Chronique n° 147 parue dans F.C. – N ° 1385 – 29 juin 1973

ASCÈSE ET LIBERTÉ

La libération du corps passe par la libération de l’esprit

lundi 22 avril 2013

Les recherches sur les mystiques orientaux confirment ce que l’on savait depuis toujours : être libre, c’est exercer sa volonté. La libération du corps n’est qu’un déguisement de l’esclavage.

Il faut d’abord bien comprendre l’esprit dans lequel un savant peut étudier les mystiques. Limité par les servitudes de sa méthode, il n’a rien à dire sur ce qui n’est pas observable. Par exemple, sur les visions du mystique, sur son enseignement, sur son état intérieur. Le savant n’a aucun moyen de distinguer une mystique naturelle d’une mystique surnaturelle, ni même d’imaginer cette distinction dans le cadre de son observation. Car, ou bien il observe quelque chose, et ce quelque chose est forcément matériel ; ou bien ce qui se passe excède le cadre matériel et il n’a rien à observer.

La bonzesse et les yogis

C’est pourquoi il est justifié à ne faire aucune différence entre les mystiques des diverses religions. Il l’est pour une autre raison aussi, c’est que Dieu n’est pas un objet de laboratoire, ni la grâce ! [1]

Il faut donc accepter de ne trouver dans ces études que ce qu’elles sont en mesure de nous apprendre. Mais ce n’est déjà pas si mal. Elles peuvent, en effet, répondre avec la plus grande clarté à la question de savoir si la discipline de vie, extérieure et intérieure, aboutit à des états psychologiques et physiques particuliers que l’on peut (que l’on doit) tenir pour supérieurs.

La réponse est oui. Nous allons en examiner un cas [2].

Quand nous souffrons, nous trouvons cela regrettable. Là-dessus, tout le monde, depuis toujours, est d’accord. Si la douleur n’existait pas dans ce monde, ou si elle cessait d’y exister, ce serait sûrement le changement le plus profond qu’il puisse subir. Je ne sais si le problème du mal en soi s’en trouverait résolu, mais il est certain que la plupart d’entre nous cesseraient paresseusement de se le poser [3].

Cela dit, le lecteur se rappellera peut-être le spectaculaire suicide de la jeune bonzesse sud-vietnamienne que la télévision nous montra il y a quelques années. Pour protester contre le malheur de son peuple, cette toute jeune femme s’arrosa d’essence, s’assit dans la position du lotus (qui dans les religions orientales correspond à peu près à l’agenouillement des chrétiens) et se fit brûler. On put voir son beau visage impassible, yeux fermés, dans les flammes. Elle resta ainsi tant que dura sa conscience, tant que sa volonté garda le contrôle de son corps. Puis, elle s’affaissa et acheva de se consumer.

Le suicide de dissuasion n’est pas dans nos mœurs, et notre morale le réprouve. Mais celui-là, surtout décidé et exécuté sans la moindre trace de faiblesse par une femme dans la tendresse de son âge, ne peut manquer de nous faire réfléchir. Même en admettant qu’elle ait eu le terrible courage de l’affronter, on ne s’explique pas qu’au moment du supplice, quand tout son corps ne fut plus que douleur, pas un trait de son visage n’ait tremblé. Il y a là, du point de vue de la simple psychologie, un mystère. Même Jeanne d’Arc, incarnation de l’héroïsme occidental, eut peur et appela Jésus quand les flammes l’enveloppèrent [4]. On comprend que la volonté ne fléchisse pas. Mais que le corps lui-même reste calme jusqu’à la fin ?

Les expériences de trois savants indiens sur les yogis nous donnent un commencement de réponse (a). Parmi ces yogis, certains avaient délibérément développé leur endurance à la douleur. Pendant leur samadhi (mot qu’ils traduisent par extase), les savants les soumirent à divers supplices, pas très cruels certes, mais suffisants, chez l’homme normal, pour entraîner de façon régulière et inéluctable ce qu’on appelle en électro-encéphalographie, la réaction d’arrêt : le rythme alpha disparaît sur-le-champ, remplacé par les ondes plus rapides et de moindre amplitude caractéristiques de l’attention ; la réaction d’arrêt montre que l’homme ordinaire ne sait pas et ne peut pas détourner son attention de la douleur au moment où elle survient : or, chez ces yogis en samadhi, les enregistrements électro-encéphalographiques montrèrent une activité alpha persistante à la fois avant et pendant l’épreuve physique. Cette épreuve consistait à plonger à l’improviste une main de l’ascète dans l’eau glacée. Elle était donc assez bénigne. Mais pour les expérimentateurs, elle équivalait à n’importe quelle autre, plus cruelle : aucun homme normal n’est, en effet, capable de contenir sa réaction d’arrêt quand on plonge sa main dans l’eau glacée sans avertissement. Non seulement la réaction ne fut pas observée, mais il ne se produisit rigoureusement aucune modification de l’électro-encéphalogramme.

Une première question posée par ce résultat était de savoir si l’impassibilité devait obligatoirement être imputée au samadhi. Peut-être un simple entraînement, sans aucun état mystique, en était-il la cause ?

Les yogis furent donc testés hors de samadhi. On constata qu’alors ils réagissaient exactement comme tout le monde. Or, et c’est là la deuxième observation, la réaction d’arrêt est un réflexe. On n’est pas maître de la dominer. D’où la question : le yogi perçoit-il ou non la douleur ? Son impassibilité s’explique-t-elle par une sorte d’anesthésie psychosomatique semblable à celle de l’hypnose, ou bien par le mépris de la douleur ? On comprend qu’il s’agit de deux choses bien différentes : il y a une marge entre subir la douleur sans lui accorder la moindre attention et ne pas la ressentir ! Notons d’abord ce qu’en disent les yogis eux-mêmes : selon eux, ils éprouvent bel et bien la douleur comme vous et moi ; seulement, leur attention n’est pas disponible pour se détourner vers elle, car elle est concentrée sur Dieu ; leur pensée est tout entière abîmée en Dieu, en sorte que la douleur, bien qu’éprouvée normalement, perd toute sa puissance, elle est comme si elle n’était pas. Mais elle est [5].

Quelles raisons avons-nous de croire ce que dit le yogi ? En ce qui concerne la concentration en Dieu, nous n’en avons évidemment aucune, j’entends aucune raison scientifiquement recevable. Nous n’en aurions d’ailleurs pas davantage dans le cas du saint chrétien le plus avéré : Dieu n’est pas un objet de laboratoire ! Cependant, l’électro-encéphalogramme nous apprend quelque chose de capital : c’est que le cerveau de l’ascète est parfaitement éveillé : il n’est pas en état d’hypnose ; son état est celui de la veille paisible, plus paisible même qu’aucun état connu de l’homme normal ; c’est une sorte de sur-repos en état d’éveil [6].

Thérapeutique par l’ascèse

Les Américains, toujours pragmatistes, ont déjà étudié la possibilité d’enseigner les disciplines ascétiques dans les hôpitaux, en raison précisément de ce sur-repos qui obéit à la volonté et qui repose plus profondément et plus vite que le sommeil ! Peut-être faudrait-il savoir ce qu’en pensent les yogis. On présume que des ascètes si convaincus du caractère surnaturel de leur expérience ne seraient pas très convaincus qu’elle puisse si légèrement se transformer en thérapeutique ! On peut penser surtout que l’ascète en samadhi, si peu soucieux de la douleur, se soucie encore moins (à ce moment-là), de la santé de son corps.

Les recherches sur les mystiques orientaux prouvent donc que la maîtrise de la pensée réalise celle du corps. Elles montrent ce qu’il y a de désastreusement risible dans la prétendue « libération du corps » prêchée par les idéologies à la mode. Il faut, certes, libérer le corps. Mais cette libération passe par la maîtrise et la discipline. Le corps ne commence à devenir libre qu’après que la pensée elle-même s’est libérée. Il n’est pas libre tant que la pensée reste esclave.

Aimé MICHEL

(a) Charles T. Tart : Altered States of consciousness (Doubleday, New York, 1972). Ce livre est une anthologie des 35 études jugées les plus importantes sur ce sujet. Voir la section 8.

Chronique n° 147 parue dans F.C. – N ° 1385 – 29 juin 1973. Reproduite dans La clarté au cœur du labyrinthe, Aldane, Cointrin, 2008 (www.aldane.com), chapitre 9 « Conscience », pp. 256-258.


Notes de Jean-Pierre ROSPARS du 22 avril 2013


[1Aimé Michel dégage dans ces trois courts paragraphes d’introduction plusieurs idées d’autant plus importantes qu’elles sont loin de faire l’unanimité.

La première, reprise dans la conclusion, « La libération du corps passe par la libération de l’esprit » donne la signification à long terme des faits rapportés dans cette chronique. Il ne faut pas y voir simplement une remarque de morale pratique, au sens étroit du terme, mais une tendance lourde de l’évolution. Autrement dit, selon lui, ces faits se situent dans le prolongement de l’évolution biologique passée et sont les signes avant-coureurs des étapes ultérieures de celle-ci, à savoir une maîtrise de plus en plus grande de l’esprit sur le corps.

La seconde idée est la distinction essentielle entre « l’extérieur » des choses que la science étudie et « l’intérieur » qui n’est accessible qu’à la seule conscience, pas à la science qui ne peut y accéder qu’indirectement par « l’extérieur ». C’est la grande distinction entre les « matérialistes » qui n’entendent reconnaître que (ou donnent la prééminence absolu à) « l’extérieur » et les « spiritualistes » qui attachent une importance égale ou supérieure à « l’intérieur » (sachant que tous les mots utilisés ici entre guillemets sont utilisés faute de mieux dans l’état actuel de nos connaissances). Aimé Michel se déclarait « spiritualiste scientifique », ce qui veut dire qu’il allait aussi loin que possible sur des bases scientifiques mais qu’il jugeait incohérent de s’en tenir à elles seules. Aussi ne faudrait-il pas déduire de son insistance sur les faits observables qu’il se désintéressait des états intérieurs. Ainsi, comme je lui faisais part de mes réactions à la lecture d’un gros livre du père Auguste Poulain, Des grâces d’oraison. Traité de théologie mystique (Beauchesne, Paris, 1931), que je trouvais fort aride, il m’avait rétorqué avec une légère irritation que les morceaux choisis sur les visions des mystiques, à la fin de chaque chapitre, méritaient une lecture attentive.

La troisième idée est qu’il n’y a pas lieu de distinguer les mystiques des diverses religions. Aimé Michel la défend par deux arguments dont l’un relève de « l’extérieur » (il est impossible au scientifique de distinguer une mystique naturelle d’une mystique surnaturelle) et l’autre de « l’intérieur » (Dieu n’est pas un objet de laboratoire). Voir à ce propos la discussion qui suit la chronique n° 88, Quand deux plus deux font trois – Possible et impossible, mise en ligne le 18.10.2011.

[2Les autres cas qu’Aimé Michel a à l’esprit comme la lévitation, l’inédie, etc. sont traités dans son livre Metanoia. Phénomènes physiques du mysticisme (collection Spiritualités vivantes, Albin Michel).

[3Le problème du mal en général et sa manifestation sous forme de souffrances physiques et morales ont toujours été au cœur des réflexions d’Aimé Michel. Voir par exemple la chronique n° 257, Le dieu des savants – Les horreurs de la nature et la loi morale dans un univers animé par une pensée (25.02.2013).

[4La mort de Jeanne d’Arc, figure christique, offre l’occasion d’illustrer par l’exemple la distinction entre les approches « extérieure » et « intérieure » d’un même évènement.

Commençons par l’« extérieur ». Cette mort sur la place du Vieux Marché de Rouen, le mercredi 30 mai 1431 nous est connue par les dépositions de plusieurs témoins au procès de réhabilitation (1450-1456). Ainsi le Frère Isambart déclara : « La pieuse femme me demanda, requit et supplia, comme j’étais près d’elle en sa fin, que j’aille en l’église prochaine et lui apporte la croix pour la tenir élevée droit devant ses yeux jusques au pas de la mort, afin que la croix où Dieu pendit fût en sa vie continuellement devant sa vue. Étant dans la flamme, jamais elle ne cessa jusqu’en la fin de clamer et confesser à haute voix le saint nom de Jésus en implorant et invoquant sans cesse l’aide des saints et saintes du paradis. Et qui plus est, en rendant son esprit et inclinant la tête, proféra le nom de Jésus en signe qu’elle était fervente en la foi de Dieu. » Selon Jean Riquier, alors âgé d’une quinzaine d’année : « Quand Jeanne vit mettre le feu au bois, elle commença à crier à haute voix “Jésus, Jésus”, et toujours jusqu’à sa mort elle cria “Jésus”. Et lorsqu’elle fut morte, comme les Anglais avaient peur qu’on ne dise qu’elle s’était évadée, ils dirent au bourreau de repousser un peu le feu en arrière pour que les assistants puissent la voir morte, afin qu’on ne dise pas qu’elle s’était évadée. » (Régine Pernoud, Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins, Seuil, Paris, 1975, pp. 275-276)

Passons maintenant à ce qui relève plutôt de l’« intérieur ». « Le Bénédictin Thomas Marie (…) déclara avoir entendu dire par beaucoup, qu’ils avaient vu s’inscrire dans les flammes du bûcher le nom de Jésus ». Selon un Dominicain de Rouen, un Anglais s’était promis de mettre de sa main un fagot au bûcher. « Quand il entendit le grand cri de Jésus, qu’elle poussa en expirant, il tomba évanoui. Revenu à lui, il expliqua (…) qu’il avait vu, au moment où Jeanne avait rendu l’âme, une colombe blanche qui venait de France ». Selon deux témoignages, le bourreau « vint à la maison des Frères Prêcheurs, vers la fin de l’après-midi, désespéré d’avoir été l’instrument de ce supplice. Il disait que Dieu ne lui pardonnerait pas d’avoir tant fait souffrir sa victime, dont le feu n’avait détruit ni les entrailles ni le cœur, qu’il n’avait pu lui-même consumer, bien qu’y employant du charbon et du soufre. » (Olivier Leroy, Sainte Jeanne d’Arc. Son esprit, sa vie, Alsatia, Paris, 1957, pp. 65-66).

Le commentaire d’Olivier Leroy permet de mieux comprendre l’articulation entre les deux approches : « Croire qu’une telle rumeur [le nom de Jésus inscrit dans les flammes] ne mérite pas l’attention de l’historien serait une méprise et il serait vain d’arguer que les nombreux témoins dont parle le Prieur de Saint-Michel (qu’importe, d’ailleurs, s’ils ne furent que quelques-uns) furent hallucinés. Ils le furent certainement, en un sens. Mais que leur vision soit négligeable est une autre question, car la vue d’une image transmise à l’esprit, en dehors des lois de l’optique, peut être l’intimation d’une vérité. » Il poursuit ainsi sur l’histoire de la colombe : « Plusieurs diront que cet Anglais n’avait pas la tête solide et que l’oiseau blanc est un rêve. (…) L’homme a vu un oiseau : lui aussi a eu une hallucination. Qui en douterait ? Mais cette hallucination s’est imposée à sa vue (extérieure ou intérieure, peu importe) au moment où Jeanne mourant poussait son grand cri et, pour lui, il y a eu si peu de doute qu’il avait un signe, qu’il s’est évanoui d’émotion. » Enfin « l’épisode du cœur et des entrailles ne doit pas non plus être traité légèrement ». Aux critiques qui parlent de la « légende du cœur de l’héroïne » il répond : « On a le droit de croire que, par le hasard d’une combustion incomplète, le cœur de Jeanne a été épargné ; mais on ne peut croire, historiquement, par préférence personnelle, que le fait soit controuvé. » Il préfère en rechercher la signification dans l’Écriture : « purifie par le feu mes reins et mon cœur » car chez Jeanne tout était pur et le feu inutile. Il conclut : « Les doctes et les puissants étaient aveugles. Au bourreau, à l’intouchable, il fut donné de voir et de comprendre. (…) On voit que l’histoire fait mal son office si elle supprime, ou raconte comme honteusement, la Colombe et le Cœur. » Olivier Leroy ne conteste nullement le rôle de l’hallucination et du hasard dans ces expériences et évènements ; ce qu’il conteste fermement c’est que reconnaître ce rôle leur retirerait toute signification.

[5La première édition de l’anthologie classique Altered States of Consciousness à laquelle Aimé Michel se réfère, fut publiée en 1969 par Charles Tart, professeur de psychologie à l’université de Californie, Davis, de 1966 à sa retraite en 1994. La 8e section, intitulée « La psychophysiologie de quelques états modifiés de conscience » rassemble trois articles. Aimé Michel n’utilise pas le premier « Une étude électroencéphalographique de la médiation Zen (Zazen) » ; dû à deux auteurs japonais, A. Kasamatsu et T. Hirai, qui fut initialement publié en 1966 dans Folio Psychiat. & Neurolog. Japonica. Il se fonde surtout sur le second, « Quelques aspects des études encéphalographiques chez des yogis » par B.K. Anand, G.S. Chhina et B. Singh, publié en 1961 dans Electroenceph. Clin. Neurophysiol. Il se contente d’évoquer le troisième, de l’Américain Joe Kamoya, « Le contrôle opérant du rythme alpha en EEG et quelques-uns de des effets rapportés sur la conscience » qui vise à produire par conditionnement un EEG semblable à celui des moines zen et des yogis. La plupart des travaux de ce genre ont été effectués dans les années 60 et 70 et ont donné lieu à la vogue considérable du « biofeedback » dans les années 70.

La toute première étude neurophysiologique de sujets en méditation est celle de H. H. Das et Henri Gastaut : « Variations de l’activité électrique du cerveau, du cœur et des muscles squelettiques au cours de la méditation et de l’extase yogique », également publiée dans Electroenceph. Clin. Neurophysiol. (supp. 6, 211-219, 1957). Elle demeure intéressante en dépit de ses évidentes insuffisances (omission des détails techniques, absence d’analyse statistique, etc.). Das, un Indien associé depuis son enfance à une communauté de yogis, avait pu recruter sept de ses membres. Les expériences eurent lieu à Calcutta avec du matériel fourni par Henri Gastaut, l’un des plus célèbres neurophysiologistes français (voir la chronique n° 153, Un substitut de la contemplation – Electroencéphalographie et mysticisme, mise en ligne le 06.06.2011), qui analysa lui-même à Marseille les enregistrements cérébraux (EEG), cardiaques (ECG) et musculaires (EMG) ainsi obtenus. Ils révélèrent que les sujets étaient restés des heures durant en immobilité totale mais avec une activité cérébrale intense. Fait remarquable, cette activité EEG à haute fréquence (atteignant 40 Hz) et de grande amplitude (150 microvolts pic-à-pic) une fois établie restait insensible aux stimulations auditives, visuelles, tactiles et nociceptives. La résistance à la douleur n’était donc qu’un aspect d’une insensibilité plus générale. Pour l’heure le lieu du blocage des informations sensorielles (si blocage il y a), au niveau du thalamus ou ailleurs dans le système nerveux central, demeure inconnu.

Remarquons que l’étude de Anand et coll., sur laquelle se fonde Aimé Michel dans cette chronique, confirme l’insensibilité aux conditions extérieures mais non l’activité rapide et intense. Par contre, Lutz et coll. dans un travail plus récent (PNAS, 101, 16369-16373, 2004) sur des moines bouddhistes tibétains retrouvent cette activité. Le regain d’intérêt récent pour l’étude scientifique des états mystiques est confirmé par les recherches de Mario Beauregard en EEG et en imagerie cérébrale (voir son livre Du cerveau à Dieu, Trédaniel, Paris, 2008, et la note b en marge de la chronique n° 83, Les mystiques au laboratoire, 14.01.2010).

[6C’est précisément ce point que les magnétiseurs ont découvert avant la Révolution française, qui a été recouvert et oublié à la fin du XIXe siècle par une institution arrogante, et que l’on redécouvre aujourd’hui : le sommeil magnétique (rebaptisé hypnose) n’est pas, malgré son nom, un état de sommeil, mais un état d’hyperveille, d’hyperprésence. [note de Bertrand Méheust]

Bertrand Méheust a raconté l’histoire des recherches sur le sommeil magnétique dans les deux tomes de son ouvrage Somnambulisme et médiumnité (Institut Synthélabo, Le Plessis Robinson, 1999).

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