Aimer l’Église

par Gérard Leclerc

mercredi 17 juillet 2019

Les anges dans le ciel, cathédrale de Strasbourg
CC by sa Rama

« Aimer l’Église », c’était une formule familière au cardinal Jean-Marie Lustiger. «  Aimer l’Église  » en dépit de ses défauts qui sont évidents, surtout en certaines périodes de crise et de scandale. Aujourd’hui nous mesurons la difficulté d’un amour à l’égard de ce qui nous déçoit, et pourtant ce pourrait être l’occasion d’un approfondissement et d’une purification. Jean-Paul II, de son côté, avait repris le concept grec de kaïros, pour signifier qu’il est des moments où il faut saisir la chance d’une décision. De même, le concept de krisis associe l’idée de crise à celle de jugement, ce qui implique de ne pas se laisser hypnotiser par le malheur et de tirer toutes les conséquences de la situation. Encore faut-il que l’amour ne se soit pas enfui…

Une Église à faire vivre

Dans les discussions qui se sont ouvertes ces derniers mois à propos d’une éventuelle réforme de l’Église, c’est ce critère qu’il convient de retenir d’abord. S’il n’y a pas cette dilection, il y a risque de destruction de ce qu’on veut changer, notamment par manque de considération de la nature de l’institution en cause. L’Église n’est pas née d’hier, elle est dotée d’une structure apostolique qui s’est établie dès les origines et qui n’a évolué que dans la logique de son propre développement interne. C’est ce que le bienheureux cardinal Newman avait établi en étudiant l’histoire des dogmes et c’est aussi ce qui l’avait amené à l’Église catholique romaine, parce que la plus fidèle aux racines originelles du christianisme. Il n’y a pas d’Église à inventer, il y a une Église à faire vivre en la mettant au service de nos frères pour leur bonheur et leur Salut.

Une fidélité audacieuse

La fidélité n’est pas réductible à la seule permanence, elle est inventive, elle est créatrice. De ce point de vue, nous avons besoin de pionniers et de fondateurs, comme ceux qui sont apparus au moment de la Contre-Réforme catholique et qui ont redonné un élan de vigueur inattendu à une institution que l’on pensait promise à l’abîme. Natalia Trouiller vient de publier un Manifeste à l’usage des derniers chrétiens qui pourraient bien être les premiers, car selon ce même cardinal Lustiger nous pourrions être toujours au début de l’aventure chrétienne. Elle s’affirme à la fois d’une fidélité entière et d’une audace tranquille et prophétique. Cette audace trouve le plus souvent ses motifs d’inspiration dans l’histoire de l’Église et même à ses tout débuts, car le génie missionnaire s’y est affirmé selon l’inspiration de l’Esprit en relation totale avec la vocation de l’humanité dans sa réalité plénière.

Bâtir la cité de Dieu

Il s’agit toujours de bâtir la cité de Dieu parmi les hommes «  en gardant à l’esprit comme Augustin qu’elle s’édifie avant tout à l’intérieur de nous-mêmes, qu’elle ne sera jamais tout à fait de ce monde, que nous ne pouvons que tendre à la faire advenir, qu’elle se superpose avec la cité des hommes sans toutefois se confondre avec elle ni la remplacer  ». La crise nous impose d’envisager le renouveau.

Messages

  • Aimer l’Eglise et les hommes et les femmes d’église.
    Un douloureux défi aujourd’hui dans la pluralité des visages de l’église environnante.

    Les gens venus de conversions et des périphéries n’étaient pas chrétiens ni saints dès l’abord.
    Ils le devinrent au détour de vies compliquées, imprévues, décantées de leurs assurances.
    L’Eglise est habitée de ces êtres d’hier pour aujourd’hui.

    Mais elle se doit de reconnaitre des hommes d’aujourd’hui pour demain qui nous entourent par le vécu de leur quotidien singulier ?
    Faut-il les regarder comme des êtres christiques véritables dans les habits inattendus de leurs engagements ?

    Ils sont parmi nous mais nous ne les voyons pas assez.

    Ils interviennent dans ces missions humanitaires, socio culturelles, mais nous les observons parfois comme des marginaux de la fraternité.

    Ils viennent d’autres mondes que celui habitué de nos vies, et nous dérangent quelque peu.

    Les grâces divines les habitent comme en chacun de nous, mais leurs conduites sont troublantes pour la quiétude de nos traditions.

    L’Eglise connait un aggiornamento ininterrompu depuis ses origines.

    Les chrétiens cotoient désormais "des étrangers d’origine" croyants de nos communautés, mais leur expression n’est pas conventionnelle, la nôtre.

    Un passage à Lourdes, à la rue du Bac à Paris, dans nos cathédrales de l’été véhicule les visiteurs les plus insolites, à la recherche du divin et du mystère, mais leur prime abord est si éloigné de nos postures que leur présence semble quasi peu désirable...

    Aimer l’Eglise, aimer les humains dans leur grande diversité est une gageure pour l’institution et la foi.
    - Dans des familles recomposées où l’amour tient par la grâce divine, dans les solitudes du veuvage et de l’isolement, dans les pauvretés matérielles et souvent spirituelles des plus nantis qui ne savent pas partager le secret désir d’embrasser la présence réelle du Seigneur,

    - Dans la curiosité des enfants et des jeunes qui perçoivent ce mystère habité des espaces religieux mais rencontrent peu d’adultes cultes prêts à les accueillir.

    La société civile qui nous entoure n’est pas porteuse de telles conduites.

    Fondée trop souvent sur la peur de l’autre, les raisons d’assurer sa propre sécurité, et son avenir à soi même, l’Eglise est conviée à relever ce défi fraternel de la foi, de l’espérance dans l’échange personnel, du respect des différences entre nous.

    Tout cela est beau, prometteur, souhaitable, mais difficile aujourd’hui

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