Affaire Preynat ou affaire Barbarin ?

par Gérard Leclerc

lundi 11 mars 2019

N’ayant pas eu à commenter sur le champ la condamnation du cardinal Barbarin, j’ai pu mûrir, plusieurs jours durant, mes réflexions, sans être sûr qu’elles soient vraiment abouties, vu l’extrême difficulté du sujet. Au préalable, je dois à nos auditeurs l’aveu que Philippe Barbarin est pour moi un ami très cher que j’ai connu bien avant son épiscopat. Il a baptisé deux de mes enfants. Ce n’est pas une garantie de neutralité, j’en conviens. Du moins, on m’accordera de bien le connaître et d’avoir quelque idée de ses dispositions intérieures. C’est pourquoi je proteste, lorsque je le vois accusé d’avoir privilégié la défense de l’institution à l’encontre de la souffrance des victimes. C’est exactement le contraire de ses convictions qu’il communiquait un jour à une journaliste lyonnaise. Oui, il faut prévenir la police lorsqu’on a été agressé par un prêtre. « Tant pis si c’est une honte supplémentaire pour l’Église, car ça peut rendre service à tout le monde. »

Il est vrai que l’affaire pour laquelle la justice a été saisie par l’association La parole libérée est de nature très singulière, parce que les faits épouvantables qui sont à son origine remontent à une époque où Philippe Barbarin n’était même pas évêque, et qu’elle a été révélée au grand public un quart de siècle plus tard. Ce sont les victimes, qui, brusquement, ont ranimé ce passé infiniment douloureux et demandé des comptes à l’Église de ce qu’elles avaient subi. Du coup, c’était l’archevêque de Lyon du moment qui devenait la cible des accusations, parce qu’en sa personne c’était toute l’institution qui était mise en face de ses responsabilités.

Faut-il dire que Philippe Barbarin devenait le bouc émissaire, dont la chute seule pouvait être à la mesure de la faute commise ? C’était, en tout cas, le but clairement avoué par François Devaux, dont la stratégie a été couronnée de succès. Non, à mon sens, sans quelque paradoxe. Car le procès qui a eu lieu à Lyon était en fait un procès Preynat, puisque l’essentiel des témoignages se rapportait aux crimes de ce prêtre. Mais un procès Preynat dont l’accusé était Philippe Barbarin, en l’absence du coupable même pas jugé. Nous sommes bien dans la logique du bouc émissaire, à ceci près que l’ampleur du drame déborde la personne de l’archevêque de Lyon, lui-même solidaire d’une Église qui fait face à une des plus graves crises de son histoire.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 11 mars 2019.

Pour aller plus loin :

Messages

  • "...un procès Preynat dont l’accusé est Philippe Barbarin en l’absence du coupable même pas jugé". C’est la réalité surgie d’un enchevêtrement pris, démontré et peut-être conçu comme inextricable. L’article de Gérard Leclerc a le mérite de présenter, en quelques mots, la situation.

    Dans le flot des littératures submergeant le public depuis le début de cette "affaire", deux éléments n’échappent pas à l’attention : a) l’extinction pure et simple de l’identité des deux plaignants de la première heure ; b) la virulente attaque portée alors sur le Primat des Gaules par un personnage politique.

    D’anciens scouts sexuellement abusés par un prêtre, à présent hommes mûrs, déversent les faits dans le giron de Mgr Barbarin... au lieu de déposer plainte franchement et directement au tribunal. Curieux détour...

    Quand, en 2016, Mgr Barbarin questionne le pape : "Dois-je démissionner ?" la réponse tombe : "Non". Ne semble-t-il pas dès lors qu’à travers l’acharnement sur le Primat des Gaules c’est l’Eglise catholique qui est visée ? Et la condamnation de Ph. Barbarin ne résonnerait-elle pas comme une provocation ?

    Dès le début, cette "affaire" comporte des zones d’ombre profondément gravées et pèche par des lacunes que l’envahissante médiatisation dont elle est l’objet n’arrive pourtant pas à occulter. Les faits parlent d’eux-mêmes.

    En bénéficiant de la liberté de s’exprimer il reste le recours à la prière. Humbles moyens, il est vrai. Mais ce serait compter sans la Grâce de Notre Seigneur Seule capable de "secouer", comme on dit, les bonnes volontés. N’est-ce pas...

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