À propos de violence

par Gérard Leclerc

vendredi 18 juin 2021

Mobilisation contre la GPA de La Manif pour tous, Journée de la femme, 2021.
© Michel Pourny

Un climat de violence plane sur le pays. Le langage est violent, les invectives pleuvent. Le président est giflé, on enfarine François de Rugy et Jean-Luc Mélenchon. Mais il faut compter aussi sur un climat intellectuel souvent surchauffé dans les cénacles de la pensée, et qui désigne notamment la woke [« éveillée  » NDLR] culture.

On a pu, à juste titre, dénoncer une hystérisation de la culture. Et l’ancien président Barack Obama s’est lui-même associé au refus de ce type d’excès. La France n’est pas indemne de cette tournure d’esprit, notamment lorsque refusant de débattre avec l’adversaire, on cherche à lui interdire le droit à l’expression. Il arrive même que l’Église soit l’objet de ce type d’oukase, lorsqu’on estime qu’elle n’a pas à intervenir dans le débat public sur les questions sociétales.

N’a-t-on pas vu se multiplier les dénonciations de toutes les formes possibles de phobies, la dernière en date concernant la transphobie, c’est-à-dire le rejet des trans (personnes qui ont changé de sexe). C’est ainsi que Mme Rowling, l’auteur d’Harry Potter, a été l’objet d’un procès public pour sa position sur l’identité de genre par les militants de la cause. Voilà qui lui vaut l’avantage d’entrer dans ce que Philippe Muray appelait, de son humour ravageur, «  la cage aux phobes  ».

Violence symbolique

Mais il est aussi une forme de violence dont on ne parle pas et qui s’avère d’autant plus grave qu’elle est d’ordre symbolique, au sens fort du terme. Ce qui s’est passé, la semaine dernière à l’Assemblée nationale, constitue bel et bien une atteinte à notre identité anthropologique. Priver par principe un enfant de père participe d’une démarche particulièrement brutale. Qu’importe au président de la République et à son gouvernement que ce qu’il considère comme une preuve de son progressisme avancé divise profondément le pays, que le Sénat se soit opposé directement à son projet. Il lui importe de marquer une étape majeure du quinquennat, alors que tant d’autres réformes sont restées en suspens.

Vers la GPA

Mais il n’y a pas que la question de la PMA qui soit en cause dans cette loi bioéthique. Pascale Morinière, présidente des AFC, a bien raison de souligner que «  sa logique interne est d’organiser un cadre légal pour la procréation artificielle qui existait de manière éparse et qu’il s’agit aujourd’hui de rentabiliser. C’est l’alliance du savant fou et du marché. Tout est en place pour les glissements suivants, comme la gestation pour autrui  ».

Modifier l’embryon

Le texte gouvernemental comporte d’autres aspects aux conséquences aussi dangereuses que l’extension de la PMA. Ainsi ouvre-t-il aux deux sexes la possibilité de faire prélever et conserver leurs gamètes (sperme et ovocytes). Ils pourront le faire «  en vue de la réalisation ultérieure, à leur bénéfice  ». Sans doute, la perspective d’une fécondation post-mortem a-t-elle été écartée, comme celle d’une extension au profit des personnes transexuelles. Mais nous demeurons tout de même dans une perspective transgressive, elle qui s’affirme encore plus fortement avec la possibilité de modifier l’embryon humain par adjonction de cellules issues d’autres espèces.

Le gouvernement peut alléguer qu’il n’a pas cédé sous la pression des plus radicaux de sa majorité. Ces derniers, ont trouvé leur porte-parole en la personne de Jean-Louis Touraine, député du Rhône et ancien premier adjoint de Gérard Collomb. Celui-ci combat d’ores et déjà en faveur d’une GPA qu’il qualifie d’« éthique » et pour d’autres projets qui détruiraient complètement tout encadrement anthropologique de la médecine.

Oui, la plus grande violence n’est pas nécessairement là où on croit. Elle peut résider dans ce que François Mitterrand appelait «  la force injuste de la loi »

Messages

  • Au florilège du commentaire on peut ajouter la violence des chiffres et des analystes qui ont parsemé toute une année de pandémie et des élections présentes.

    Des chiffrages quotidiens de la maladie qui ont pu traumatiser voulant prévenir les individus soumis au matraquage de l’info.

    Objectivité sanitaire diront certains, pression médiatique soutenue et orientée par la crainte et la peur de la maladie incontrôlable pour d’autres.

    L’aboutissement à terme de cette tendance à l’infini a abouti aux sondages électoraux falsifiés ou diligentés étrangement, laissant croire à des résultats qui se sont avérés inexacts, et ont pu déterminer des postures d’abstention des électeurs.

    A quoi bon voter si tout est déjà décidé à l’avance par des penseurs auréolés de preuves et de chiffres, pour ou contre les échéances des urnes.

    Ces plateaux de TV transformés en laboratoires d’expérimentation de tendances et de pronostics qui se sont révélés faux et malvenus pour des citoyens éconduits des urnes.

    Doit-on parler de violence ou de manque de prudence ?
    Peut-on réviser les avis préemptés de commentateurs par trop orientés dans leurs versions des avis électifs ?
    Le quidam des téléspectateurs ont du subir des semaines durant ces fausses nouvelles, considérés comme des attestations de la vérité, sans pouvoir réagir, sinon par le rejet de la consultation, aux conséquences graves pour le pays.
    La démocratie, le panache magnifique de nos nations reconnait désormais ces abus de pouvoir effectifs sur l’opinion publique, qui engendrent de la suspicion, de la défiance et du rejet.
    Relever un tel défi ne sera de tout repos.
    Il met en jeu une perception légitime du droit de l’information juste, équilibrée et prudente, qui laisse le libre choix à chacun de se faire une opinion et non de subir celle des mentors de la vérité, sans distanciation préalable.

    Un rappel de la déontologie du commentaire qui ne s’efface derrière le voile des chiffrages officieux, et se prévaut d’un droit à la pensée et non pas à se prévaloir de preuves objectives, qui se révèlent inexactes !

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