Benoît XVI, en toute vérité

par Gérard Leclerc

lundi 12 septembre 2016

Nous devions déjà à Peter Seewald deux livres d’entretiens avec le pape Benoît XVI, Le sel de la terre et Lumière du monde. L’un et l’autre avaient permis de comprendre la pensée et l’action du successeur de Jean-Paul II, grâce à une exceptionnelle franchise et l’intelligence d’un homme de Dieu. Notre confrère vient de récidiver avec un troisième ouvrage, qui est d’ores et déjà une aubaine étonnante pour les historiens. C’est bien la première fois qu’un Pape (émérite en l’espèce) est en situation de faire, en quelque sorte, le bilan de son pontificat, en ajoutant nombre de précisions sur sa biographie qui se confond avec l’histoire récente du catholicisme. Nous aurons l’occasion de revenir sur ces Dernières conversations. Mais il convient d’en souligner, au préalable, l’acuité pour comprendre en quoi le concile Vatican II, auquel le jeune théologien Joseph Ratzinger participa d’un bout à l’autre, constitua pour l’Église à la fois une épreuve et une grâce.

Une épreuve ? En effet, le Pape émérite est conscient que Vatican I n’a pas été seulement à l’origine d’un renouveau de la pensée chrétienne mais s’est trouvé aussi mêlé à une entreprise, en grande partie extérieure, de déstabilisation. De ce point de vue, Joseph Ratzinger est sur la même ligne que son maître et ami Henri de Lubac, qui s’interrogeait, durant le concile même, sur la perception que l’opinion pourrait avoir de l’enseignement conciliaire. Serait-ce la substance de la doctrine qui apparaîtrait, ou bien «  le laisser-aller, l’indifférentisme, le libéralisme amorphe, les concessions à l’esprit du temps et jusqu’à l’abandon de la foi et des mœurs  ». Dès les années qui ont suivi la clôture du concile, le professeur de théologie Ratzinger jetait un cri d’alarme auprès de ses élèves, dénonçant «  une brume d’incertitude comme jamais dans l’histoire  ».

Une grâce pourtant ? Le Pape émérite révèle que le cardinal Frings, qu’il avait accompagné durant toutes ces années et qui avait joué un rôle considérable à Vatican II, avait éprouvé de vifs remords par la suite. Mais cela concernait certains effets délétères : «  Nous avons bien agi en soi, même si nous n’avons certainement pas évalué correctement les conséquences politiques et les répercussions concrètes. Nous avons trop pensé aux aspects théologiques et insuffisamment réfléchi aux effets que tout cela risquait d’avoir.  » Cette mise au point n’est pas seulement historiquement opportune, elle a valeur de mise au point doctrinale et pastorale. Le corpus de Vatican II nous est indispensable, mais il y a lieu de s’interroger soigneusement sur sa réception et son application. Le pape Benoît XVI s’était consacré à ce travail de discernement. Sa nécessité demeure au-delà de sa renonciation.

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Benoît XVI, Dernières conversations avec Peter Seewald, 288 p., 22 €, Fayard.

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