Au Synode pour l’Afrique

vendredi 9 octobre 2009

Une lettre du synode à l’un de ses membres
On n’avait jamais vu ça de mémoire de synode

Le synode écrit une lettre de solidarité à l’un des évêques présents, au lendemain de son intervention en séance (congrégation) générale.

Ce n’est pas un congrès !

Benoît XVI a ouvert, dimanche dernier, 4 octobre, le synode des évêques pour l’Afrique en soulignant qu’un synode, ce n’est pas un congrès, c’est l’Eglise qui se met à l’écoute du Christ, à l’écoute de la Parole de Dieu. Et donc des évêques, des prêtres, des consacrés, des laïcs qui se mettent à l’écoute les uns des autres pour savoir ce que l’Esprit dit aux Eglises. C’est une expérience de pentecôte et de fraternité.Et pourquoi un synode pour l’Afrique (le second) qui voit la participation d’évêques du monde entier ? Parce que, a souligné le secrétaire général du synode, ce qui concerne l’Afrique, concerne le monde entier.

Effectivement, lundi, des évêques d’autres continents ont fait le point de la relation entre l’Afrique et les autres continents. Jeudi, le cardinal André Vingt-Trois a souligné ce « véritable échange de dons » entre l’Europe et l’Afrique : « beaucoup de diocèses ou de paroisses de France sont engagés dans une aide concrète à diverses Églises d’Afrique », et beaucoup de diocèses « reçoivent une aide importante des diocèses africains ».

La richesse des relations

Le cardinal archevêque de Paris a mentionné à la fois les « nombreux catholiques africains émigrés en France », et les prêtres africains qui « tiennent une place de plus en plus importante dans le dispositif pastoral français ».

Ce sont soit des prêtres étudiants (plus de 250) et des prêtres africains au titre de "Fidei Donum " (plus de 600) : le nombre de prêtres français " Fidei Donum " en Afrique est de 70.

Pourtant, a fait observer le président de la conférence des évêques de France, l’appel à des prêtres africains et leur accueil impliquent des relations claires entre les évêques d’Afrique et de France, car « chaque fois que l’on néglige ces conditions préalables, c’est au détriment de la mission et au détriment du prêtre ».

Mais le cardinal Vingt-Trois a souligné ce précieux échange de dons en disant : « Les difficultés que nous rencontrons ne doivent pas nous masquer la richesse des relations entre nos Églises et nous empêcher de rendre grâce pour l’échange des dons que nous vivons ».


Des prêtres pris en otage

Et puis, Mgr François Xavier Maroy Rusengo, archevêque de Bukavu, en République démocratique du Congo (RDC) a bouleversé les membres du synode, le 6 octobre. Dans son diocèse, des prêtres « ont été molestés », d’autres « pris en otage ». mais il invite à garder le cap sur la réconciliation (le thème du synode : réconciliation, justice, paix) et de l’éducation des jeunes.

Il a évoqué les « dégâts causés par les guerres et les violences » avant d’affirmer : « La réconciliation ne peut plus se limiter uniquement à l ’harmonisation des relations interpersonnelles. Elle doit inéluctablement prendre en considération les causes profondes de la crise des relations qui·se situent au niveau des intérêts et des ressources naturelles du pays à exploiter et à gérer dans la transparence et l’équité au profit de tous. Car les causes des violences dans l’Est de la RD Congo sont essentiellement les ressources naturelles ».

L’Eglise, seul soutien

« Pendant que nous prenons la parole durant ces assises, a-t-il rapporté, les agents pastoraux dans notre archidiocèse sont inquiétés par les ennemis de la paix. Une des paroisses de notre archidiocèse a été incendiée le vendredi 2 octobre 2009, les prêtres ont été molestés, d’autres pris en otage par des hommes en uniforme qui ont exigé une importante rançon que nous avons été forcé de payer pour épargner la vie de nos prêtres qu’ils menaçaient de massacrer ».

« Par ces gestes, a souligné l’archevêque de Bukavu, c’est l’Église, restée l’unique soutien pour un peuple terrorisé, humilié, exploité, dominé que l’on voudrait réduire au silence. Seigneur que ta volonté soit faite, que ton règne de paix arrive (cf. Mt 10,6) ».

Il mentionne aussi le travail que la commission “Justice et Paix” « pour que la réconciliation advienne par la reconstruction communautaire ».

« L’objectif, a-t-il expliqué, est d’aider les gens à se réconcilier entre eux et avec leur histoire et à s’engager à bâtir ensemble un avenir nouveau ». Aux jeunes, ils proposent « des activités récréatives et culturelles susceptibles de favoriser la réconciliation à leur niveau, grâce à l’implication de tous et de chacun d’eux dans la reconstruction de leurs milieux de vie ».

L’éducation des jeunes

Il préconise « une réponse aux traumatismes communautaires souvent oubliés afin de rendre les gens responsables et acteurs d’un changement positif », mais aussi « le renforcement de l’éducation à la base et l’ organisation des populations en vue d’une meilleure prise en charge communautaire », et enfin, « une mise en place des espaces et des cadres d’échange et de dialogue pour une participation effective de la population à la gestion des richesses qui doivent concourir désormais à la reconstruction, au développement, à la réconciliation et à une cohabitation pacifique ».

Le synode ne pouvait pas ne pas répondre. Il l’a fait, jeudi, 8 octobre. Le synode exprime sa solidarité avec la population de RDC et lance un appel aux autorités pour qu’elles fassent « tout leur possible pour le retour de l’ordre dans la justice ».

La lettre des présidents délégués (le président, c’est Benoît XVI) et du secrétaire général du synode a été lue et remise à l’archevêque au terme de la 6e congrégation générale, jeudi matin.

Elle fait état de « paroisses incendiées », d’ « affronts infligés à des prêtres pris en otage avec des demandes de rançon, engendrant une situation telle que maintenant vous voilà contraint de retourner parmi vos fidèles en proie aux tourments et aux périls ».

Appel aux autorités légitimes

Le synode exprime sa « solidarité fraternelle dans l’espoir que la réconciliation et la Bonne Nouvelle de l’Évangile (…) soit accueillie comme la voie partagée par tous pour parvenir à des conditions de vie humaines fondées sur les valeurs de la justice, renforcées par le désir de la paix qui est un don de Dieu ».

Il demande à l’archevêque de Bukavu de « transmettre nos cordiaux sentiments de solidarité religieuse à tous les membres du Peuple de Dieu qui vit et souffre dans l’Archidiocèse ».

Mais il invite aussi les autorités civiles légitimes « à faire tout leur possible pour le retour de l’ordre dans la justice, pour instaurer et garantir la paix, indispensable pour une vie normale de la chère population ».

« Confiants en la miséricorde de Dieu et en l’intercession de Marie, Reine de l’Afrique et Reine de la Paix, nous vous assurons de nos prières afin que la justice et la charité permettent à son Archidiocèse, à la région des Grands Lacs et à toute l’Afrique d’obtenir des jours paisibles et une vie sereine », conclut la lettre en élargissant l’horizon à toute l’Afrique souffrante.

Pourtant, le synode l’a souligné, les media proposent trop souvent le visage souffrant de l’Afrique exploitée. L’Afrique a une conversion à proposer à nos sociétés occidentales.

La violence de la théorie du genre

L’archevêque émérite de Conakry, Mgr Robert Sarah, « numéro deux » du dicastère missionnaire du Vatican (la congrégation pour l’Evangélisation des Peuples) a dénoncé l’idéologie du « genre » que l’on tente d’importer en Afrique et la violence qu’une telle théorie introduit dans les sociétés, il la dit même « meurtrière ».

« La théorie du genre est une idéologie sociologisante occidentale des relations hommes-femmes, qui s’attaque à l’identité sponsale de la personne humaine, à la complémentarité anthropologique entre l’homme et la femme, au mariage, à la maternité et à la paternité, à la famille et à la procréation », a déploré Mgr Sarah, car « elle est contraire à la culture africaine et aux vérités humaines éclairées par la Révélation divine en Jésus Christ ».

L’idéologie du genre, a expliqué Mgr Sarah, « sépare le sexe biologique de l’identité masculine ou féminine en affirmant que celle-ci n’est pas intrinsèque à la personne mais qu’elle est une construction sociale ». Elle est « idéologie irréaliste et désincarnée », qui « dénie le dessein de Dieu », prétendant qu’au départ les individus sont « indéterminés » et que « c’est la société qui façonne le genre masculin et féminin au gré des choix changeants de l’individu ».

Le « droit de choisir » est revendiqué comme « la valeur suprême de cette nouvelle éthique », l’homosexualité devenant « un choix culturellement acceptable », et « l’accès à ce choix » devant être « promu ».

Or, elle s’impose « à la fois aux cultures et aux politiques », « exerce pression sur le législateur pour qu’il prescrive des lois favorables à l’accès universel aux informations et aux services contraceptifs et abortifs (concept de “santé reproductive") ainsi qu’à l’homosexualité ».


Les anti-corps de l’Afrique

La culture africaine, constate l’archevêque, est foncièrement opposée à une telle conception : « Dans la culture africaine, l’homme n’est rien sans la femme et la femme n’est rien sans l’homme », et « l’un et l’autre, ne sont rien si l’enfant n’est pas au centre de la famille, constituée par un homme et une femme et cellule de base de la société ».

Une telle conception a des conséquences gravissimes pour les sociétés : « L’idéologie du genre déstabilise le sens de la vie conjugale et familiale que l’Afrique a su préserver jusqu’à présent ».

Mgr Sarah déclare que « la société a besoin de vérité dans les relations », car il n’y a « pas de paix, pas de justice, pas de stabilité dans la société sans famille, sans coopération entre l’homme et la femme, sans père et sans mère ».

Revendiquant la « non-discrimination », elle introduit au contraire « de graves injustices » et « compromet la paix », par conséquent, Mgr Sarah demande à l’Afrique de « se protéger de la contamination du cynisme intellectuel de l’Occident ». « Il est de notre responsabilité pastorale d’éclairer la conscience des africains quant aux dangers de cette idéologie meurtrière », conclut Mgr Sarah.

NB

http://zenit.org/article-22247?l=french

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