Atteinte à la laïcité. L’instituteur réhabilité

par Gérard Leclerc

lundi 23 septembre 2019

Nos auditeurs l’avaient peut-être oublié, et moi-même je n’y pensais pas, mais il y a deux ans, j’avais attiré leur attention sur ce que je considérais être une grave injustice. En effet, en 2017, un instituteur du Berry, Matthieu Faucher avait été suspendu de ses fonctions pour avoir fait étudier la Bible à ses élèves. Il avait été accusé de prosélytisme par un courrier anonyme. Ce qui n’était manifestement pas le cas, Matthieu Faucher n’étant pas chrétien et ne désirant s’inscrire que dans une démarche « d’étude historique, culturelle, philosophique et littéraire », conforme aux programmes de l’Éducation nationale. Sept heures d’enseignement dans une année scolaire consacrées à la compréhension des textes de l’Exode dans l’Ancien Testament et du récit de la femme adultère dans l’Évangile, était-ce vraiment excessif ? Oui, selon le directeur académique qui avait sanctionné le maître d’école. Il avait été relevé de son poste, muté dans une autre école du département, puis affecté à des remplacements.

C’est cette sanction qui vient d’être cassée par le tribunal administratif de Limoges qui la déclare « disproportionnée par rapport aux faits reprochés ». Matthieu Faucher devra donc être réintégré dans les meilleurs délais dans son école d’origine. Ses qualités professionnelles reconnues par des élus locaux et par des parents d’élèves sont rappelées aussi par le tribunal qui ne fait que deux réserves, eu égard au jeune âge des élèves et au fait que le cours se soit cantonné à la religion chrétienne. C’est à Marie-Estelle Pech du Figaro que j’emprunte ces informations. Je me fais un devoir de les répercuter, puisque je m’étais intéressé à cette injustice qui a enfin été reconnue.

Mais d’une façon plus générale, on doit souligner la difficulté de l’enseignement des religions à l’école. Isabelle de Saint-Martin vient de publier un ouvrage sur la question. Elle part du rapport de Régis Debray de 2002, auquel elle a été associée. Est-il possible d’initier des enfants et des adolescents à ce domaine bien particulier, qui relève des convictions profondes tout en gardant la distance nécessaire ? Quel sens donner à la notion d’enseignement laïc du fait religieux ? Ne s’agit-il pas de ce qu’on appelle un oxymore, significatif d’une presque impossibilité ? Peut-être le terme de culture du fait religieux serait plus approprié en ce qu’il implique une ouverture à cet étonnement dont la pensée grecque faisait le préalable à toute connaissance.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 23 septembre 2019.

Messages

  • Si l’enseignement du fait religieux était une difficulté pour l’enseignement public seulement, ce semblerait corrigible par les éducateurs concernés.
    Mais la question reste bien plus compliquée pour tous les enseignants, ceux des écoles confessionnelles compris.
    Issus des mêmes formations universitaires les postulats agréés ont le même profil de l’enseignant.
    Ils ne connaissent que quelques rudiments basiques de l’histoire religieuse de nos pays.
    Des anecdotes parfois, des approximations bien davantage, sans antipathie ni empathie sur le sujet qui reste facultatif, marginal de la formation.
    Ni contre ni pour, à la carte selon les moments de la vie et des opportunités des enseignements scolaires.
    Le choix involontaire de la posture engendre l’indifférence faute d’adhérence à des convictions personnelles.
    Au détour d’un voyage à l’étranger hors les limites de notre cher pays sans religion accréditée, le religieux est partout, dans l’histoire, les arts, les traditions familiales.
    Vient alors une curiosité momentanée pour essayer d’en connaître les raisons.
    En ce temps viéo maniaque on consulte son iPad, iPod, faute de trouver quelque livre sur les sujets, un désir de connaître voit le jour.
    Gens de la génération du texte exclusif, les plus jeunes accros des images inclusives changent de logiciel au cours de la vie, car le texte sans l’image est abscond, l’image sans commentaire factuel, visuel et superficiel.
    Jadis ceux qui croient au ciel et ceux qui s’abreuvent de la terre se chamaillaient pour des visées idéologiques.
    A la croisée de ces postures la rencontre de ces deux mondes devient possible.
    Un enjeu éducatif exponentiel au fur et à mesure que la réflexion intelligente ouvre des horizons de connaissance plus complexes et plus ambitieuses.

    L’instituteur à la croisée de l’éclosion de l’intelligence et de la conscience d’un enfant en demande saura y répondre par nécessité.
    A l’âge du pourquoi des choses de toute vie, le comment des explications didactiques peut guider l’esprit humain vers des horizons inconnus.
    Ne tirons pas sur l’instituteur laïc ou religieux.
    Il est bien souvent comme son élève en quête de ses réponses personnelles, que les aînés ne lui ont fait partager que par part incomplète ou sélective !

  • Accuser un non-chrétien de prosélytisme ? Sur quelle planète vit-on ? Décidément, au nom de la laïcité on aboutit aux pires aberrations.

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