Action idéologique de l’État

par Gérard Leclerc

lundi 3 juin 2013

Une manifestation est prévue ce soir, avenue de Ségur, pour protester contre l’introduction de la théorie du gender à l’école, dès le primaire. L’affaire n’est pas nouvelle, puisque le débat avait déjà fait rage, alors que Luc Chatel était ministre de l’Éducation nationale. Mais il semble qu’on ait franchi plusieurs degrés dans une offensive de prise en main idéologique de l’enfance. Je ne veux pas faire de procès excessif à Vincent Peillon, que, par ailleurs, je crédite d’une belle ambition pour son ministère, mais il y a des formules qui mettent légitimement en alerte. Lorsqu’il est question « d’arracher l’enfant au déterminisme familial » on est en droit de s’interroger sur la signification d’une telle proposition. Car nous sommes dans un domaine qui touche aux fondations des sociétés. L’État se doit d’être particulièrement respectueux des familles, qui sont investies de la mission d’éduquer les enfants. Ce n’est que dans des circonstances gravissimes qu’il appartient à la puissance publique de se substituer à des parents défaillants. J’ai parfois le sentiment que l’on passe trop vite outre à cette primauté familiale.

En ce qui concerne l’école, le débat existait déjà au temps de Jules Ferry, cette période fondatrice à laquelle Vincent Peillon est particulièrement attaché. Ferry était partagé entre l’idée d’une mission supérieure de l’institution chargée de la formation intellectuelle et le souci de respecter les convictions familiales. Il y a toute une tradition qui se rattache à l’historien Edgar Quinet et à l’idéologue Ferdinand Buisson, qui entend définir une sorte de religion laïque, fondée sur un idéal moral et tout à fait hostile à l’Église catholique. Il semblait que ce laïcisme très particulier avait été refoulé par une conception plus libérale et pluraliste de la culture. Philosophe, Vincent Peillon l’a curieusement ranimé, relançant ainsi des discussions vieilles d’un siècle. Dans le contexte actuel, on peut craindre l’éclosion d’une idéologie recyclée à la théorie du gender et à la philosophie qui l’inspire. Il y a de quoi s’insurger contre une intrusion illégitime dans la conscience des enfants. D’autres dérapages verbaux de Mme Vallaud-Belkacem, par exemple, ont une saveur totalitaire. C’est pourquoi je comprends que l’on proteste dans la rue contre des projets qui usurpent les missions de l’État et de l’école publique. Les chrétiens ne sont pas seuls à les combattre. C’est le grand philosophe politique John Rawls qui dénonçait, au nom de la justice, ce qu’il appelait « l’action idéologique perverse de l’État » lorsqu’il prend les consciences en otage.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 3 juin 2013.

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