Alain Finkielkraut, notre mécontemporain

par Gérard Leclerc

jeudi 3 avril 2014

Il y a quelques jours, Alain Finkielkraut était l’invité du Cercle Charles-Péguy à Paris. Il rappela tout son itinéraire personnel, qui l’avait amené à prendre de plus en plus conscience de son identité française.

Que l’auteur de La défaite de la pensée ait déposé sa candidature à l’Académie française n’a sûrement pas surpris ses nombreux lecteurs, qui savent à quelle hauteur il place l’amour de la langue française, et plus généralement la conception qu’il a de la culture comme héritage dont nous sommes tous en dette.

Pourtant, à l’origine, c’est-à-dire dans l’élan de Mai 68, Alain Finkielkraut est dans la mouvance du radicalisme d’extrême gauche dont il épouse toute l’idéologie, et il semble destiné à partager, une fois la fièvre retombée, les articles d’une sorte de Credo progressiste dans l’air du temps.

C’était sans compter sur la forte réactivité d’un intellectuel qui prend conscience, de plus en plus nettement, de sa distance par rapport aux évolutions de société et aux risques de déperdition morale et spirituelle d’un individualisme narcissique prêt à toutes les redditions.

Parmi les nombreux écrivains qui l’ont marqué, il faut peut-être particulièrement insister sur Charles Péguy auquel il a consacré, en 1992, un essai qui a fait date, sous le titre Le mécontemporain. Non seulement ce livre souligne l’importance d’un penseur dédaigné (peu de temps avant il a été brocardé par Bernard Henry-Lévy dans son Idéologie française), mais il signifie aussi l’ouverture, et plus encore l’accueil fondé sur la gratitude à un univers dont la richesse échappait à la plupart des gens de sa génération, formés et formatés dans le culte de la modernité. Dès lors, Alain Finkielkraut est désigné de plus en plus comme réactionnaire et, lorsqu’il explique son inquiétude à l’égard du refus d’assumer l’identité française de la part de ceux qui prônent le multi­culturalisme et le refus de l’intégration, il est carrément fustigé.

Du coup, voilà l’intellectuel plongé au cœur d’une polémique incessante, qu’il alimente lui-même, bien sûr, au feu de ses convictions, mais que lui vaut surtout sa passion à défendre des convictions à contre-courant. Le journal Le Monde, dont la ligne politique est souvent au rebours de notre mécontemporain, lui reconnaît pourtant le mérite de susciter la meilleure émulation autour de la vénération pour l’écrit et le soin de la transmission. Mais c’est pour ajouter que l’animateur de la célèbre émission «  Répliques  » de France Culture côtoie souvent les abîmes, même aux yeux de ses propres amis.

Il est vrai qu’à défendre un Renaud Camus, il se met très fort en danger, de la même façon qu’il risque l’incompréhension lorsqu’il dit comprendre certains motifs de Dominique Venner, après son suicide spectaculaire à Notre-Dame. Ce n’est pas une raison pour déformer ses intentions et méconnaître le cœur de son combat.

Est-ce pour autant que l’homme serait mû d’abord «  par la volonté aristocratique de déplaire  » ? Ne faudrait-il pas plutôt voir dans l’agacement réel qu’il suscite, au moins en certains milieux, l’effet d’une pensée intempestive, d’un caractère entier et surtout d’un engagement total au service de ce qu’il croit être le bien commun et le trésor indivis de la littérature, comme source inépuisable de ce qui donne sens et densité à la vie ?


Voir en ligne : Cercle Charles Péguy

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