Aldo Moro

par Gérard Leclerc

mercredi 9 mai 2018

Qui s’en souvient encore, en cette période pourtant commémorative ? C’était en mai, il y a quarante ans. Dans la basilique Saint-Jean de Latran, à Rome, le pape Paul VI en toute fin de pontificat, prononçait une homélie mémorable : « Et maintenant, nos lèvres scellées comme par un énorme obstacle, semblable à la grosse pierre roulée à l’entrée du sépulcre du Christ, veulent s’ouvrir pour exprimer un De profundis, le cri, la plainte de l’indicible douleur par laquelle la tragédie présente étouffe notre voix. Seigneur, exauce nous ! » L’humaniste raffiné qu’était le pape Montini, s’exprimait ainsi dans un italien d’une grande pureté et sur un ton d’émotion poignante. Il présidait les obsèques d’une des principales figures de la politique italienne d’après-guerre, Aldo Moro, assassiné par les Brigades rouges au terme d’une captivité de 55 jours, à la suite d’un enlèvement spectaculaire où ses cinq gardes du corps avaient été tués.

Paul VI, qui avait compté Aldo Moro parmi ses étudiants romains, lorsqu’il était leur aumônier, ne s’était pas résigné à son exécution, alors que ses amis de la démocratie chrétienne en avaient déjà fait leur deuil, refusant la négociation avec les ravisseurs. C’est le 9 mai 1978 que le corps sans vie de l’homme politique avait été retrouvé dans le coffre d’une voiture arrêtée significativement entre le siège de la Démocratie chrétienne et celui du Parti communiste. La violence, à ce moment, dans la péninsule, était considérable. En une vingtaine d’années, elle avait fait 370 morts et un millier de blessés. Nous n’avons pas vécu en France un tel traumatisme. Imagine-t-on ce qu’aurait pu avoir de retentissement chez nous l’assassinat de l’équivalent d’Aldo Moro ? Un premier ministre ou le leader d’un grand parti politique.

Les violences du premier mai à Paris ont provoqué beaucoup d’émotion. Mais nous ne sommes nullement dans la stratégie de la tension qui était celle de l’Italie à la suite de 1968. Il faut préciser que le pays ne disposait pas de l’équilibre qu’avait conféré à la France la constitution de la Ve République. C’était aussi la période de la Guerre froide entre l’Est et l’Ouest, avec l’existence d’un puissant Parti communiste et d’une extrême gauche en lutte avec le néo-fascisme en vue d’un coup de force. Nous n’en sommes pas là, grâce au ciel, et l’extrémisme n’est pas en mesure de provoquer une nouvelle stratégie de la tension.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 9 mai 2018.

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