit et à rendre des comptes. A diverses étapes et à divers niveaux, famille, entourage, société nous donnent leur aval, nous stimulent, nous disent où nous en sommes, nous félicitent et remercient et, s’il y a lieu, nous récompensent. Une société fonctionne bien lorsque tout ceci s’accomplit dans la justice, la cordialité, la transparence, c’est à dire lorsque la position, l’estime, la renommée et l’affection dont jouissent les personnes correspondent à leur valeur véritable.

Êtres inachevés : il faut surtout mettre en évidence que nous sommes en marche ou en tension vers une qualification humaine en divers domaines, avec précellence pour la qualification morale, laquelle récapitule la valeur foncière de la personne, comme nous l’avons dit, et dont les progrès ne cessent d’être d’actualité, toujours au programme pourrait-on dire. Et de même que les jugements portés par les hommes et les récompenses qu’ils attribuent correspondent à des mérites partiels de leurs semblables et ont valeur de bilans sectoriels, ainsi la conduite humaine de l’ensemble d’une vie réclame-t-elle sans doute un bilan intégral qui tienne compte de toutes les données et les rassemble, y compris et surtout celles qui demeurent cachées au regard du grand nombre (“Rien n’est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu”, dit un passage de l’Evangile).

Par son action dite méritoire, l’homme réalise un progrès, se dirige vers un but ; le chemin qu’il a parcouru est valable, il conduit quelque part, il est en train d’aboutir... Famille, entourage, société le lui signifient. Le tout de sa vie échapperait-il à cette appréciation, à une récompense meilleure et combien plus décisive ? Ou alors, ne se passerait-il rien faute d’acteurs ?

A Dieu ne plaise ! le mérite appartient à la structure de l’action humaine moralement qualifiée en ce sens qu’il indique le potentiel de bonheur et de récompense que celle-ci porte en elle.

Mais à défaut de la reconnaissance sociale toujours incertaine et fragile, plus importante que cette reconnaissance, est l’auto-évaluation faite par la conscience personnelle, lucide et droite. Les mérites acquis par nous selon l’estimation de nos semblables ne sauraient remplacer la paix intérieure ressentie par chacun et le sentiment d’être en harmonie avec l’univers profond, bien que les uns et les autres ne s’excluent pas par principe.

Nos actions moralement qualifiées se trouvent en rapport, clair ou voilé, au Bien transcendant, dans la lumière et sous la mouvance de qui elles
s’accomplissent. L’autonomie et la pleine maturité ou responsabilité morale sont atteintes lorsque le bien est accompli, non en référence à des
lois, à des appréciations, à des jugements sociaux, mais en dépendance de la conscience personnelle, médiatrice du Bien moral transcendant. Et là, à cette hauteur, nous n’avons peut-être pas un strict besoin de reconnaissance et de récompense... Car, je le disais, le bien porte en soi sa raison d’être et sa justification.

Cependant, par analogie avec notre expérience morale du temps de la vie terrestre, socialement “entourée”, et, pour une part non négligeable, construite entre encouragements et récompenses ;
surtout, afin que notre agir moral (nous-mêmes en définitive) trouve achèvement et repos, reconnaissance et récompense dans le Bien qui est notre fin ultime, les requêtes de l’esprit et du coeur sont extrêmement fortes pour que nous rejoignions ce Bien et que celui-ci clôture et accueille notre élan vers lui.

Tu t’es défoncé pour le Bien, ou du moins tu as misé sur le Bien une part substantielle de ta vie,

sans ménager ta peine, malgré les obstacles, au prix de satisfactions immédiates et de coûteux sacrifices peut-être,

la justice et l’amour ont orienté ta conduite...

n’est-il pas normal, c’est à dire inscrit dans la structure de l’action et de la vie humaine moralement qualifiées, que ce Bien, approché et recherché durant ta vie, se laisse atteindre par toi et t’emplisse de bonheur ?

Telle est la signification et la portée majeure de ce qu’on appelle sans trop y penser : le mérite.
*

Bonté humaine et messianisme *

La philosophie serait parfois bien inspirée de réfléchir à partir d’un fond de sagesse populaire. Je pense en ce moment à ce proverbe connu : “Qui donne au pauvre prête à Dieu”, ou à cette autre expression couramment prononcée par des personnes secourues ou favorisées par un geste solidaire de leurs semblables : “Que Dieu te le rende” (ou “Dieu te le rendra”). Ces paroles, plus vivaces en Amérique Latine que chez nous en Europe de l’Ouest aujourd’hui, émanent certes d’un fond culturel imprégné par le christianisme et la lettre même de la Bible et de l’Evangile (la lettre : un très grand nombre, en vérité). Cependant, elles sont devenues d’appartenance commune et on trouve à peu près leur équivalent dans des milieux géographiques ou sociaux influencés par d’autres religions - Judaïsme, Islam, Bouddhisme - pour lesquelles le partage des biens et la compassion aux souffrances d’autrui sont aussi des données essentielles.

On a parlé précédemment de nos actions humaines moralement qualifiées, méritant éloge et récompense, et en préparation plus que probable d’un bilan récapitulatif de notre vie dans son ensemble... Je veux dire maintenant que ce qui compte par dessus tout dans cette vie humaine moralement qualifiée en attente de son achèvement et en tension vers le bonheur, ce sont les actions et les comportements marqués par l’amour effectif du prochain et la solidarité.

Les deux expressions examinées ici nous le rappellent, l’opinion populaire le confirme amplement : il y a un humanisme universel, au départ d’origine religieuse, mais intégré à notre vision profane, dont le pôle le plus lumineux, le plus indispensable et le plus rassembleur est la bonté et la miséricorde. Et cette bonté, pour le temps et pour l’éternité, nous met en relation avec Dieu : “Qui donne au pauvre prête à Dieu” - “Dieu te le rendra”.

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Par rapport à la justice, la bonté humaine est un plus. Qui n’est pas juste (à la base) ne saurait être bon, sinon par éclairs. Cette bonté humaine qui selon le jugement populaire appelle sur les hommes bénédiction et faveur de Dieu, exige en sous-œuvre - sous peine d’être tronquée, sinon illusoire - une sensibilité à la justice, un comportement et un engagement en faveur de la justice.

Or, la justice et son aura de bonté sont au coeur du messianisme.
D’origine premièrement religieuse et biblique, mais sécularisé et transposé par des penseurs et des acteurs révolutionnaires (en partie pour raison de mise en sommeil par l’Eglise du messianisme biblique), le messianisme est cette aspiration profonde des hommes à un renouvellement des relations humaines et de l’histoire selon la Justice, pour le bonheur de tous et la vie en abondance, à commencer par les déshérités et les opprimés.

A la justice “qui se penche du haut des Cieux” (messianisme religieux) ou qui se construit par l’engagement militant (messianisme profane aussi bien que religieux), d’autres valeurs feront escorte : l’amour et la vérité, les droits des pauvres, la réconciliation, l’abondance partagée et la paix..., et s’embrasseront (Psaume 84). Ce futur avènement dessine l’utopie d’un monde meilleur et en nourrit l’espérance.

On est lucide aujourd’hui sur les contrefaçons, les aberrations, les folies meurtrières que certaines idéologies messianiques révolutionnaires, instrumentalisées par des leaders et des États assoiffés de pouvoir et de sang, ont générées dans l’histoire.

Nous savons encore aujourd’hui que ce monde idéal, même
démocratiquement poursuivi, n’est pas pour demain, qu’il dépasse sans doute les possibilités humaines et qu’il ne peut voir le jour sans une révision drastique (1) des paramètres et des critères du bonheur et de la réussite, d’après lesquels fonctionnent trop d’individus et s’orientent les sociétés humaines qui en ont les moyens...

Cependant le rêve et l’espérance messianiques, aujourd’hui comme jadis, demeurent un courant puissant qui tient éveillés et agissants un nombre significatif de citoyens dans le monde, religieux ou pas, toujours passionnés par la survie et le bonheur de tous et qui se dépensent sans compter pour cette cause.

C’est parce que je suis branché sur ce courant qui soulève l’histoire et lui donne sens que je dis ceci :

En contrepoint du jugement qui surplombe l’histoire afin de la sauver du non-sens par le juste châtiment des artisans du mal et le nécessaire rétablissement des victimes dans leurs droits, il me semble que la philosophie et les philosophes devraient, sans sortir de leur rôle, postuler de façon positive l’inconnue d’un couronnement messianique.* Il y faut certainement beaucoup de rigueur et d’imagination. Mais surtout une véritable communion aux sentiments et valeurs de ceux qui depuis les origines “vivent et meurent pour un monde meilleur” (Bertholt Brecht)(2)

Se pourrait-il que ce rêve de bonheur pour tous qui donne sens à la vie de tant de héros, de saints, de prophètes, de pionniers, de meneurs - et plus communément à l’action quotidienne de simples partisans qui s’oublient et se sacrifient pour la cause des plus éprouvés et des plus malmenés ...- s’achève par la seule satisfaction du labeur accompli, sans qu’il y ait au final une terre promise ? Oui, cela se pourrait, peut-être, comme il se pourrait qu’il y ait des oiseaux migrateurs sans terre d’accueil, comme il se pourrait qu’il y ait des profusions de fruits excellents sans jamais personne pour les cueillir...

Pour éprouver la tension vivifiante de cette espérance messianique dont on ressent périodiquement les frémissements dans l’histoire, il faut se sentir solidaire de l’aventure humaine en quête de paradis, sinon perdu et retrouvé, du moins à atteindre et conquérir.

Paradis à recevoir surtout d’un maître d’oeuvre transcendant, présidant aux destinées des hommes et à celles de l’histoire, car les hommes mortels, les “civilisations mortelles” ne peuvent que préparer les matériaux avec lesquels sera construite leur cité définitive.(3)


(1) révision qui en langage chrétien appartient à la “conversion”

(2) Bien d’autres que le dramaturge allemand ont exprimé en mots percutants cet idéal révolutionnaire. Je cite seulement John Reed, fondateur du parti communiste américain : “Que de grandes choses nous attendent qui valent la peine de vivre et de mourir pour elles !”. Plus près de nous, à la suite de Che Guevara, combattant et théoricien, de nombreux jeunes sud-américains ont entrepris de porter “l’homme nouveau” - idéal transposé du christianisme - sur les fonds baptismaux de la révolution.

(3) Se souvenir que l’Evangile du Jugement dernier rapporté par S. Matthieu au chapitre 25 met en scène de façon dramatique l’aboutissement et la récapitulation de l’histoire humaine orchestrés par le Fils de l’homme (Jésus Christ) d’après le critère unique de l’amour fraternel et de la solidarité.


* Note complémentaire - Messianisme -

Le mot “Messie” qui signifie oint, c’est à dire consacré par Dieu, est d’origine biblique. Traduit par “Christ” en grec. Le Messie personnel, promis par Dieu et attendu par les croyants, devait apparaître pour libérer son peuple et lui apporter toutes sortes de bienfaits spirituels et matériels, en un mot établir de Royaume de Dieu sur la terre. “Messianisme” désigne le courant religieux intégral rapporté à cette espérance.

Déconnecté de sa facture proprement religieuse, c’est à dire sécularisé, messianisme a cependant gardé le sens d’un espoir grandiose attelé à la transformation du monde, dont les pauvres seront les premiers bénéficiaires.

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