Éducation : une liberté à défendre - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Éducation : une liberté à défendre

Léon XIV – qui se rendra le 25 septembre à l’Unesco – a souvent rappelé que les parents devaient pouvoir choisir l’école de leurs enfants. Comment ceux-ci peuvent-ils répondre aux tentatives de l’État de réduire la liberté de l’enseignement ?
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© Philippe Lissac / Godong

© Philippe Lissac / Godong

L’incertitude croissante qui affecte nos pays et nos familles conduit de nombreux Français à chercher des points de repère stables. Pour les parents, la question qui se pose avec la plus grande acuité est celle du cadre d’éducation qu’ils désirent donner à leurs enfants.

Dans ce domaine, paradoxalement, cette aspiration semble rencontrer une volonté de contrôle de plus en plus forte de la part des autorités étatiques : l’assiduité scolaire est imposée dès 3 ans ; un programme d’éducation affective et sexuelle idéologiquement orienté (EVARS) est imposé à tous les élèves dès la maternelle ; l’école à la maison (« Instruction en famille ») est soumise à autorisation préalable et mise ainsi presque hors de portée ; les écoles hors contrat sont l’objet d’inspections musclées menant parfois à des fermetures administratives – Guillaume Trichard, le Grand Maître du Grand Orient de France, a d’ailleurs affirmé, le 28 août, qu’elles n’avaient « pas leur place dans la République » ! ; l’enseignement catholique sous contrat, lui, a été la cible d’une campagne de dénigrement médiatique inédite, couplée à une attaque en règle de la part des inspections académiques, envoyant après elles leurs collègues des Impôts, de l’Urssaf, etc. En résumé, à l’heure où les parents désirent plus que jamais pouvoir décider de l’éducation que reçoivent leurs enfants, l’État semble chercher à maîtriser toute la chaîne éducative.

Les vérités de l’Église

Dans ce contexte, à partir de l’enseignement du Magistère de l’Église, il est plus que jamais utile de donner quelques principes de discernement aux catholiques français du XXIe siècle.

L’Église a en effet rappelé dernièrement les principes fondamentaux qui structurent l’éducation catholique. La déclaration Gravissimum educationis du concile Vatican II (1965) affirmait déjà le droit premier et inaliénable des parents à éduquer leurs enfants, droit antérieur absolument à tout droit de l’État. Elle insiste aussi sur la nécessité de créer un milieu scolaire catholique « imprégné de l’esprit évangélique de liberté et de charité », lieu où la foi est le principe organisateur de la culture et de la connaissance.

La congrégation pour l’Éducation catholique a produit par la suite plusieurs documents précisant l’application de ces principes. En 1977, dans L’École catholique, et en 2022, dans Identité de l’école catholique pour une culture de dialogue, elle insiste sur le nécessaire enracinement de l’éducation dans une anthropologie vraiment chrétienne, à l’heure où les « vérités des origines » sont de plus en plus systématiquement remises en cause. C’est le cas en particulier pour ce qui concerne l’éducation à l’amour et l’affectivité : dans Éduquer à l’amour humain (1983) puis dans « Il les créa homme et femme » (2019), la même congrégation rappelle qu’il appartient en premier aux parents d’assurer cette dimension de l’éducation de leurs enfants, affirme que cette priorité s’impose à toute volonté de mainmise des autorités de l’État et constitue un véritable garde-fou face à l’imposition d’idéologies incompatibles avec l’anthropologie chrétienne, terriblement destructrices et néfastes pour la jeunesse, au premier rang desquelles l’idéologie du genre.

Ces rappels trouvent un écho et un fondement dans la déclaration Dignitas infinita du dicastère pour la Doctrine de la Foi (2024) : contre les dérives contemporaines, ce texte met en garde contre toute tentation d’auto-définition subjective de l’homme, qui revient à une négation radicale et destructrice de sa nature donnée par Dieu.

Les enseignements à en tirer

Les parents catholiques peuvent en tirer plusieurs enseignements. D’abord, l’abondance de textes magistériels récents est, en elle-même, un signe de la profonde préoccupation de l’Église face aux enjeux majeurs concernant la famille et l’éducation. Depuis Jean-Paul II et même auparavant (puisque ces principes sont déjà énoncés à Vatican II, et avaient été posés par Pie XI et Pie XII), le Saint-Siège rappelle inlassablement que famille et éducation sont à notre époque le lieu d’une véritable bataille idéologique et spirituelle. L’intuition de l’Église semble donc être une réponse providentielle aux menaces que fait planer la volonté étatique de mainmise sur l’ensemble du processus éducatif.

On peut ensuite en tirer quelques principes fondamentaux, dessinant une ligne directrice à l’usage des familles chrétiennes : le droit premier et inaliénable des parents à éduquer leurs enfants dans le cadre de la famille, cellule de base de toute société, le droit en particulier d’assurer eux-mêmes leur éducation à l’amour et à l’affectivité ; corrélativement, l’Église affirme aussi la nécessité d’une véritable liberté éducative et scolaire, afin de permettre aux parents de choisir de manière cohérente leurs relais éducatifs.

Les moyens concrets d’action

Quels moyens concrets d’action proposer aux catholiques face aux empiètements répétés et croissants de l’État ?

La première responsabilité est certainement politique : l’enjeu éducatif et la liberté scolaire sont l’un des trois « points non négociables » énoncés par Benoît XVI dans son discours du 30 mars 2006. Le vote en conscience et les choix démocratiques d’un chrétien doivent impérativement prendre en compte et exiger cette dimension.

La seconde responsabilité est scolaire, car si le droit canon impose aux parents de choisir (si possible) pour leurs enfants un établissement catholique, il leur revient de demeurer vigilants et d’agir pour que ces institutions soient de vrais lieux de vie, de transmission et de témoignage de la foi. Il faut encore que ces écoles et leurs personnels soient soutenus lorsqu’ils sont l’objet d’attaques d’une violence parfois inouïe.

La troisième est familiale : notre génération prend conscience de sa « minorisation », elle ne peut plus compter sur les structures sociales, ni même sur le seul système d’enseignement catholique, pour transmettre à ses enfants la foi et jusqu’aux valeurs naturelles. Il appartient plus que jamais aux parents chrétiens du XXIe siècle de reconquérir chez eux, par leur présence et leur posture éducative, ce droit naturel inaliénable et ce devoir profond confié par Dieu d’élever – à tous les sens du terme – ceux qui constitueront la génération à venir, leurs enfants.