Barbara : Enikö S., l’écho fidèle

par Aymeric Nollé

lundi 5 novembre 2012

La « longue dame brune », au nez d’aigle, aux chansons ciselées, à la voix chaloupée, fait l’objet cet automne de plusieurs reprises plus ou moins pertinentes. Celle qu’en donne Enikö S. sous le titre Barbara, l’amour et rien d’autre, mérite le détour.

Depuis le 24 septembre 2012, tous les lundis soirs, les nostalgiques de Barbara et les curieux ont rendez-vous au Théâtre des Nouveautés où Danièle Molina produit un spectacle émouvant évoquant l’auteur de l’illustrissime Aigle Noir.

Sur scène, un piano et une voix  : celle d’Enikö S. Cette comédienne d’origine hongroise largement primée tant au cinéma qu’au théâtre dans son pays, s’est prise un jour de passion pour l’univers mélodique et poétique de Barbara, cette artiste inclassable.

Plus qu’une évocation plus ou moins nostalgique de la disparue, c’est la rencontre de deux artistes que Thomas Le Douarec met en scène ici. D’entrée de jeu, une longue silhouette vêtue d’un fourreau noir en ombre chinoise crée l’illusion d’une présence -absence. Mais la lumière aussitôt rompt le charme pour laisser la blonde Enikö prendre possession d’un univers qu’elle réveille et transforme, fidèle sans être servile. Ce tour de chant est avant tout un tour de force. Par son talent de comédienne, par la grâce de sa voix chaude et vibrante qui puise aux entrailles, par la justesse d’une diction qu’épice un soupçon d’accent magyar, l’interprète–amoureuse vient chercher le public pour l’introduire dans un univers qu’il croyait connaître et qu’il découvre. Le choix des chansons peu connues en début de répertoire y est pour beaucoup. C’était du Barbara cette évocation de Gauguin et de Brel, ou encore cette louve solitaire, impétueuse et sauvage ! À chaque fois, avec un talent aussi éloquent que retenu, Enikö fait surgir une atmosphère, des images dont la magie captive.

On regrette d’autant plus le choix malheureux des vidéos projetées en arrière-plan dues à Marie-Jeanne Gauthé. Miroir brisé, caresse distraite d’une main masculine sur une cuisse inerte ; enfant sans visage coloriant le dessin naïf d’un petit roi sans rapport avec le bouleversant aveu d’une Phèdre à l’automne de sa vie éprise d’un jeune homme qui pourrait être son fils : « Les amours incestueuses sont toujours les plus belles » ; une fillette peignant en noir les corolles blanches de marguerites et, clou du spectacle, les impétueux battements de bras d’un père envers son enfant pour évoquer l’envol sublime de l’Aigle Noir ! On se désole de ce verbiage creux d’images peu esthétiques qui vient sans cesse parasiter l’émotion. On aurait voulu appuyer sur « stop » !

Le talent d’Enikö S. n’en est que plus éloquent. L’évocation de Vienne est un chef-d’œuvre et celle de Nantes où meurt ce père oublieux et oublié si poignante que chacun essuie furtivement une larme, sur scène et dans la salle…

Ainsi, tel l’écho fidèle à sa source et cependant tout autre, Enikö, au terme de son récital, n’usurpe en rien les ovations dues à Barbara lorsqu’elle avoue : « Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous ! »

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Prochaines représentations : les lundis 12 novembre, 10 et 17 décembre (20h30), au Théâtre des Nouveautés, 24, bd Poissonnière, 75009 Paris, tél. : 01.47.70.52.76.

Sur le site www.theatredesnouveautes.fr, les places peuvent être réservées à 20 e en 1re catégorie et à 15 e en 2e.

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