A mi-chemin du Synode sur l’Afrique

par Natalia Bottineau

vendredi 16 octobre 2009

« Bienvenue à bord, attachez vos ceintures  », avertit le cardinal Turkson. Le «  voyage synodal  » transporte Benoît XVI et les membres du synode en Afrique. Le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, archevêque de Cape Coast, au Ghana, rapporteur, embarque son auditoire dans un tableau sans concession des défis qu’affronte l’Église catholique en Afrique, un tableau pourtant marqué du coin de l’espérance, ce 13 octobre, à mi-parcours des trois semaines de travaux romains.

Les interventions des évêques ou auditeurs – préparées, ou spontanées, en fin de journée - sont terminées. Ils ont immédiatement commencé à travailler à partir du rapport du cardinal Turkson en groupes linguistiques et leurs discussions font l’objet d’exposés en assemblée générale ensuite, en vue des propositions à présenter à Benoît XVI. Et du message final du synode.

Comment ne pas voir que le synode pour l’Afrique concerne toute l’Église, comme l’a déclaré le secrétaire général du synode, Mgr Nikola Eterovic ? Une invitation au voyage donc, à travers les plaies de la planète, que l’Afrique reflète de façon violente, radicale. Plus d’un évêque demande «  une parole forte  » à ce second synode consacré au continent. Le rapport, en anglais, est long, détaillé.

À survoler les têtes de chapitre, peut-on cependant saisir quelque chose de l’horreur de ces enfants qui s’endorment le ventre affamé, du regard de leurs mères dans l’espérance d’une tasse de bouillie ou d’un médicament qui n’arrivera pas à temps, de ces mamans apeurées à qui on propose la contraception ou l’avortement comme pseudo remède à ces maux de la misère, de ces paysans désespérés, la récolte brûlée sous l’implacable soleil, des villageois déplacés, terrorisés par les conflits tribaux, de la pression de l’islam ou de la terreur inspirée par des pratiques occultes, de l’incapacité des gouvernements corrompus à servir leurs peuples, des trafics internationaux de biens ou de personnes, jetant sur les mers des migrants désespérés, de l’exploitation de la femme, bafouée, ou de la naïveté de telle ONG qui, sous couvert d’un programme d’aide d’urgence distille, dans l’Église même, des idéologies qui sont une forme de néo-colonialisme, faisant table rase des valeurs africaines, pour imposer un modèle familial dont l’Occident n’arrive pas lui-même à enrayer les conséquences sociales, gravissimes.
Voilà le chantier. Où les ouvriers sont déjà à l’œuvre. L’Église n’a pas attendu pour construire des hôpitaux, des dispensaires, des écoles, des universités. Les missionnaires aux côtés du clergé local, les catéchistes aux côtés des missionnaires.

Et lorsque le cardinal Turkson a évoqué le grand obstacle à l’avancée du chantier : la peur, j’ai repensé à ce que disait le regretté Mgr Isidore de Souza, ancien archevêque de Cotonou, lors d’un congrès missionnaire à Lisieux (en 1984 !). Il était allé présider la messe de Pâques dans une des paroisses du diocèse. Au moment du renouvellement des promesses du baptême, il a été saisi d’une intuition : ils font cela trop vite, trop facilement, trop automatiquement. Alors il a ajouté : «  Renoncez-vous aux amulettes que vous avez autour des reins, des bras, du cou ?  » Silence. Il insiste. Silence. Il insiste. Ils rient. La liturgie a continué. Dans la sacristie, il demande à un clerc : «  Pourquoi ont-ils ri ?  » Le jeune lui répond : «  Jésus, lui, il est gentil. Le sorcier, lui, il est méchant. Si on retire tout cela, le sorcier va nous faire du mal.  »

Mgr de Souza avait conclu : «  Ils ne savent pas encore que Jésus est le Seigneur, le Seigneur des seigneurs, le Dieu des dieux, le Fils de Dieu, créateur et maître de l’histoire. Il faut leur annoncer Jésus ressuscité, vainqueur de la mort et des ténèbres.  » Alors, l’Afrique n’a-t-elle pas d’abord besoin de cette annonce wojtylienne : «  N’ayez pas peur !  » dont les martyrs de cette terre d’Afrique ont témoigné ? N’ayez pas peur de vous opposer à la corruption, aux trafics, aux violences, aux défis de la terre inféconde pour vaincre le mal par le bien.

«  N’ayez pas peur  » a repris le cardinal Turkson. Le thème du synode c’est la réconciliation, la justice et la paix. Plus d’un évêque a souligné qu’il n’y a pas de réconciliation durable sans vérité. Plus d’un évêque a souligné l’urgence d’enseigner la doctrine sociale de l’Église pour que les hommes politiques chrétiens soient armés contre la mauvaise gouvernance – un «  cancer  » -, les injustices structurelles, les luttes tribales. Plus d’un évêque a souligné que la paix suppose la justice et la lutte contre la pauvreté. Le directeur de la FAO, M. Jacques Diouf, a rendu hommage au travail de l’Église catholique au service de l’Afrique et souligné l’importance de l’enseignement social catholique pour lutter contre la faim !

On entend Monsieur Vincent – en cette année jubilaire de saint Vincent de Paul - , qui soupire, sur son lit de mort, disant qu’il aurait dû faire «  davantage  ». Oui, l’Afrique attend un «  davantage  ». Mais au contraire, les subsides internationaux diminuent. Il faudrait 83 milliards de dollars par an. Les nations investissent 1 340 milliards de dollars pour l’armement. Or, l’Afrique a besoin de paix pour vaincre la pauvreté et la faim.

On entend le P. Joseph Wresinski nous dire, à la veille de la Journée mondiale du refus de la misère – une journée adoptée par les Nations Unies ! - : «  Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.  »
Un évêque a quitté le synode : Mgr François-Xavier Maroy Rusengo, archevêque de Bukavu, en République démocratique du Congo (RDC). Des paroisses sont prises pour cibles, incendiées. Des prêtres subissent des violences. L’évêque sait que l’on cherche à faire taire l’Église, «  unique soutien pour un peuple terrorisé, humilié, exploité et opprimé  ». Une violence fomentée par la convoitise des matières premières dont l’Est du pays regorge. Dans une lettre, le synode a accompagné l’évêque de sa solidarité et en a appelé aux autorités pour rétablir la sécurité.
Mgr Lucius Iwejuru Ugorji, évêque d’Umuahia, au Nigeria, a dénoncé les sociétés multinationales qui «  exploitent les ressources naturelles  » du continent. Il a mis en relief la racine des «  défis écologiques  » : le péché. Il nomme «  l’égoïsme, l’avidité, le manque de sensibilité envers les dégâts environnementaux et le manque de soin de la terre  ». Il invite même l’Église à une «  conversion écologique  », ce qui suppose une «  éducation intensive  ».

L’éducation revient, dans tous les domaines, catéchèse, enseignement social, formation de cadres et de décideurs, formation sacerdotale et religieuse, formation des catéchistes, formation au dialogue interreligieux, formation à la réconciliation et à la construction de la paix. Et si cette priorité, de l’éducation, que Benoît XVI a indiquée à son diocèse de Rome était la clef de la réconciliation, de la justice et de la paix en Afrique ? Elle passe par l’éducation aux sacrements. Tel évêque a demandé, en cette année sacerdotale, que les prêtres annoncent les bienfaits du sacrement de la réconciliation et prennent le temps de le conférer aux fidèles, pour former des cœurs réconciliés, justes et pacifiés.


Sur le site de Zenit, chaque jour :

L’Afrique saigne de la dégradation de ses terres
http://zenit.org/article-22365?l=french

SIDA en Afrique : L’Eglise est-elle problème ou la solution ?
http://zenit.org/article-22339?l=french

Inculturation de la Foi et religion traditionnelle en Afrique
http://zenit.org/article-22338?l=french

Les évêques affricains commentent un rapport sur l’avortement
http://zenit.org/article-22337?l=french

Sur Radio Vatican :

Le cardinal Turkson fait une première synthèse après une semaine de travaux du Synode
« L’Église, famille de Dieu en Afrique, doit être transformée de l’intérieur et doit transformer le continent africain… » Le cardinal Turkson, rapporteur général du Synode s’est livré à une synthèse des interventions des pères synodaux après une semaine de débats. Dans cette Relatio Post Disceptationem, le cardinal Turkson a décrit un continent en ombres et lumières, un continent pour lequel l’Église a des propositions concrètes à faire pour être un vecteur de paix de réconciliation et de justice.
Les grandes lignes, résumées par Armance Bourgois.

À la suite de son exposé le cardinal Turkson a soumis une liste de questions aux participants. Sur la base de leurs réponses à ces questions, les participants au Synode pour l’Afrique élaboreront des propositions concrètes qui seront votées à la fin de l’assemblée synodale, en fin de semaine prochaine.

http://www.oecumene.radiovaticana.org/fr1/Articolo.asp?c=325504

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