Traduit par Albérique

Acheter la vertu

Par Nicholas Senz

samedi 3 février 2018

Dans Meno, le dialogue de Platon, Socrate discute avec son interlocuteur de la nature de la vertu, et de savoir si elle peut être enseignée. Socrate soutient que, étant une sorte de connaissance, elle peut être enseignée. Mais en même temps, il est incapable d’identifier d’enseignant de vertu. A un certain point, Socrate évoque les sophistes comme étant des candidats potentiels en tant qu’enseignants de la vertu, car ils font profession de se faire payer pour enseigner la persuasion rhétorique. En d’autres termes l’objectif des sophistes n’était pas de vous enseigner comment être un homme de bien, mais plutôt comment paraître être un homme de bien.

L’esprit des sophistes perdure, peut-être plus que jamais, dans le monde d’aujourd’hui. Nous n’essayons pas d’enseigner ou de transmettre la vertu, mais seulement de prétendre l’avoir.

Nous constatons ceci dans les universités contemporaines, où la formation de la personne par une recherche intellectuelle est devenue secondaire par rapport à la promotion de certaines positions sociales (et la réduction au silence d’autres). Nos universités élitistes attribuent la vertu en accordant leur imprimatur aux rares élus, et en leur enseignant les dernières tendances de la pensée sociale. La vertu donnée par la Ivy League a encore moins à voir avec le fait de persuader vos co-citoyens qu’il le fait en les persuadant a priori que l’on doit vous confier le commandement. Les Universités se sont transformées de bastion d’enseignement en écoles secondaires radicales.

Nous voyons ceci dans la politique sociale, où de riches activistes - qui possèdent de nombreuses résidences et volent sur des avions privés prêchant les dangers du changement climatique - rachètent littéralement leur vertu dans de tels domaines en achetant des « crédits de compensation carbone ». Ils se déclarent « éco-responsables » pour être vertueux, et ainsi ils achètent littéralement leur vertu, se débrouillant pour avoir leur part du gâteau et aussi en manger.

Nous voyons cela dans les excuses offertes par des personnes publiques rattrapées par des délits graves où des crimes sexuels odieux sont excusés ou éludés si l’offenseur a des postions correctes sur des questions clés. Comme c’est le cas, du pardon donné par beaucoup à Bill Clinton et à Roy Moore en raison des positions qu’ils prônaient sur l’avortement. ( Vous souvenez-vous de l’odieux « one free groupe rule » de Gloria Steinem ?).

Heureusement la société n’est pas tombée si bas que c’est une défense en béton. Moore a été battu, Clinton commence a être répudié des élites de gauche, et Harvey Weinstein n’a pas pu revenir dans nos bonnes grâces simplement en jurant de lutter contre le « malfaisant » NRA (National Rifle Association).

Dans l’actuelle société, la vertu n’est pas une qualité de l’âme - magnanimité - mais plutôt une simple liste de propositions auxquelles on doit adhérer. Le facteur déterminant n’est pas comment vous menez votre vie, mais plutôt si vous avez de bonnes opinions - et pouvez vous adonner à « la signalisation de la vertu ». Si vous soutenez des opinions incorrectes, faites attention aux foules du twitter.

Ainsi les gens n’ont pas besoin d’agir vertueusement en faisant la charité ou en aidant leur voisin ; mais plutôt ils peuvent simplement faire étalage de leur vertu en aidant les médias sociaux qui expriment leur support à la cause du jour, ou en exprimant leur désappointement que les autres n’en soient pas venus à approuver leur propre opinion. A la suite d’un attentat, par exemple, la vertu publique n’a pas besoin d’une discussion sur les différents facteurs contributifs et comment on peut les résoudre. Apparemment tout ce dont on a besoin est d’afficher le mot « Assez » sur Facebook.

Ainsi nous avons le cycle récurrent dans chaque moment où les quinze minutes de célébrité d’une personne par les médias sociaux (de Ken Bone à Keaton Jones) est suivie au bout d’un jour ou deux par la révélation qu’elle a une opinion non conforme au Zeitgeist, ou qu’un membre de sa famille a une fois envoyé par courriel une plaisanterie inappropriée ou quelque chose comme. « Bien sûr, ce gars a sauvé 10 personnes d’un immeuble en feu, mais il s’oppose à la neutralité d’internet ! »

Aristote, comme il le fit souvent, clarifia ce que Platon avait laissé dans l’obscurité. (En effet, je montre mes préjugés.) Pour Aristote, la vertu n’était pas principalement une forme de connaissance, mais un moyen d’agir : être vertueux c’est agir vertueusement. Et ainsi, la vertu ne peut pas être considérée comme une sorte de connaissance abstraite ; plutôt le moyen d’apprendre la vertu, c’est observer l’homme vertueux et l’imiter, construisant ainsi l’habitude d’avoir un jugement droit et la rectitude dans l’action.

Souvent la vertu est comprise de cette manière, et la sottise des sophistes est ainsi révélée. On ne peut pas acheter une habitude ou une expérience pas plus qu’on ne peut acheter un fossé prêt à l’emploi. s’en débarrasser facilement. Il faut du temps et de l’effort pour se construire un caractère. Il ne peut pas être acheté, vendu, saisi ou agrippé. Pour atteindre la vertu, on doit trouver un mentor de valeur, et s’asseoir à ses pieds comme un étudiant, un discipulus. On doit trouver un magister, pas simplement un professeur, mais un maître.

Platon trouva ce maître dans Socrate. Nous avons reçu le maître définitif dans le Christ, le divin maître qui nous instruit au plus profond de notre coeur comment vivre notre vie, et qui nous a montré comment un homme pleinement vertueux peut endurer même les pires souffrances et la mort. Mais souvent nous le perdons. Alors comme les anciens Israelites nous pouvons nous retourner et Le retrouver encore et encore.

Ce qu’il a à nous donner ne peut pas être acheté ou vendu ; Lui-même, est celui qui est donné .


Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/01/11/buying-virtue/


Nicholas Sens est Directeur de la Children’s and Adult Faith Formation à la St Vincent de Paul Catholic Church à Arlington, TX, où il réside avec son épouse et ses deux entants. Il a un doctorat en philosophie et théologie de la Dominican School of Philosophie and Theology à Berkeley, CA.

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