Actualité du théologico-politique

Jacques Rollet, théologien et politologue

lundi 5 novembre 2018

Sous ce terme quelque peu mystérieux, se joue le rapport entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique. Cette question est loin d’être clarifiée et les débats présents et à venir que les questions de bioéthique ( PMA GPA, fin de vie ) ne font que la relancer. La question du mariage homosexuel a posé fortement les termes du problème : le pouvoir politique peut-il par la loi positive changer ce qui est dit de la nature de l’homme depuis des millénaires ?C’est l’avènement de la modernité qui a provoqué la mutation radicale que connaissent les sociétés occidentales. C’est ce qu’il nous faut expliciter en tirant toutes les conséquences de ce phénomène.

1° Le fondement du pouvoir

Nous obéissons en société à un pouvoir que nous appelons :politique. En France jusqu’à la Révolution de 1789, le roi exerçait le pouvoir au nom de Dieu. Il était comme on le dit habituellement : « De droit divin « . L’instauration de la République a mis fin à ce lien millénaire entre le catholicisme et le pouvoir royal en France . C’est alors la question de l’obéissance qui est posée : au nom de quoi obéir à un pouvoir humain ? Le consentement du peuple exprimé par la voie électorale a remplacé l’obéissance des sujets au roi .

2°La modernité

Elle est étudiée de façon remarquable par Marcel Gauchet dans son premier grand livre : Le désenchantement du monde . Il y montrait d’ailleurs que le christianisme était pour une bonne part à l’origine de la sécularisation et de la distinction entre Dieu et César selon la célèbre formule du Christ dans l’Evangile de Matthieu. Claude Lefort a prolongé ces réflexions en déclarant qu’un démocratie, le pouvoir est un lieu vide auquel on accède pour un temps doté en étant élu. Lefort en concluait d’ailleurs que c’était la fin du théologico-politique. Est-ce si sûr ?

3° L’absolu revendiqué par le totalitarisme

J’ai envie de dire que le démenti a été apporté à l’avance par les deux régimes totalitaires qu’ont été le nazisme et le communisme soviétique. Dans les deux cas, au nom de la race ou de la classe, Hitler et Staline ont revendiqué un pouvoir absolu devant lequel tout devait plier, y compris les autorités religieuses allemandes ou russes . Le politique avait alors une qualification qu’on peut nommer :théologique puisqu’il prenait la place de Dieu tout en niant son existence. Or ce totalitarisme au moins en Allemagne est né au sein d’un régime démocratique : la République de Weimar.

4° Ce que suppose le pouvoir

Pour qu’un pouvoir établi démocratiquement puisse revendiquer l’obéissance il faut qu’il soit légalement élu et qu’il respecte la dignité humaine, Cette dignité étant au fondement des droits de l’homme. Le pouvoir suppose donc l’acceptation d’une tradition qui nous livre la culture dans laquelle a été exprimée cette dignité de l’homme . Pour la France c’est la tradition judéochrétienne qui nous livre les valeurs fondant la dignité humaine, la philosophie des Lumières pouvant aider à corriger les oublis des Eglises dans ce domaine . Elle n’est en aucun cas fondatrice de ces valeurs.

5° Il résulte de ces analyses que le politique a bien pris son autonomie par rapport au pouvoir religieux mais que le pouvoir du peuple n’est incontestable que s’il respecte la dignité humaine. Or celle-ci ne peut être exprimée et défendue que dans une philosophie non relativiste : si tout se vaut et si chacun a la morale de son choix, on peut considérer le mariage homosexuel comme valant le mariage hétérosexuel ; la procréation sans père comme valant celle du couple Père-mère et ainsi de suite . La nature humaine se reçoit ; elle ne se crée pas. Telle est la part de vérité du théologico-politique.

Jacques Rollet , théologien et politologue

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