Animaux dans l’Évangile

Anthropomorphe ?

par Tugdual Derville

vendredi 10 décembre 2010

Epris de nature, les urbains du XXIe siècle semblent avoir oublié qu’il y a une hiérarchie dans la création et que, contrairement aux animaux, c’est Homo Sapiens qui a été créé à l’image de Dieu.

Je ne sais pas quelle mouche m’a piqué d’avoir sorti un petit livre sur les animaux cités dans l’Evangile. Au départ, c’était pour me détendre la nuit, quand l’actualité de la vie des hommes me procurait quelque insomnie. Dans la campagne de mon enfance, je courais comme un dératé avec un filet papillon pour capturer de merveilleuses petites bestioles multicolores que je collectionnais. L’incroyable biodiversité serait-elle une preuve de l’existence de Dieu ? Comme beaucoup de nos contemporains qui se ressourcent dans la nature en contemplant les animaux, je suis envahi par une stupéfaction émerveillée qui se renouvelle à chaque rencontre. Chaque bête mérite le détour. Et leur présence en si grand nombre dans l’Evangile n’a rien d’anodin.

Or, voilà que je découvre, au travers des questions qu’on me pose au sujet d’Animaux dans l’Evangile qu’une des préoccupations à laquelle je n’avais pas songé taraude nos contemporains. Pourquoi faisons-nous aux animaux ce que nous n’aimerions pas qu’ils nous fassent ?

Ces personnes semblent me dire : nous les réduisons en esclavage, leur administrons la peine de mort, alors qu’ils sont innocents, nous les mangeons crus ou cuits, nous utilisons leur peau pour nous chausser, leurs poils pour nous vêtir et leurs plumes pour nous endormir dans des lits douillets. Nous volons le miel des abeilles, et Jean-Baptiste lui-même le faisait au désert tout en grignotant de pauvres sauterelles, après avoir piqué la peau d’un chameau.


Est-ce bien évangélique ?

Petit détour par le Catéchisme de l’Eglise catholique qui cautionne parfaitement ces différentes utilisations des bêtes tout en incitant l’homme à éviter toute cruauté et à exercer vis-à-vis des animaux de la « bienveillance ». Au nom, souligne le texte, de la « dignité humaine » (n°2416 à 2418) !

C’est là que je crois percevoir quelques marques de confusion.

Certes un adorable petit chien peut adoucir notre vie, et, comme dans l’Evangile, selon les propos de Jésus à la Cananéenne, se nourrir des miettes qui tombent de la table du maître. Mais l’un et l’autre ne sont pas appelés à manger dans la même écuelle.

Attention donc à l’anthropomorphisme qui consiste à attribuer aux animaux, fussent-ils de compagnie, la valeur d’une personne. La nature nous montre d’ailleurs que les bestioles sont particulièrement féroces les unes avec les autres, sans qu’on puisse le leur reprocher (à moins de condamner à l’isolement à vie la superbe mante-religieuse qui dévore volontiers son mâle en plein accouplement). Sagesse paysanne : les éleveurs de bestiaux savent bien qu’on ne doit pas s’attacher à une bête comme à une personne.

Et c’est pourquoi on euthanasie les animaux domestiques ou familiers en bout de course alors que cette même euthanasie, appliquée à l’homme, devient inhumaine.

http://www.france-catholique.fr/ANIMAUX-DANS-L-EVANGILE.html

http://www.france-catholique.fr/ANIMAUX-DANS-L-EVANGILE,5839.html

http://www.paroissedepouilly.fr/article-les-animaux-dans-l-evangile---une-idee-de-cadeau-59820560.html

http://annecom.typepad.fr/mon_weblog/2010/11/animaux-dans-levangile-.html

http://news.catholique.org/33315-publication-originale-tous-publics-jesus-et

http://livre.fnac.com/a3103018/Tugdual-Derville-Chronique-des-animaux-dans-l-Evangile

http://www.priceminister.com/offer/buy/114385508/animaux-dans-l-evangile-de-tugdual-derville-livre.html

Messages

  • A propos d’animaux de compagnie...

    Dans les conseils qu’il donne aux pèlerins à l’occasion de l’année sainte 1500 à Rome, Jean Geiler de Kaysersberg, célèbre prédicateur strasbourgeois, leur recommande " d’avoir un petit chien comme accompagnateur ". (Les pèlerins contemporains ne pourraient suivre ce conseil car dans beaucoup de gîtes "nos amies les bêtes" ne sont pas admises).

    Ces sermons ont été publiés en 2010 aux éditions Arfuyen.

    Quelques années plus tôt il avait choisi de prendre le pèlerin comme modèle de vie spirituelle (voir le site ci-dessous).

    Voir en ligne : Le pèlerin modèle de vie spirituelle

  • Ce n’est pas au nom d’une dignité humaine "anthropomorphe" attribuée aux animaux que le Catéchisme condamne la cruauté envers les animaux, mais parce que cette cruauté dégrade son auteur. Comme psychiatre ayant eu à m’occuper de malades mentaux dangereux, je sais que la cruauté envers les animaux (un malade qui brulait les yeux de souris blanches avec une aiguille rougie) est un bon signe de ce que l’on appelait "perversion instinctive". Cela est entièrement différent de l’utilisation de ces créatures à des fins légitimes.

  • Si Tugdual est certes fondé à voir d’un mauvais œil le développement d’une forme sensiblerie illégitime à l’égard des animaux, cela ne doit pas nous faire oublier que notre société est MALHEUREUSEMENT TRES LOIN d’exercer envers les animaux la "bienveillance" que recommande l’Eglise, et que fait croître au cœur de l’homme un authentique amour de Dieu.
    Cette sensiblerie est à mon sens le fruit malade de la cruauté réelle que nous exerçons par ailleurs, à l’échelle industrielle. Cette cruauté doit être dénoncée.
    Aussi je pense que Tugdual a tort lorsqu’il semble tomber, en réponse à la sensiblerie, dans le cautionnement de l’insensibilité. Nous aurions tort surtout, de tirer parti de la cruauté des « bestioles » envers elles-mêmes pour justifier la nôtre. Cette logique-là est aberrante ! C’est oublier que nous appartenons à un autre ordre et sommes soumis à d’autres exigences. Grave oubli.
    Au-delà de l’insensibilité et de la sensiblerie, il y a l’authentique sensibilité humaine, qui se différencie de la précédente en ce qu’elle a le courage de ne pas détourner le regard, et sait tirer les justes conséquences.

  • Oui à l’anthropomorphisme qui désigne l’autre comme alter ego, celui à qui je peux m’identifier, celui au sujet duquel je peux dire ceci :
    "Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’ on te fit."
    Conspuons l’anthropocentrisme qui décide de manière unilatérale que le monde est à notre service et que nos sévices sont parfois légitimes si ça nous fait peu ou prou du bien. Non, monsieur, mon bien n’est pas le bien. La terre n’est pas mon bien non plus, et les animaux définis ainsi par une loi imbécile et narcissique ne sont pas des biens meubles.
    La morale est autre chose. la morale est le respect de l’autre sous toutes ses formes.La morale ne peut exister tant qu’il y aura des êtres malheureux de par la faute d’une surestimation de notre espèce, sans que nous ne voulions savoir que nous en sommes coupables. Sinon, on est juste des psychopathes.

    Voir en ligne : en finir avec la barbarie

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