Affaire Brugère

Approfondir et débattre

par Gérard Leclerc

jeudi 20 mars 2014

L’incident qui a provoqué l’annulation de l’intervention prévue de Fabienne Brugère, universitaire bordelaise, dans une session de formation à l’initiative de la Commission famille et société, m’a personnellement pris de court. Pour tout dire, je n’avais pas vu venir le coup et je découvre toute une polémique, répercutée par la presse nationale. Comme toute polémique, celle-là est au risque des simplifications commodes, des invectives et des propos définitifs. Je ne prétends nullement apporter un éclaircissement supérieur ou arbitrer un conflit. Plus modestement, je voudrais rapporter un point de vue un peu décalé.

Je ne suis pas choqué par le fait qu’on invite dans une instance déléguée par l’épiscopat une philosophe, même si elle exprime une pensée diamétralement opposée aux convictions de l’Église. J’ai, pour ma part, pratiqué couramment la confrontation avec l’adversaire, celui que Jean Guitton aimait appeler « son contraire », et je m’en suis toujours bien porté. C’est au contact de la pensée d’autrui que vous êtes à même d’approfondir un sujet, de considérer des arguments, d’apercevoir même des choses que vous n’aviez pas vues. Et ce n’est sûrement pas parce que vous engagez ce qu’au Moyen Âge on appelait une disputatio que vous vous trouvez par avance vaincu ou ligoté par la dialectique d’autrui. Il n’y aurait tout bonnement pas de vie intellectuelle possible si l’échange avec le contraire était interdit.

Par ailleurs, il ne faudrait pas confondre les domaines ou se tromper dans l’économie du temps. Il y a des moments pour débattre, il y en a d’autres pour approfondir ses propres convictions, surtout si elles se ressourcent à la grande tradition chrétienne. Au surplus, il serait vain de débattre si, au préalable, on n’avait pas soi-même étudié, médité, assimilé le corpus de la Tradition chrétienne, notamment là où il devrait être le plus sollicité aujourd’hui. Celui de l’anthropologie, dans ses racines bibliques et ses développements spéculatifs au cours des siècles. Reste à déterminer le temps de l’approfondissement et le temps de la confrontation.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 20 mars 2014.

Messages

  • Quand même curieux qu’on n’ait pas eu l’idée d’inviter Fabrice Hadjadj, qui a su admirablement poser à sa véritable hauteur le problème de la donation dans le couple. ( Ou Thibaud Collin ) _ Il est évident qu’on n’a pas invité Fabienne Brurgière pour approfondir le problème, mais pour témoigner par avance de la complaisance et de la bonne volonté des instances officieuses et certaines officielles catholiques vis à vis de cette intellectuelle . Après tout une vraie ’dispustatio’ supposerait ici deux personnes attachées à la famille, non une pétroleuse la dynamitant dans ce qu’elle a d’irréductible, montrant qu’être cathos, ce n’est pas s’affronter au monde, mais le reconnaitre avec uen bienveillance systématique. A qui on fera croire qu’on avait un objectif de conversion, à mille lieux, semble-t-il de la feuille de route de cette pastorale.
    Inviter Lénine à un colloque sur la famille m’aurait paru moins saugrenu.
    Non, elle a été invitée pour être applaudie avec complaisance, non pour approfondir. On pense au mot de Maurice Clavel en 1975, disant à certains clercs, " vous n’êtes pas allés au monde, vous vous êtes rendus au monde" ;
    Tant que les catholiques introduits dans les pastorales n’ont pas accepté cette correction fraternelle, on aura ces pataquès, qui montrent une vacuité inquietante de laïcs trop bien introduits. Il y a quand même des évêques qui ont réagi. Enfin, dira-t-on et n’oublions pas les vrais écrivains qui pourraient animer une disputatio.L’inculture grandit aussi .

  • Il est évident que Fabienne Brugère ne représente pas la pensée de l’épiscopat bordelais ni celle de la Conférence des évêques.

    Pourquoi donc renoncer à un débat qui aurait pu être l’occasion pour la CEF de réaffirmer sa position et de remettre, peut-être, quelques pendules à l’heure ?

    Je n’ai, pour ma part, écouté qu’une intervention de cette Fabienne Brugère, sur France Culture (novembre 2013). Je ne me souviens pas y avoir entendu des hérésies particulières, pour quelqu’un qui « s’enracine dans les lumières » (ce qui n’est pas ma tasse de thé). Elle y disait même des choses intéressantes sur la vie en société qui, sans devoir y adhérer dans leur totalité, peuvent donner à réfléchir.

    Autant une Caroline Fourest serait impensable dans de tels débats (seuls des débatteurs (sur)entraînés sont capables de contrer les assauts de cette polémiste, intelligente et retorse, qui manie - tel le fléau d’armes - la contre-argumentation, la disqualification de l’adversaire et la mauvaise foi avec une habileté consommée et parfois quasi diabolique), autant des personnes réfléchies et, me semble-t-il, honnêtes comme F. Brugère y auraient tout à fait leur place, même si elles ne partagent pas la totalité des positions éthiques de l’Eglise.

    Il est vraiment dommage que des cabales orchestrées aient amené à renoncer à de possibles débats dont les prolongements sont toujours féconds. Il est également dommage que l’épiscopat ait baissé la crosse devant quelques grognements et agitations des habituels agents du guet de la “citadelle assiégée”.

    • Bien sûr qu’on aurait pu débattre , mais d’abord qui on avait invité avec la bonne carrure pour remettre les choses à l’endroit ? ( et ce n’est pas un évêque qui peut le faire dans le climat actuel, ne rêvons pas.) Voilà le fond du problème.
      Ensuite quitte à inviter d’autres sensibilités pour débattre vraiment pourquoi ne jamais inviter , donc des catholiques engagés dans les milieux un peu différents, qui existent , mais qu’on ne voient pas, qui pensent,- ceux qu’on appelle ’tradis’ ou pire encore, mais qui sont systématiquement écartés, qui sont aussi de bonne volonté et et qui pourraient apporter aussi leur éclairage et leur dévouement à la famille, qu’ils manifestent bien dans leur vie personnelle ? Oui, pourquoi écarter du dialogue les uns au profit des autres sinon parce qu’on veut toujours privilegier " la bonne volonté" à gauche pour ne pas dire l’extrême gauche - ici sur ce problème sociétal- et toujours écarter les autres avec conviction. Quand verrons nous ce vrai dialogue fraternel entre cathos aussi , car j’ose espérer que Fabienne Brugère ne se revendique pas catholique ?

    • S’il s’était agi d’un colloque philosophique ou scientifique, je n’aurais vu aucun inconvénient à ce qu’un débat ou une"disputatio" ait lieu entre Fabienne Brugère, tenante de l’idéologie du "gender" et un ou plusieurs adversaires qualifiés. Mais en l’occurence il s’agissait d’une formation de responsables de pastorale familiale diocésains et dès lors une retenue s’imposait vis à vis d’une idéologie diamétralement opposée à l’anthropologie chrétienne, tirée dee écritures. D’où mon soutien à la "supplique" adressée à Mgr Brunin.

  • Pour ma part, j’ai signé la pétition qui a conduit à écarter cette personne de la formation prévue ; en effet, j’ai considéré qu’il y en a vraiment plus qu’assez avec les élucubrations autour de la théorie du genre, et qu’il y a mieux à faire - surtout dans un séminaire de formation - que de donner une tribune de plus aux zélateurs de ces stupidités. Il n’y a franchement aucun intérêt à "débattre" autour de sujets qui ne méritent pas tant d’attention. Débat-on encore du sexe des anges ? C’est à peu près aussi intéressant.

  • Franchement, un non-événement.

    Les évêques peuvent voir qui ils veulent. C’est même leur mission. Et changer leur agenda par mesure de sagesse.

    Quant à Mme Brugère, elle est prof de philo, la sagesse c’est son truc, non ? Elle devrait comprendre sans en faire un plat, prendre l’affaire... avec philosophie, justement.

    Laisser pisser le mérinos, qu’il soit d’Eglise ou hors d’Eglise...

  • Ce n’est pas une simplification commode que de dire
    que le temps de la formation n’est pas celui du débat et qu’en conséquence
    la conférence de Mme Brugère n’avait pas sa place dans une session de
    formation ; c’est d’ailleurs ce qu’a dit clairement le P Metzinger, responsable de la pastorale familiale du diocèse de Paris.

    Une telle invitation était de nature à organiser ou à accroître la confusion dans beaucoup d’esprits à propos de la pensée de l’Eglise sur la question du genre. Les familles directement concernées sur le terrain, ont besoin de responsables diocésains bien formés à la doctrine catholique. Ce qui suppose plutôt d’entendre T.Colin ou Marguerite Peeters que Mme Brugère...

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