Après la démission du cardinal Barbarin

par Gérard Leclerc

mercredi 13 mars 2019

L’annonce de la remise de sa démission au Pape de la part du cardinal Barbarin a provoqué, dit-on, un séisme dans l’Église de France. On comprend bien pourquoi. Il y a d’abord la personnalité du cardinal, son charisme de pasteur, son zèle missionnaire, ses initiatives dans les domaines les plus divers. Son départ de la capitale des Gaules constitue une perte lourde que son successeur aura bien de la peine à compenser. Notre Église est-elle si riche de talents pour qu’elle puisse se priver de celui d’un tel archevêque ? Seule la confiance en la Providence et en la sagesse du Pape laisse espérer que la tradition de saint Irénée sera poursuivie, avec des promesses qui ne cessent de bondir de commencements en commencements, pour parler comme saint Grégoire de Nysse.

Mais il fallait au primat des Gaules de sérieuses raisons pour prendre une telle décision, après sa condamnation à six mois de prison avec sursis, pour non-dénonciation d’agression sexuelle sur mineurs de 15 ans. Son auxiliaire, Mgr Emmanuel Gobillard, s’en est expliqué à La Croix dans les termes les plus clairs : « Ce n’est pas le jugement du 7 mars qui a provoqué sa démission, mais le procès lui-même. Il a été profondément bouleversé, remué. Il m’a confié : “Les victimes ont trop souffert. Le diocèse a trop souffert, il est peut-être temps de vivre un changement.” (…) Il ne rencontre pas le Pape seulement pour lui présenter sa démission, mais aussi pour lui exprimer ce qu’il a vécu, entendu pendant le procès, l’ampleur des dysfonctionnements ici, des silences… il veut faire un véritable état des lieux. » On se rend compte ainsi que ce que le cardinal n’a pu confier de l’expérience douloureuse qu’il a vécue, faute d’être compris dans un climat qui évoluait de la suspicion à la haine, il pourra enfin l’exprimer au Saint-Père, après y avoir mûrement réfléchi.

Dans la crise actuelle de l’Église universelle sa réflexion sera précieuse. Peut-être pourra-t-il l’exposer plus tard à l’intention de tous ceux qui ont été troublés et qui cherchent à comprendre comment l’Église a pu être ainsi accablée par des fautes qu’elle n’a pas su punir, au risque de plonger les victimes dans un abîme de souffrance. Il faudra du temps encore pour dénouer certains conflits. Les membres de La parole libérée ont élaboré une stratégie pour obliger l’Église à reconnaître toutes ses responsabilités dans l’affaire Preynat. Mais ce n’était pas sans prendre le risque de désigner un bouc émissaire. Il est tout de même paradoxal que le procès qui s’est tenu à Lyon ait été celui du père Preynat avec les révélations bouleversantes des victimes, mais que l’accusé n’était pas le prévenu absent et non jugé, mais le seul Philippe Barbarin [1]. Il y a donc quelque chose de profondément injuste dans cette procédure, même indépendamment des problèmes de droit posés et qui sont loin d’être résolus. Notre Église est dans l’épreuve. Mais toute épreuve, surtout spirituelle, est d’abord pour elle le lieu d’une radicale conversion.

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Photo : © Michel Pourny


[1La période considérée par le jugement est celle de 2014, quand le cardinal transmet à Rome les informations que lui a données une des victimes du père Preynat dans les années 1980, mais ne fait pas de signalement au procureur de la République.

Pour aller plus loin :

Messages

  • dans cette histoire une loi de dénonciation me gène.
    Mg Barbarin pouvait pousser le supposé coupoble à se livrer lui-même ou la famille aurait pu et dû le faire.
    Ce système de dénonciation n’est pas digne

  • Ce qui est incompréhensible c’est d’attendre justement une justice des hommes. Comme s’il s’agissait d’une affaire privée juridique. Or, le rôle des pasteurs, évêque de Lyon, de Rome ou d’ailleurs, est avant tout de prendre soin du troupeau que Dieu leur a confié. Dans cette affaire, il semblait que pour aider le mieux les victimes, c’était justement de faire un geste fort envers la hiérarchie qui avait couvert honteusement des agissements. Quand bien même la responsabilité de untel ou untel serait à prouver, c’est la compassion chrétienne qui devrait être la règle, pas la recherche d’un certain sens de l’honneur ou -pire - la sauvegarde d’une institution.

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