« Si l'on veut une vie sans pénitence ou sacrifice, on en arrive à la culture de mort » - France Catholique
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Le journal de la semaine

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« Si l’on veut une vie sans pénitence ou sacrifice, on en arrive à la culture de mort »

Léon XIV sera le troisième pape, après Jean-Paul II et Benoît XVI, à se rendre au sanctuaire de Lourdes, les 26 et 27 septembre. Pour ce voyage, qui intervient peu après la légalisation de l’euthanasie, il a choisi une devise tirée de l’évangile selon saint Jean : « Pour que le monde ait la vie ». Entretien avec le docteur Patrick Theillier, qui dirigea le Bureau des constatations médicales à Lourdes pendant onze ans (1998-2009).
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L'accueil de Benoît XVI à Lourdes en 2008. <FONT size="2pt"© Sebastien Desarmaux / Godong

En tant que médecin catholique, comment comprenez-vous la devise du voyage de Léon XIV en France : « Pour que le monde ait la vie » ?

Docteur Patrick Theillier : Elle est fondamentale et plus que jamais actuelle ! Il faut que le monde ait la Vie, avec un grand V. Le monde actuel lui est opposé. Il a grand besoin qu’on lui révèle la Vie véritable, la Vie en Dieu. Car la Vie, c’est Jésus-Christ, comme Il le rappelle dans l’Évangile : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » Notre société occidentale, pourtant façonnée par le christianisme durant des siècles, a perdu le sens de la vie. En choisissant cette devise, Léon XIV se met dans les pas des précédents papes. Déjà, en 1968, Paul VI publiait son encyclique Humanæ vitæ, où il dénonçait en particulier la contraception. Puis, en 1995, Jean-Paul II publiait Evangelium vitae, où il proclamait que la vie est, dans l’univers, la valeur absolue. Léon XIV va dans le même sens. Il est urgent, et même vital, de rappeler ce message à l’époque où nous vivons, époque qui a abandonné la nécessité de placer la vie en premier. Je suis très heureux que le Pape vienne le faire à Lourdes.

En quoi cela résonne-t-il particulièrement avec le message de Lourdes ?

Je me souviens qu’en 2004, lorsqu’il est venu au sanctuaire, Jean-Paul II qualifiait Lourdes de « citadelle de la vie et de l’espérance ». Lourdes apporte une ouverture unique sur la vie, parce que viennent au sanctuaire des malades de toutes sortes. Comme dans les unités de soins palliatifs, on se met ici au service de la faiblesse du malade, quel qu’il soit. Je suis toujours marqué par la façon dont les malades y sont accueillis et y retrouvent leur dignité. Voilà le grand message de Lourdes : la priorité au service et à l’amour du malade. La vie est avant tout une histoire d’amour. Il n’y a pas de vie sans amour ni espérance. L’espérance en Dieu rappelle à tout homme qu’il est fait pour la vie éternelle, et pas seulement pour l’existence terrestre. Il est fait pour une vie qui se poursuivra dans l’autre monde, où il sera totalement transfiguré.

Dans une société où se monte une véritable coalition contre la vie, une culture de mort, il est tellement important de montrer la nécessité vitale d’être au service des plus malheureux, des plus pauvres et des plus malades. Quand il est venu à Lourdes en septembre 2008, Benoît XVI a eu ces propos magnifiques : « Je souhaiterais dire, humblement, à ceux qui souffrent et à ceux qui luttent et sont tentés de tourner le dos à la vie : tournez-vous vers Marie ! Dans le sourire de la Vierge se trouve mystérieusement cachée la force de poursuivre le combat contre la maladie et pour la vie. » Voilà la véritable raison de l’apparition de Marie à Lourdes, à travers l’espérance qui est donnée, mais aussi la foi et la charité en actes, comme en témoignent les nombreux bénévoles du sanctuaire. C’est extraordinaire, on ne pourrait pas vivre sans ce don gratuit. Si Lourdes est le théâtre de nombreux miracles, c’est que le Seigneur veut montrer combien cette foi, cette espérance et cette charité portent du fruit, allant jusqu’à la guérison complète, signe de celle que nous vivrons au Ciel. Voilà le vrai miracle. C’est tellement fort que cela nous dépasse complètement.

Les malades tiennent-ils la première place à Lourdes ? Comment cela se manifeste-t-il ?

Tout est fait à Lourdes pour les accueillir, leur montrer le plus de respect possible : les malades y sont au centre. Ils n’ont pas besoin de notre pitié mais de notre respect, de notre amour compréhensif, d’être traités avec dignité. Mourir dans la dignité, c’est mourir aimé. Notre société actuelle ne supporte plus la faiblesse, ni la souffrance. C’est comme cela qu’on en est venu à voter l’euthanasie. Le contraire de l’euthanasie, c’est l’amour jusqu’à la dernière minute. Et comme cette dernière minute est importante ! Combien il est important pour un malade de se sentir quelqu’un, de se sentir un être d’avenir, pour dépasser sa faiblesse. Dans son épître aux Corinthiens, saint Paul le disait déjà : « C’est lorsque je suis faible que je suis fort. » C’est tout le paradoxe de la foi chrétienne, l’inverse de ce que pense le monde. Nous devons annoncer une vraie révolution et la vivre concrètement.

En quoi la Vierge Marie est-elle la Mère de la Vie ?

Elle est la Mère de Jésus, qui est la Vie ! Dès que le vieillard Siméon lui prédit qu’un glaive lui percerait le cœur, Marie accepta de souffrir pour que son Fils aille jusqu’au bout de sa Passion. Elle l’a soutenu jusqu’à la fin, assistant à sa mise en Croix. La mise en Croix du Christ est ce qui a sauvé le monde, et ce qui a permis à la vie d’être plus forte que la mort. C’est ce que la Vierge Marie rappelle à sainte Bernadette : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse dans ce monde, mais dans l’autre. » Ce monde-ci court à sa perte, l’autre monde est transformé par l’Esprit Saint. À la fin de sa vie, Bernadette a beaucoup souffert physiquement. Mais elle disait : « Je suis plus heureuse qu’une reine sur son trône. » Même en cette vie-ci, Bernadette avait trouvé le secret de Marie : la vie intérieure, dans l’Esprit Saint, qui apporte la joie parfaite, qu’on espère tous. Sans Marie, nous serions orphelins. Combien il est important de lui demander cet éclairage sur la vie ! C’est pour cela, je pense, que les papes ne se trompent pas en venant à Lourdes, où cela est vécu tous les jours. C’est une magnifique note d’espérance.

D’après votre expérience, quelle cohérence peut-on observer entre la protection de la vie biologique et de la vie surnaturelle ?

L’une ne va pas sans l’autre. Par exemple, Mère Teresa allait chercher des gens à l’abandon dans les rues de Calcutta, leur procurait les soins nécessaires et, en même temps, l’espérance d’une vie ultime. Mais aujourd’hui, on a coupé l’une de l’autre. On ne voit plus la continuité entre la vie sur terre et la vie dans le Ciel. Le monde entretient cette culture de mort qui est la haine de la vie et de l’amour. Parce que l’amour produit la vie, c’est celui qui aime en vérité qui possède la vie. La Vierge Marie est le modèle que nous avons reçu : suivre le Christ pour avoir la vie, c’est prendre sa croix. Voilà ce qui fait qu’il n’y a plus beaucoup de chrétiens en Occident : on voudrait tout mais pas de croix, pas de souffrance, pas d’effort. Marie nous rappelle que la pénitence et le sacrifice sont inhérents à la vie. Si on veut une vie sans pénitence ni sacrifice, on parvient à la culture de mort, qui est une contre-culture. Cela se manifeste aujourd’hui avec l’adoption de l’euthanasie, loi inique. La révolution que nous devons faire ne se fera pas sans douleur.

Léon XIV vient à Lourdes quelques semaines après la légalisation de l’euthanasie en France. Qu’espérez-vous de cette visite ?

J’espère qu’il s’élèvera avec force et courage contre cette loi mortifère. Je suis certain qu’il ne va pas hésiter à rappeler, au monde chrétien comme au monde profane, que la vie est la caractéristique de Dieu. S’il vient à Lourdes, c’est bien pour cela ! Pour clamer que Dieu donne la vie. Il n’agit pas seulement dans le corps humain, mais dans l’être tout entier. De grands malades repartent de Lourdes sans avoir été forcément guéris [comme sainte Zélie Martin, en 1877, en phase terminale d’un cancer du sein, ndlr], mais sont beaucoup plus sereins et pacifiés, bien qu’il n’y ait pas eu d’amélioration sur leur santé. C’est cela le miracle de Lourdes. Les miraculés y vivent une transformation intérieure. La guérison physique est aussi une guérison spirituelle, intérieure. Elle n’est qu’une manifestation extérieure d’une guérison bien plus profonde, et c’est celle-là qui est importante.

En quoi le sacrement de l’extrême-onction peut-il être au service de la vie ?

C’est le sacrement de la Vie. Il existe plusieurs sacrements de guérison, qui nous relèvent, comme le sacrement de pénitence et l’Eucharistie. Le viatique, dernier sacrement, permet au malade en ses derniers instants de se tourner vers le Seigneur. Les gens qui accompagnent les mourants racontent tous que c’est un moment d’une très grande puissance, où la personne la plus éloignée du Seigneur peut se jeter dans ses bras, avec l’aide de la Vierge Marie. L’instant de la mort est fondamental, tout peut encore se jouer, même chez les personnes les plus opposées à la foi. Il est donc très important de pouvoir donner le saint viatique aux chrétiens et à ceux qui le demandent. À Lourdes, la procession eucharistique parmi les malades est aussi un moment très fort. Les médecins se placent derrière le Saint-Sacrement et voient donc les visages des malades. Au moment de la bénédiction, je voyais ces visages transformés, pour ne pas dire transfigurés. Ce sont des moments très émouvants. Soyons heureux que Léon XIV vienne à Lourdes, en cette oasis de la vie, pour rappeler au monde qu’il faut qu’il ait la vie !

Lourdes. Terre de guérisons, Patrick Theillier, Éditions Ephata, mars 2026, 432 pages, 9,50 €.