A propos des mémoires de Hans Küng

dimanche 14 février 2010

Chronique hebdomadaire de Bernard Ginisty diffusée sur RCF Saône & Loire le 13/02/2010

Ce mois-ci paraît la traduction française du deuxième tome des Mémoires du théologien Hans Küng. Cet ouvrage couvre une période cruciale dans l’histoire de l’Eglise catholique, celle qui va de la fin du Concile Vatican II au début du pontificat de Jean-Paul II. Il représente un témoignage de premier plan sur l’histoire de l’Eglise post-conciliaire, et permet, entre autre, de comparer le parcours de son auteur avec celui de Joseph Ratzinger, le pape actuel. Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Témoignage Chrétien, il déclare ceci : « Je suis un témoin privilégié de l’histoire de la théologie catholique et œcuménique du XXe siècle. J’ai participé à beaucoup de choses, au dernier concile, bien sûr, mais pas seulement. Par exemple, la mise en parallèle de ma carrière avec celle de Joseph Ratzinger, qui est de la même génération que moi et qui a été mon collègue à l’université de Tübingen, est sans aucun doute instructive pour qui cherche à comprendre l’évolution récente de l’Eglise catholique » (2)

Ses positions critiques, notamment sur le dogme de l’infaillibilité, conduisent les autorités romaines à lui retirer sa mission canonique d’enseignement en 1979. L’université d’Etat de Tübingen crée alors une nouvelle chaire de théologie œcuménique pour lui permettre de continuer à enseigner. Malgré ce conflit, Hans Küng a toujours refusé de s’enfermer dans l’image médiatique du théologien contestataire pourfendeur du Vatican : « Je n’ai rien d’un contestataire, écrit-il, et je n’ai jamais cherché la confrontation. Ce n’est pas dans mon tempérament. (…) À l’époque du pape Jean XXIII, je faisais partie d’un mouvement de renouveau théologique qui incarnait les aspirations d’une majorité des théologiens et des responsables d’Eglise, y compris Joseph Ratzinger. Je me suis contenté de poursuivre ma vie et mes travaux de manière conséquente avec ces aspirations. (…) Je ne suis quant à moi qu’un théologien catholique ordinaire qui a fait son boulot, en dépit d’un appareil romain objectivement réactionnaire dans son fonctionnement. Je n’apparais comme contestataire aux yeux de cet appareil que parce que je n’ai jamais voulu écrire ou dire quelque chose que je ne croyais pas » (3).

Mais l’œuvre de Hans Küng ne se limite pas à la nostalgie d’un ancien combattant de Vatican II. Cet homme croit que l’Esprit est à l’oeuvre à travers l’humanité. C’est pourquoi, en 1990, il lance un Projet d’éthique planétaire pour inviter les religions à donner l’exemple d’une paix mondiale. : « Comme théologien œcuménique, bien qu’enraciné dans ma propre Eglise, je me sens responsable à l’égard de toutes les Eglises et toutes les religions – responsable d’unité des Eglises et de la paix entre les religions. (…) Le temps est mûr pour un appel pressant : aujourd’hui, une responsabilité toute particulière incombe aux religions du monde quant à la paix du globe. Et la crédibilité de toutes les religions, y compris les plus minoritaires, dépendra de ce qu’à l’avenir elles mettront l’accent plus sur ce qui les unit que sur ce qui les sépare. L’humanité pourra en effet de moins en moins accepter de laisser les religions attiser les guerres au lieu de bâtir la paix, sombrer dans le fanatisme au lieu d’œuvrer à la réconciliation, se prévaloir de leur supériorité au lieu d’ouvrir le dialogue » (4).

On ne saurait trop souligner l’urgence et l’importance d’un tel projet.

(1)Hans KÜNG : Une vérité contestée. Mémoires II 1968-1980. Éditions du Cerf 2010

(2)Hans KÜNG : Une autre mémoire de l’Eglise. Entretien avec Jérôme Anciberro. Témoignage Chrétien, 11 février 2010, pages 19-24

(3)Id. Page 20

(4)Hans KÜNG : Projet d’éthique planétaire. La paix mondiale par la paix entre les religions. Éditions du Seuil 1991, page11

Messages

  • Hans Küng n’est plus catholique, pour peu qu’il l’ait jamais été, depuis longtemps. Le syncrétisme qu’il préconise est une hérésie pure et simple.

    • Hans Küng serait-il excommunié ? Sinon, pourquoi ne l’est-il pas ?

      Quelle que soit sa situation vis à vis du Magistère, j’ai toujours été impressionné par la rigueur et et l’honnêteté intellectuelle de ces écrits qui m’ont beaucoup aidé dans ma recherche de vérité ... vérité que je ne prétends toujours pas posséder, à l’inverse de ceux qui préfèrent le confort de certitudes plus souvent élaborées que révélées.

    • Je suis toujours frappé par la mention systématiquement faite par ceux qui, en recherche comme l’on dit depuis la fin de la guerre, ne prétendent pas détenir la vérité mais au contraire avoue être encore dans l’incertitude et l’inconfort du doute, au contraire de ceux qui vivent dans les plumes d’une certitude que l’on doit bien avoir fabriquées d’une façon ou d’une autre, puisque la révélation semble absente...

      C’est un peu fatiguant : ceux qui vivent dans la certitude qu’est vraie la révélation faite par le Christ ne sont pas obligatoirement des planqués refusant de s’exposer aux dangers de la guerre intellectuelle et spirituelle, d’autant qu’il leur faut sans cesse tenter de l’approfondir pour en tirer quelques étincelles de son infini.

      Où le confort de celui qui "croit" parce qu’il "sait", ayant une confiance absolue en la Parole divine que nous porte Jésus, même s’il ne s’agit que d’une connaissance parcellaire, très éloignée de l’infini évoqué au paragraphe précédent ? Cet inconnu croit et sait, mais il connaît également l’exigence de ce qu’il accepte sans le moindre doute - je ne fais pas allusion ici à un quelconque charbonnier - et cette exigence lui fait apparaître à quel degré il en est éloigné, à quel degré sa nature de pécheur lui fait sans cesse trahir ce qu’il sait et croit, souffrance qui n’a pas grand chose à voir avec le confort. Souffrance d’ailleurs souvent alimentée par l’orgueil, dont il est si difficile de s’extraire...

      Hans Küng peut être intéressant à lire, mais avec une vigilance extrême, dont tout lecteur n’est pas automatiquement capable. Seuls ceux dont la foi est ferme, éclairée, nourrie sans cesse par l’étude, la prière et la vie sacramentelle, peuvent s’en sortir.

      Etc..

      Dominique Daguet

  • Je connais un jeu de société : chaque participant prend un livre de Küng, et celui qui comptabilise le plus d’hérésies a gagné la partie.

  • "Le Pape qu’il nous faut, c’est un Obama." Cette déclaration faite par Hans Küng dans le Frankfurter Runschau ne suffit-elle pas pour comprendre à quelle "paroisse" appartient le soi-disant théologien ?

  • Hans Kung à de quoi séduire. Mais il est un hérétique tout simplement. Cet oecuménisme qu’il prône est satanique. Nous voilà loin de la foi catholique.

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