« Aux armes de lumière ! »

mardi 12 mai 2009

Et si je chantais la Marseillaise à la messe ?

Aéroport Ben Gourion. Lundi matin. Hymnes nationaux. Mais qu’est-ce que j’entends ? Je murmure intérieurement : un cantique ! Non, je dois le reconnaître, je ne sais pas les paroles de « Ha Tikva », « l’Espérance », l’hymne national israélien.

Mais ce qui monte à mes lèvres c’est « Ô prends mon âme, prends-la Seigneur ». Et je m’impose le silence, saisie par l’indécence de ce qui se passe : l’appropriation de l’hymne national juif par un cantique catholique.

Je me surprendrais peut-être encore longtemps à murmurer intérieurement « Ô prends mon âme » quand un champion israélien gagnera une médaille d’or. Mais désormais je sais que les paroles de « Ha Tikva », sont de Naphtali Herz Imber (1878) et la musique de Samuel Cohen (1888), sur une ancienne mélodie peut-être italienne à l’origine.

On ne peut que déplorer cette appropriation indue dans les carnets de chants des paroisses. Parce que la sensibilité juive est trop souvent agacée par ces appropriations chrétiennes de son patrimoine. Respect de ce qui est leur.

Parce que cela signifie une méconnaissance de l’histoire de cette musique et de son sens pour les juifs et l’Etat hébreu. L’hymne a été choisi comme hymne « national » en 1897 par le Premier congrès sioniste, puis de façon non officielle par le jeune Etat hébreu en 1948, et officiellement seulement en 2004 par l’Etat d’Israël.

Si donc, en lisant France Catholique, ils rendent compte qu’en chantant « Ô prends mon âme, prends-la Seigneur », leur paroisse chante un chant sioniste, nos bons curés vont convoquer l’équipe liturgique et faire une demande d’exclusion du chant. Bravi ! Respect !

La mélodie est belle, elle a été ré-adaptée dans les églises catholiques en France, avec traductions et exportations mondiale au fur et à mesure de l’expansion des communautés où elle était chantée ou des rassemblements internationaux de jeunes à Lourdes, à Rome, et les JMJ !

La distance avec son origine est telle que les responsables de la liturgie des paroisses vous regardent avec ébahissement lorsque vous leur révélez que le chant de communion est l’hymne national israélien.

Vous réveillez aussi du même coup un vieux germe d’anti-sémitisme qui aboutit le plus souvent à un ferme « non », confirmant l’appropriation : eh bien, puisque c’est une mélodie qui était du domaine public, nous aussi on peut en faire ce qu’on veut.

Il faut toujours essayer de se mettre à la place des autres disait Dale Carnegie qui recommandait de s’intéresser sincèrement aux autres pour améliorer nos relations.

Que dirait-on, si, sur la Marseillaise – dont des historiens de la musique disent que l’air principal est bien celui d’un chant de messe, tandis que d’autres font remarquer la parenté avec l’allegro maestoso du concerto pour piano n° 25 de Mozart, ce qui n’est pas incompatible - on s’avisait de composer un nouveau chant religieux pour le chanter dans les fêtes musulmanes, bouddhistes ou dans les synagogues ? Un ministre interviendrait. Voire un président.

Je me souviens de ce jeunes ados créatifs qui avaient mis en musique sur l’air de la Marseillaire le chapitre 6 de l’Epître aux Ephésiens « Aux aaaaarmes de lumière ! Teneeeez vous donc debout ! » Mais c’était un truc pédagogique pour faire mémoriser saint Paul. Ils ne l’ont pas enregistré officiellement comme l’hymne de l’année paulinienne !

Le dialogue religieux avec le Judaïsme passe aussi par ces délicatesses du cœur qui sont plus apprécies que les grands gestes. A petit renoncement gros effets.

NB

Messages

  • La Marseillaise n’est pas un chant national. C’est un chant partisan, appelant explicitement à l’extermination. Elle a été chanté pendant la Terreur par les représentants les plus fanatiques de la Révolution. Elle a été chantée par les armées républicaines parties à la conquête de l’Europe, -sous prétexte de libération des peuples !

    La musique est belle bien sûr, mais les idées qu’elle véhicule, le contexte dans lequel elle s’est diffusée, est répugnant.

    Il n’y a pas de comparaison possible avec le chant national juif. -Et je serai heureux lorsque la République française l’abandonnera définitivement.

    La Hatikva parle de l’espérance du retour, non pas de la haine de l’étranger, non pas de soi-disant ennemis de la liberté qu’il faudrait éliminer.

    Bien sûr, ce détournement de la musique est indu, mais il n’y a pas de comparaison possible entre un chant où règne la confiance et un autre qui n’est guidé que par la haine. Quelqu’un qui aime son prochain ne peut se sentir offensé.

  • pour info,la musique de la HATIKVA est celle de la Moldau de Smetana...merci pour votre article..ça fait du bien...c’est un bon début...reste pour beaucoup à découvrir aussi que Jésus était JUIF et que oïvavoï,Marie était une mère juive.....

  • Effectivement l’origine de ce cantique
    est bien "la vltava" de Smetana, chant
    poétique superbe. Que Israël l’ait "em
    prunté" pour en faire son hymne natio
    nal n’est pas une raison pour que d’au
    tres n’utilisent pas cette merveilleu
    se mélodie pour en faire un très joli
    chant d’église catholique.

  • Smetana recueillait des airs populaires et l’origine de cette mélodie est beaucoup plus ancienne. La prieure n’a peut-être pas compris le sens de la demande de Natalia. Il est vrai que sur internet, on lit toujours trop vite !

    Gabriel

  • Bonjour,
    Je me permets de réagir à cet article qui vise le dialogue entre le Judaïsme, nos frères aînés dans la Foi, et le Catholicisme.
    La délicatesse du coeur que nous nous devons mutuellement est primordiale si nous cherchons à nous comprendre, et à nous aimer malgré notre différence religieuse.
    Si le chant "O prends mon âme" est écrit sur l’air de l’hymne Israélien, je ne vois pas pour quelle raison il serait irrespectueux à l’égard de ce peuple.
    A l’inverse, interdire ce chant dans nos paroisses et nos groupes de prière par ce prétexte, serait ressenti à mon tour comme une offense.
    Ce chant est un des premiers que l’on m’a appris et par lequel mon coeur s’est laissé apprivoiser par Dieu lui-même.
    Il fait ainsi partie de ma culture religieuse. Louer c’est rendre grâce à Dieu, c’est s’offrir à lui, c’est l’adorer !
    Et c’est pour cela qu’il m’est cher de pouvoir conserver ce chant. Nous sommes loin du germe d’antisémitisme !

    Je comprends cette réaction de sensibilité culturelle et religieuse lorsqu’on est comme dépossédé de son patrimoine liturgique.
    C’est ce sentiment même qui m’habite et que j’ai essayé d’exprimer précédemment. Mais il ne revêt pas un caractère de propriété.
    L’irrespect serait d’écrire sur ce même air des paroles qui agresserait le chant original. "Ô Prends mon âme" n’est en rien un hymne anti-juif.
    Il est une louange au Dieu d’amour, au Dieu protecteur, un chant d’espérance, de paix, d’élan vers Dieu.
    Il fait aussi penser aux psaumes de l’Ancien Testament par son caractère poétique et la façon dont il est écrit.
    Jésus lui-même a prié avec les Psaumes, cela est-il offensant ?

    Les délicatesses du coeur doivent aller dans les deux sens. Cet air permet à deux cultures, à deux peuples (celui de l’Ancien Testament et celui du Nouveau) de faire monter leur prière auprès du Dieu Unique.
    Repensons donc aux belles rencontres du Pape Benoit XVI en Terre Sainte et ce chant entonné par un rabbin qui sur le même air demandait à Dieu sa Paix en hébreu et en latin !

    "Prends mon âme, prends-la Seigneur
    Et que ta flamme brûle en mon coeur
    Que tout mon être vibre pour toi
    Sois seul mon maître, ô divin roi.

    Du mal perfide, oh, garde moi
    Sois seul mon guide, chef de ma foi
    Quand la nuit voile tout à mes yeux
    Sois mon étoile, brille des cieux.

    Voici l’aurore d’un jour nouveau
    Le ciel se dore de feux plus beaux
    Jésus s’apprête, pourquoi gémir
    Levons nos têtes, il va venir.

    Source de vie, de paix, d’amour
    Vers toi je crie, la nuit, le jour
    Guide mon âme, sois mon soutien"

  • Il est vrai que la musique du chant "Oh, prends mon âme" trouve son origine dans la Moldau de Smetana. Sais t-on que les paroles sont d’un protestant convaincu, Hector Arnéra ? Son père, Luigi, qui était un Italien du Piémont, se destinait à la prêtrise quand il s’est converti à Jésus-Christ, dans la foi évangélique. Hector est un de ses 9 enfants. Luigi avait été obligé de s’installer en France suite aux persécutions qui ont suivi sa conversion. C’est à vélo qu’il a parcouru la région de Nice pour annoncer la Bone Nouvelle de l’Evangile ! Tous ses enfants ont servi le Seigneur d’une manière ou d’une autre

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