Beuzeville-au-Plain

par Gérard Leclerc

mercredi 20 juin 2018

L’affaire est vraiment très mince. Elle ne mérite qu’un entrefilet dans la plupart des journaux. La Croix lui a pourtant consacré un article conséquent, puisqu’il s’agit d’un conflit, un micro-conflit qui concerne l’Église catholique. Je serais plutôt tenté d’y accorder une certaine importance, puisqu’il s’agit de la vie actuelle de nos régions rurales qui appartiennent à ce que Christophe Guilluy appelle « la France périphérique ». Le maire d’une toute petite commune, Beuzeville-au-Plain dans la Manche, menace de fermer son église, parce que le curé responsable, appuyé par l’évêché de Coutances, refuse la célébration d’un baptême, en l’espèce celui de son petit neveu dans ladite église paroissiale.

Bien sûr, nous retrouvons dans ce conflit le drame de la raréfaction du clergé rural. Le père Marie-Bernard Seigneur, 75 ans, n’a pas moins de vingt-cinq clochers sur son territoire ! Les forces humaines ont leurs limites. Il a bien accepté de procéder au baptême mais pas à Beuzeville, dans un village voisin qu’il a l’habitude de desservir, parce qu’il s’y trouve, je présume, une communauté assez consistante. Le maire, Olivier Osmont, n’en démord pas : « On s’entête à entretenir cet édifice avec l’argent de la collectivité, et le diocèse ne veut même pas nous envoyer un prêtre de temps en temps, ça devient honteux. »

Il serait malséant pour un chroniqueur de vouloir apporter son arbitrage entre M. le maire et M. le curé. L’un et l’autre ont leurs raisons, également respectables. Mais cette affaire présente un intérêt plus général. Elle nous rappelle la difficulté de transmettre la foi en milieu rural et d’y maintenir une vitalité religieuse. Il y a aussi une dimension sociale associée au religieux. L’église est la référence majeure d’un village, son principal lieu d’identification. En France, sans église il n’y a pas de village. Et par ailleurs, une église abandonnée, désertée, c’est une paroisse morte, pour reprendre une expression de Bernanos. Il importe donc d’y sauvegarder à tout prix une sorte de permanence de la prière. Au minimum, est-il possible d’y célébrer encore les sépultures où se retrouve toute la communauté villageoise dans un moment intense ? Et un baptême, ou un mariage, de temps en temps ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 20 juin 2018.

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Illustration : Église Saint-Brice de Beuzeville-au-Plain
© Xfigpower

Pour aller plus loin :

Messages

  • Pour pouvoir célébrer des obsèques ou un baptême de temps en temps, il faudrait que dans les 25 églises il y ait les éléments liturgiques à disposition et en état. Vous ne vous rendez certainement pas compte du travail que cela suppose, d’autant plus à 75 ans... Les laïcs ? Il y en a d’admirables dans ces paroisses rurales, mais 25 équipes qui assurent le maintien régulier de ces églises et du matériel liturgique ? Je n’ai jamais vu curé réussir à faire cela en France...

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