Pourquoi le niveau scolaire s’est-il autant dégradé ?
Max Brisson : Le constat de cet effondrement est parfaitement documenté, et la cause en est connue : le « pédagogisme ». La pédagogie devait être un outil au service de l’enseignement ; elle est devenue une fin en soi. On a expliqué que l’élève devait « apprendre à apprendre », au point d’oublier que le professeur est un passeur de savoirs, pas un animateur. On ne peut pas refonder l’école si l’on oublie sa vocation première : transmettre. J’ai été professeur pendant près de trente ans. J’ai vu des enseignants auxquels on demandait de renoncer à des méthodes éprouvées, au mépris de leur expérience. On passait des heures à faire découvrir aux élèves ce qu’un cours magistral leur aurait permis de comprendre en quelques minutes. Cette dégradation s’explique aussi par la baisse des exigences, au nom d’une conception dévoyée de l’égalité, au point que les élèves souffrent d’inquiétantes lacunes, malgré les efforts d’enseignants qui, pour beaucoup, regrettent ces dérives.
Comment en sortir ?
Il faut faire confiance à la liberté pour réguler le système. La rue de Grenelle [le ministère de l’Éducation, NDLR] a échoué, elle doit être dépossédée d’une grande partie de ses prérogatives. Tout ce qui peut être décidé au plus près de l’établissement doit l’être à ce niveau. Les professeurs doivent pouvoir choisir les méthodes qui leur paraissent efficaces et les établissements construire des projets pédagogiques adaptés à leurs élèves et leur environnement. Aujourd’hui, trop de projets sont des copier-coller des directives ministérielles. Pourquoi vouloir imposer une méthode unique ? Ce qui suppose, évidemment, que les parents puissent librement choisir l’école de leurs enfants. C’est ce que propose Bruno Retailleau.
Faut-il remettre en cause le collège unique ?
Le collège unique est devenu le collège de l’uniformité. On prétend enseigner de la même manière à des élèves qui n’ont ni les mêmes aptitudes ni la même maturité. Cela ne fonctionne pas. Il faut envisager la création de groupes de niveau qui tiennent compte de la diversité des élèves.
Quelles doivent être les priorités de l’école ?
Il faut simplement revenir à l’enseignement des savoirs fondamentaux : apprendre à lire, écrire et compter dès les premières années. Puis approfondir, au fil des ans, la maîtrise du français, des mathématiques et des sciences. Sans oublier, bien sûr, l’enseignement de l’histoire et de la géographie, indispensables pour transmettre aux jeunes Français l’amour de la France. Le temps scolaire est compté, il faut débarrasser l’école des « missions » superfétatoires qu’on lui a confiées depuis une trentaine d’années. Elle n’a pas vocation à régler tous les maux de la société.
Quelle place accordez-vous aux écoles privées, notamment à l’enseignement catholique ?
L’école privée a toute sa place dans le système éducatif. La liberté de l’enseignement est une liberté constitutionnelle. Elle doit être affirmée et défendue. Je dirais même que l’école catholique doit réaffirmer clairement son « caractère propre » – en l’occurrence son enracinement et sa dimension catholiques. Quelle serait sa raison d’être si elle s’éloignait de l’enseignement de l’Église ? On ne peut pas plaider pour la liberté sans garantir aux établissements privés la faculté de rédiger leur propre projet pédagogique. Cette liberté vaut aussi pour l’école publique. C’est la conviction de Bruno Retailleau. Notre pays a besoin, à la fois, d’une école publique forte, belle et exigeante, et d’un enseignement catholique fort et fidèle à son identité. La refondation de notre système éducatif passe par la liberté et l’émulation.
