16e dimanche du Temps Ordinaire — Année B (Mc 6, 30-34)

Alors il se mit à les enseigner longuement

par le P. Michel Gitton

mardi 13 juillet 2021

Autre exemple de Jésus s’adressant aux foules.
Le Sermon sur la montagne, par Cosimo Rosselli, chapelle Sixtine.

Saint Marc, après nous avoir dit que Jésus fut « saisi de compassion » envers les foules qui s’étaient groupées autour de lui, « parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger », ajoute qu’« il se mit à les instruire longuement ».

Cette insistance sur la parole, et une parole longue, est difficile à comprendre aujourd’hui pour les catholiques qui sont souvent convaincus que la parole entendue à la messe est toujours de trop. Si on doit raccourcir quelque chose, ce sera cela. Beaucoup, au début de l’exercice, se calent sur leur banc et attendent que ça passe, - quand ils ne regardent pas leur montre avec résignation ! Parole semble même à beaucoup synonyme de « bla-bla » : « ça entre par une oreille et ça ressort par l’autre » dit-on. On cite des enquêtes faites à la sortie de la messe et où l’on demandait aux paroissiens quel était le thème de l’homélie : le résultat était assez lamentable, la plupart ne se souvenaient que de quelques formules ou des petites histoires qui émaillaient le propos du prédicateur. Cause ou conséquence, bien de prêtres sont eux-mêmes sceptiques sur l’utilité de la parole. Ils s’en tiennent parfois au minimum. Ils n’ont pas l’idée qu’ils ont à donner un enseignement construit. L’insistance mise depuis Vatican II sur l’homélie, au lieu du traditionnel sermon, a amené souvent un propos décousu, où, à force de vouloir coller à l’Écriture, on ne fait plus qu’un pâle exposé d’exégèse, sans visée d’ensemble, sans un point de doctrine qu’on cherche à inculquer, sans une conviction forte qu’on veut faire partager.

Quand on lit dans les récits du passé que des auditoires nombreux se pressaient pour écouter des sermons, souvent séparés de la messe, on croit rêver. Nos frères protestants nous donnent pourtant dans ce domaine des exemples parfaitement contemporains. Il n’est pas vrai que la parole publique serait toujours ennuyeuse. Elle l’est devenue par notre faute à tous. Nous avons oublié que le christianisme est la religion de la Parole. Parole, faite chair, c’est vrai, mais parole quand même qui s’adresse aux hommes, qui les convoque et les instruit. La foi vient par l’oreille nous dit saint Paul, nous avons à recevoir une Bonne Nouvelle que nous n’avons pas inventée.

Pour cela, il nous faut sans doute connaître toujours mieux le dépôt de la foi, mais la parole du prédicateur ne se contente pas de le répéter, ni même de l’expliquer, elle doit en manifester la prodigieuse fécondité, la splendeur bouleversante. Il y a un « aujourd’hui » de la parole, qui vient rejoindre ici et maintenant un auditoire concret et faire advenir à nouveau le miracle de la foi, l’adhésion aimante des cœurs. Et ceci ne se fait généralement pas en quelques mots. Jésus lui-même enseigne longuement, c’est-à-dire en s’y donnant complètement, par amour de ceux qu’il a devant lui.

Tous les genres existent. Newman n’est pas Bossuet. Mais l’un comme l’autre avait conscience qu’ils avaient quelque chose à dire, quelque chose d’important, de vital, à transmettre, pour le bien de ceux qui venaient à eux, et ils le disaient.

Et il n’est pas vrai que la parole ne puisse rien changer chez ceux qui l’écoutent. Trop d’exemples prouvent qu’il y a des enseignements qui frappent, des convictions qui se partagent, des appels qui sont entendus. Ayons la foi !

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