Atteinte à la liberté

par Gérard Leclerc

mardi 1er décembre 2020

Pour la messe, 22 novembre, Val-de-Marne.
© Michel Pourny

Certains remettent en cause l’extrême concentration des pouvoirs dans les mains de l’exécutif du fait de l’épidémie qui frappe le pays. Mais ce qui est d’abord en question n’est-ce pas d’abord la liberté intérieure de la personne dés lors qu’on régule jusqu’à sa vie religieuse ?

Hier, j’évoquais la crise politique d’un État en proie aux problèmes très délicats de la sécurité publique. Mais je lis, ici ou là, que ce même État serait dans une logique de concentration extrême des pouvoirs et donc en péril de tentation étatique et autoritaire. Nous serions en régime d’exception, en situation d’urgence permanente. Ce genre d’analyse trouve en moi quelque écho, tant je suis rebuté souvent par l’atteinte aux libertés fondamentales. J’avoue que l’affaire de la restriction à trente personnes pour la messe m’a plus qu’indisposé. L’atteinte à la liberté concerne ici la part la plus personnelle, la plus intime de l’être, et le fait qu’on puisse ainsi porter atteinte à la liturgie ne m’est pas supportable.

Est-ce affaire de régulation politique ? C’est possible, mais il en va pour moi d’abord des personnes. La liberté, ce n’est pas un mot inscrit sur des bâtiments publics. C’est l’affirmation de ce qu’il y a de plus essentiel en nous et qu’on ne saurait abdiquer devant aucune coercition extérieure. Est-ce de l’anarchisme ? Peut-être un peu, mais un anarchisme qui n’est pas sans boussole, qui est au contraire préoccupé du nord magnétique nécessaire à sa conduite. C’est le grand George Orwell qui se définissait comme anarchiste conservateur. Il se fait que je relis en ce moment son fameux roman 1984, qui, par-delà sa description fantasmatique du totalitarisme, met en valeur la force morale de celui qui résiste de tout son cœur.

C’est cette résistance morale qui compte d’abord, c’est elle qui fait que l’on réclame le droit à la messe, dont l’État ne saurait être le gérant ou l’organisateur. Le droit à la messe, c’est au-delà du droit lui-même, l’expression de l’âme qui défie toute tyrannie.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 1er décembre 2020.

Messages

  • - Le droit à la messe comme une liberté fondamentale pour chacun.
    Une évidence qui semble avoir échappé à l’autorité comme le droit de visiter les anciens semblait incompatible avec la pandémie.
    - Le droit à la messe pour renoncer à ces artifices improvisés de célébrations numériques réalisées dans l’urgence et parfois l’improvisation, qui ne satisfont les fidèles sinon donnent une impression de bricolage empressé pour combler le vide.
    - Le droit d’aller dans une église, librement de son choix, sans devoir se prêter au contrôle des frontières d’un état laique qui n’a pas pour le cas le quelconque privilège de se livrer à quelque imposture.

    - Le droit de retrouver et de vivre de l’intérieur la richesse spirituelle et patrimoniale de nos édifices religieux que l’on ne visiterait que pour des journées patrimoniales une fois l’an pour se conformer à la convenance de la culture.

    - Le droit de ne jamais se victimiser par faiblesse contre un horrible concours de circonstances qui voudrait le mal pour les croyants.
    L’heure n’est pas au tri sélectif auprès d’une communauté confessionnelle quelle que soit son identité, qui demeure si présente dans le soutien humanitaire et social des plus faibles ou des fragiles de la vie commune alentour.

    - le droit de se défendre sans complexe face à la médiocrité des cuistres du moment, qui ne sachant pas plus que nous, s’attribuent des connaissances ou compétences scientifiques face à la maladie quand bien même les plus connaissants avouent que cette pandémie ouvre des horizons à la recherche inconnus, incompris, inattendus dans leurs disciplines respectives.

    Il faut entendre la modestie et la prudence de grands Professeurs de Médecine qui font preuve d’une humilité présente exceptionnelle.

    - Le droit de vouloir vivre et penser l’avenir en sollicitant la vaccination pour le plus grand nombre pour ne désavouer le travail méritant des chercheurs aujourd’hui, qui se livrent sans ménagement à chercher une issue vitale pour l’humanité toute entière.

    - Avouons que nous disposons encore de beaucoup de droits, dont celui des cultes personnels et libres, pour réenchanter l’avenir de la confiance et de l’espérance qui se s’inscrivent dans nos pharmacopées mais dans nos humanités mêmes !

    Le test vérité et grandeur nature sera de dire ou pas si nous voulons ce vaccin libre et donné librement à chacun, ou si nous ajouterons ce discours complotiste malsain, livresque et indécent face à ces centaines de milliers de victimes de la pandémie qui n’avaient pas choisi de mourir d’une maladie méconnue, mal perçue par nos intelligences et cause tragique de leur destin !

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