Lourdes, foyer du combat spirituel - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Lourdes, foyer du combat spirituel

Avant de bénir les lieux par d’abondants miracles, la Vierge Marie, Immaculée Conception, fit de Lourdes le cœur de la lutte contre le démon.
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En plein cœur du siècle romantique, les apparitions de la Très Sainte Vierge à Lourdes ne sont pourtant point guimauve. Le pèlerin peut s’y tromper s’il se contente d’imaginer une petite bergère paissant son troupeau le long d’un ruisseau tranquille, dans un décor montagneux idyllique. La « Dame », toute de blancheur, n’a pas choisi un lieu de carte postale. Elle parle de combat spirituel.

Elle se révèle au sein d’éléments naturels rugueux, violents et hostiles. Le décor est dressé pour la bataille, sous la plume du pèlerin Huysmans : « La tristesse de ce ciel rayé en diagonale par le fil des pluies ! en bas de la chaîne de ces monts, juste devant moi, le Gave, en un torrent qui ruisselle, jours et nuits, bouillonne sur des quartiers de rocs […] » (Les Foules de Lourdes, 1906). Le cœur est bien sûr la grotte que la Vierge a choisie comme lieu d’apparition alors qu’elle était domaine du démon : « Ce pays […] est […] devenu, depuis que la Vierge s’y fixa, une sorte de camp, sillonné par les grand’ gardes du démon. À vrai dire, cette grotte de Massabielle lui appartenait, car c’était un lieu désert et mal famé où personne ne s’aventurait. Ses seuls hôtes étaient deux espèces d’animaux qui faisaient, l’un et l’autre, partie du bestiaire infernal au Moyen Âge : les serpents qui gîtaient dans ses crevasses et les pourceaux qui s’y abritaient, alors que Paul Leyrisse, le porcher du village, les menait paître sur les rives du Gave. Marie balaya cette fange vivante en se montrant ; mais pour salir de nouveau cette grotte, Satan la fit, pendant la période même des apparitions, souiller la nuit par des ébats de couples ; « on a fait des sottises à la grotte », disaient les paysans qui n’ignoraient pas ces scandales ; puis il s’attaqua à Bernadette même, en extase, qui entendit derrière elle, sortant du Gave, des hurlements sauvages et des cris furieux lui ordonnant de se sauver ; enfin, il tenta d’amoindrir les révélations de l’enfant en suscitant des visions plus ou moins bizarres à un groupe de possédées dont les divagations essayèrent de troubler la confiance des habitants » (Idem). Voilà une description de la réalité qui n’est guère idyllique et qui montre à quel point le combat est inscrit dans la roche de la grotte purifiée par la présence de Marie dans son Immaculée Conception.

Marie combat le démon

Par cette Conception unique, la Vierge a reçu comme mission d’écraser le Serpent et non point simplement d’être ornée de roses. La première bataille, la plus essentielle, est donc celle entre la Nouvelle Ève et l’Ennemi du genre humain. Tel est le message central de Lourdes, d’où, par conséquence le chapelet infini de miracles – reconnus ou inconnus –, qui en découle, chaque guérison physique ou morale étant une victoire contre le Mal.

Les pires opposants de Lourdes, souvent blasphématoires, ne s’y sont pas trompés dans leur rage à avilir ce lieu privilégié. Pensons, par exemple, à Émile Zola. Cet apôtre du positivisme fit le déplacement pour se convaincre sur place de ses intuitions hostiles. Il écrira : « Le miracle de Lourdes, conte de fée, si touchant et si enfantin ! […] L’Église, incapable de lutter contre le vent déchaîné de la superstition, s’est résignée à donner aux fidèles ce culte idolâtre dont elle les sentait avides » (Lourdes, 1894). Son redoutable critique, Léon Bloy, montera au créneau dans un article fameux où il cite l’écrivain naturaliste pourfendant le combat spirituel. « Il est l’Impartialité même, il sait tout, il comprend tout et il se fait tout à tous. Un cœur d’or ! », dit-il ironiquement de Zola, dont il résume ensuite les arguments captieux. « Ne désespérons personne, tolérons Lourdes… Cependant, croyez-moi, il est lâche et dangereux de laisser vivre la superstition. Dès lors, ne vaudrait-il pas mieux avoir tout de suite l’audace d’opérer l’humanité brutalement, en fermant les Grottes miraculeuses où elle va sangloter et de lui rendre ainsi le courage de vivre la vie réelle même dans les larmes ? » (citation de Lourdes) » (Léon Bloy, Je m’accuse. Le crétin des Pyrénées, 1900).

« Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! »

Zola, prétendant défendre la vie réelle, ne pouvait comprendre que cette grotte était d’abord un champ de bataille et que ce combat était la condition d’avoir accès à la source miraculeuse, à la pluie de grâces. Telle fut d’ailleurs la seule promesse de Notre Dame à Bernadette : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre. » Elle l’invite à « embrasser la terre en pénitence pour la conversion des pécheurs » et Elle lui ordonne : « Vous prierez pour les pécheurs. » Et son triple appel, lancé à tous les hommes, est : « Pénitence ! pénitence ! pénitence ! » Ce ne sont point là paroles de troubadour énamouré mais, bien au contraire, ce qui répond magnifiquement au cri déchirant d’un Baudelaire : « Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage / Que nous puissions donner de notre dignité / Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge / Et vient mourir au bord de votre éternité ! » (Les Fleurs du mal, Les Phares).

L’Église ne s’y est pas trompée, reconnaissant en cette grotte, le théâtre d’une lutte entre l’Immaculée qui s’y révèle et le Malin. Chaque pèlerin laisse derrière lui les rugissements de ses démons et s’abreuve alors à la source qui apaise. Chaque pèlerin arrive ployant sous le poids du péché, agité par mille pensées contradictoires, torturé par des épreuves et repart allégé s’il a compris que le chemin de pénitence est celui qui peut le délivrer et le transformer en un être nouveau. 

Le triomphe de l’Immaculée

Jean XXIII, pour le centenaire des apparitions, s’exprima ainsi : « Ô Marie Immaculée, étoile du matin qui dissipe les ténèbres de la sombre nuit, nous avons recours à vous avec une grande confiance. Vita præsta puram ; iter para tutum (Rendez notre vie pure ; ménagez-nous un chemin sûr). Écartez de notre route les nombreuses tentations du goût mondain de la vie ; soutenez les forces, non seulement de la jeunesse, mais de tous les âges, pareillement exposés, comme ils le sont, à la tentation du Malin » (Radio-message, 1958).

Si, comme le rappellera Benoît XVI, la tendresse de Dieu pour les personnes qui souffrent se manifeste à travers le sourire de la Vierge Sainte à Lourdes, c’est parce que la Femme élue et choisie marche sans cesse sur la tête du Serpent et l’écrase. Lourdes est une des grandes défaites de Satan, même s’il revient sans se lasser à la charge, espérant toujours détruire ce que Marie lui a ravi et réinstaller dans la grotte les serpents et les porcs. La grotte de Lourdes, avant les apparitions, était nommée par les habitants : « la Tute aux cochons », endroit sale, humide, froid. Elle est devenue le lieu de la blancheur de la Très Sainte Vierge et, à travers Elle, le triomphe de l’Amour de Dieu appelant à la conversion et promettant la guérison intérieure. Cette transformation ne peut se réaliser que dans le combat, pas après pas.