Après l’attentat de Bayonne

par Gérard Leclerc

jeudi 31 octobre 2019

Passeport français et chapelet musulman
© Pascal Deloche / Godong

On peut s’inquiéter souvent de l’état de tension polémique qui risque d’engendrer de la violence. Ce fut le cas, l’an dernier, avec les affrontements de rue provoqués par la révolte des Gilets jaunes. Certes, à ce moment, la révolte précédait la tension verbale, mais celle-ci ne pouvait que faire monter le climat de violence. Ceci-dit pour montrer que la passion exacerbée ne concerne pas seulement la place de l’islam en France. Le doyen de nos éditorialistes, Alain Duhamel, pouvait s’effrayer à l’époque d’une explosion de haine généralisée. Il est vrai qu’on oublie vite certaines choses, qui, sur le moment, avaient surchauffé les médias. Qui se souvient qu’on craignait pour la sécurité de l’Élysée, qu’on prédisait une invasion de manifestants « venus pour casser et pour tuer », avec le risque d’une réplique correspondante des forces de l’ordre.

Dans ces conditions, il convient de ramener l’attentat de Bayonne à sa réalité, qui est l’acte criminel d’un individu qui aurait pu tuer les deux personnes qu’il a grièvement blessées devant la mosquée de la ville. Le maire de Bayonne a tenu à affirmer qu’il n’y avait chez lui aucune animosité à l’égard des musulmans. L’acte insensé d’un personnage, peut-être déséquilibré, peut-il être mis en relation avec un phénomène collectif ? Tous ne sont pas d’accord là-dessus. Le Monde, hier, titrait : « L’inquiétude des musulmans de France ». Inquiétude qui trouverait sa cause dans un climat politique délétère. On jusqu’à parler « d’hystérie islamophobe agressive voire criminelle » qui s’est installée dans notre pays.

Reconnaissons pour le moins qu’il est difficile, au milieu des passions, de tenter d’établir un consensus apte à faciliter l’apaisement. Il y a indéniablement un désaccord impossible à arbitrer entre ceux qui s’inquiètent du caractère particulier de l’islam et ceux qui dénoncent l’islamophobie ambiante. À mon avis, on ne résoudra pas les difficultés à vouloir faire taire le discours qui ne vous convient pas. Le mieux serait, en quelque sorte, de civiliser le débat, en laissant les protagonistes exposer leurs arguments, sans rien cacher de ce qui peut faire mal et de ce qui peut apaiser. On aurait aussi grand intérêt à se rapporter aux études de fond qui exposent l’ensemble du dossier. Celle que publie Pierre Vermeren, vrai spécialiste du sujet, dans son dernier essai intitulé Le déni français [1] pourrait nous éclairer sérieusement.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 31 octobre 2019.


[1Pierre Vermeren, Le déni français. Notre histoire secrète des relations franco-arabes, Albin Michel, 288 p., 19,90 €.

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