Après le deuxième tour

par Gérard Leclerc

lundi 14 décembre 2015

En dépit de leurs succès électoraux d’hier soir, messieurs Bertrand et Estrosi ne se sont pas montrés particulièrement triomphants dans leurs déclarations. On les comprend. La victoire obtenue l’a été au prix d’une alliance étrange, tout de même. La droite élue par la gauche, voilà qui défie toutes les notions communes. Cela signifie pour le moins un ébranlement profond du pays, dont on mettra un peu de temps à comprendre la véritable portée. Pour battre le parti de Marine Le Pen, faudrait-il renoncer aux fondamentaux qui opposaient hier les partisans de François Hollande à ceux de Nicolas Sarkozy ? De quelque façon qu’on envisage les choses, la situation est singulière, et on aurait tort de croire que la défaite du Front national au second tour des régionales met fin à la progression de cette formation politique. Ce qui apparaît nettement, c’est que son installation dans la géographie politique est non seulement durable, mais qu’elle ne cesse de marquer des points.

Cela change désormais toutes les données du jeu politique en France. Droite et gauche, désormais, auront en face d’elles un adversaire incontournable, par rapport auquel elles seront contrainte de s’opposer par priorité, avec le risque énorme d’une élimination et de devoir se rallier à son supposé contraire. D’ores et déjà, les présidentielles se profilent dans ce cas de figure. Qui incarnera l’opposition victorieuse à Marine Le Pen, au second tour ? François Hollande, paraît-il, construit toute sa stratégie politique avec ce seul objectif, d’autant qu’il se considère comme le meilleur challenger. Encore faudrait-il qu’il parvienne, dès le premier tour, à coaliser l’ensemble de la gauche, ce qui est encore loin d’être évident.

Mais au-delà des combinaisons partisanes, la leçon principale de ces élections régionales tient à un ébranlement de société, qui pourrait rendre caducs tous les clivages installés depuis le début de Ve République, le premier d’entre eux étant le bipartisme. La question dépasse infiniment la géographie électorale, elle concerne la France dans ses profondeurs, avec l’effondrement de ses structures, à l’image d’un Parti socialiste qui a disparu corps et biens dans cette région du Nord, où il régna en maître absolu pendant des décennies.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 14 décembre 2015.

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