Éditorial

Autour de la Tradition

par Gérard Leclerc

vendredi 9 juillet 2021

Messe selon le rite tridentin, Lyon.
© Fred de Noyelle / GODONG

Le terme de traditionaliste semble désormais attaché aux catholiques qui ont fait le choix de la forme extraordinaire du rite, et dont la sensibilité est plus accordée à un certain style pastoral. La volonté romaine de favoriser l’apaisement par rapport aux querelles post-conciliaires a produit ses fruits, notamment à la suite du motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI, qui a donné son statut à la messe tridentine. Beaucoup de diocèses ont intégré des communautés Ecclesia Dei, qui trouvent leur place à la satisfaction des évêques et au prix de la bonne volonté de tous.

L’équilibre ainsi réalisé peut parfois être compromis, ainsi qu’on vient de le voir à Dijon, où la Fraternité Saint-Pierre est sur le départ suite à la décision de Mgr Minnerath. L’émoi provoqué a dépassé le cadre diocésain, au risque de polémiques attentatoires à l’unité. Mais il semble qu’en général, l’épiscopat français se montre soucieux d’éviter une logique d’affrontement, en créant une cellule de dialogue sous la responsabilité de Mgr Leborgne, évêque d’Arras, et de Mgr Lebrun, archevêque de Rouen. Une première réunion, le mois dernier, laisse augurer de bons espoirs pour l’avenir.
On est, cependant, obligé de revenir aux origines du contentieux qui a provoqué la division et la discorde. La révolte de Mgr Marcel Lefebvre contre les réformes d’après-concile entraînait une remise en cause du concile lui-même. Encore fallait-il s’entendre sur le contenu doctrinal du concile, ce qui n’était pas toujours évident. Benoît XVI devait apporter un éclairage bienvenu en définissant une herméneutique de la continuité doctrinale, qui excluait toute rupture. En ce sens, la Tradition apparaît comme un bien commun indispensable et elle ne devrait provoquer nulle mésentente. Que certains chrétiens aient choisi de s’en réclamer plus explicitement devrait provoquer un désir d’approfondissement de la part de ceux qui n’éprouvent pas le même réflexe. Vatican II, dans ses constitutions dogmatiques, se distingue justement par un retour à la Tradition, c’est-à-dire aux fondements bibliques de la doctrine ainsi qu’à son développement organique. Cela n’exclut pas que l’Église vive au rythme de l’histoire et doive affronter sans cesse de nouveaux défis.

Les différentes sensibilités ont toujours existé dans le christianisme. Il convient qu’elles continuent à participer d’une même volonté de faire progresser la cause de l’Évangile. Si le traditionalisme ne se fige pas en intégrisme, il a sa vocation propre au service de cette unique cause. 

Messages

  • Votre billet est de circonstance.

    A la forme ordinaire, s’ajoute la forme extraordinaire et la forme vernaculaire dans certaines régions de France..

    Si le nombre des pactants diminue par le vieillissement de la population pratiquante habituée, le retour en force des locuteurs de langues régionales augmente et devient parfois un motif de contestation publique au regard de l’exclusivité du français et du latin, en certains diocèses..

    La tradition est historiquement vérifiée, incontestée et compte ses fidèles. Mais nombre d’entre eux ont peine à comprendre le sens du langage utilisé par la liturgie, faute de ce cursus classique d’antan, latin-grec, qui définissait l’honnête homme ou le chrétien porté par sa tradition.7

    L’absence ou le recul notable des locuteurs des langues régionales à propos de la liturgie présente, pose des interrogations inédites à l’évangélisation en cours.

    Faut-il les juger anecdotiques ?
    Faut-il disqualifier ces retours à la tradition de cultures classiques métissées par les langues modernes ?

    Faut-il vouloir passer outre à ce regain d’intérêt des néos- régionaux qui cherchent à épouser, et s’identifient à des traditions anciennes de ces terres habitées désormais par ces nouveaux arrivants ?

    La scolarisation des enfants de plus en plus nombreux à être ’initiés’ à ces cultures, et si peu investis dans le christianisme traditionnel, revisite les approches de l’évangélisation des autochtones qui cherchent des voies originales pour répondre par la catéchèse en langue régionale, la liturgie en ces dialectes provinciaux, réponse à ces requêtes quand elles existent !

    Reculer pour mieux sauter l’obstacle du chemin engage une forme de renouvèlement des rapports personnels à l’heure où se creuse ce fossé entre ceux qui croient mais ne pratiquent guère la religion chrétienne, ceux qui ne croient plus à la fonction éducative de l’église dans une société par trop séculière, ceux qui découvrent le rapport inédit de traditions locales enracinées mais ne trouvent le canal des dialogues nécessaires pour donner sens et une voie consensuelle de dialogues indispensables..
    La tradition n’étant nullement surannée, des réponses sont possibles encore, si des témoins conduisent les attentes des acteurs culturels locaux pour le moment absents des rendez-vous religieux, et les développent autrement.!
    Comment ?
    Ukatuz comprenez en basque les reniant, onhartuz, les adoptant, le chemin du compromis semble nécessaire pour avancer ensemble, et éviter les voies parallèles de cultes spirituels et civils, sur la vie humaine qui s’ignorent ou se rejettent !

  • Je lis cet article après la décision papale. En fait si j’ai bien compris, la volonté de Benoît XVI d’interpréter le concile à la lumière de la tradition prend fin définitivement. Il y a l’Eglise à Rome qui représente la tradition depuis 1970 et puis les intégristes qui verront certainement dans cette décision la confirmation de leur position. Les tradis et les néo-tradis doivent-ils rejoindre les intégristes puisqu’ils ne sont plus en odeur de sainteté ? si l’on ne se sent pas bien dans l’église de la "tradition de 1970" et que l’intégrisme ne vous convient pas vraiment malgré une liturgie de tradition à laquelle on adhère, que fait-on ? vous me direz que l’on peut quitter l’église définitivement après tout, a-t-elle encore quelque chose à dire ? on l’a si peu entendue pendant cette période "sanitaire", l’eau bénite remplacée par le gel, nul doute que si le christ s’était présenté, il aurait été fichu à la porte en l’absence de masque.. j’ai une pensée pour Benoît XVI devant cette humiliation et cette muflerie..on comprend dans un sens le pape : il y a tellement de monde dans les églises que l’on peut chasser les tradis escargots (il paraît qu’il y a une église à deux vitesses, je suppose que la tradition de 1970 qu’il défend va très vite et suit le mouvement). Quant à l’unité de l’église qu’il évoque, compte tenu de la situation qui est la sienne notamment en Allemagne, je pense que beaucoup de fidèles (enfin ce qu’il en reste) ont dû se demander s’il s’agissait d’une plaisanterie...Je lisais de façon distraite une intervention de l’évêque de Blois parlant de l’échec de Benoît XVI..bref les choses rentrent dans l’ordre ouf !! la vieille dame va pouvoir mourir et se décomposer mais en mouvement !

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