La Vierge Marie, « cadette du genre humain » selon Bernanos - France Catholique
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Le journal de la semaine

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La Vierge Marie, « cadette du genre humain » selon Bernanos

Les lignes du « Journal d’un curé de campagne » consacrées à la Vierge Marie sont d’une intensité supérieure à celle de beaucoup de théologiens.
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Le livre de Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne, fut adapté au cinéma par Robert Bresson en 1951, avec Claude Laydu (le curé d’Ambricourt, à gauche) et Adrien Borel (le curé de Torcy).

Georges Bernanos ne se voulait pas théologien. Ni philosophe d’ailleurs. Il s’amusait qu’on l’associe à la fameuse école néothomiste de son temps, lui qui ne se réclamait que de son catéchisme et de la lecture de l’Évangile. Cela n’a pas empêché un théologien comme Urs von Balthasar de lui consacrer une longue étude qui met en perspective une vision surplombante de tout le mystère chrétien. Un seul regard de simple chrétien, voué au chapelet quotidien, lui permettait une perception que l’on pourrait dire géniale, mais surtout une profondeur à l’aune de la Révélation. Ainsi, on trouve dans son roman Journal d’un curé de campagne (1936), une page sur la dévotion à la Vierge Marie, qui surpasse les meilleures pages de la littérature chrétienne. On pourrait peut-être lui associer le célèbre poème La Vierge à midi de Paul Claudel.

Tirade du curé de Torcy

Le romancier met sur les lèvres du curé de Torcy, en conversation avec son jeune confrère, auteur du Journal : « Est-ce que tu pries la sainte Vierge ? La pries-tu comme il faut, la pries-tu bien ? Elle est notre mère, c’est entendu. Elle est la mère du genre humain, la nouvelle Ève. Mais elle est aussi sa fille. L’ancien monde, le douloureux monde, le monde d’avant la Grâce, l’a bercée longtemps sur son cœur désolé – des siècles et des siècles – dans l’attente obscure, incompréhensible d’une virgo genitrix (une Vierge qui enfante). Des siècles et des siècles, il a protégé de ses vieilles mains mais chargées de crimes, ses lourdes mains, la petite fille merveilleuse dont il ne savait même pas le nom. Une petite fille, cette reine des Anges ! Et elle l’est restée, ne l’oublie pas ! Le Moyen Âge avait bien compris ça, le Moyen Âge a compris tout… »

Tout un discours se déploie ainsi, pour mieux comprendre en quoi réside le miracle singulier de cette petite fille, qui, de sa vie terrestre, n’a accompli aucun miracle, mais qui dépasse les plus grands saints, ayant ignoré le mal : « La Vierge était l’innocence. Rends-toi compte de ce que nous sommes pour elle, nous autres, la race humaine ? Oh naturellement elle déteste le péché mais enfin, elle n’a de lui aucune expérience. (…) Le regard de la Vierge est le seul regard vraiment enfantin, le seul vrai regard d’enfant qui se soit jamais levé sur notre honte et notre malheur. »

Tendre compassion

On retient la conclusion de cette monition spirituelle, qui résonne en nous avec une force singulière : « Oui, mon petit, pour la bien prier, il faut sentir sur soi le regard qui n’est pas du tout celui de l’indulgence – car l’indulgence ne va pas sans quelque expérience amère – mais de la tendre compassion, de la surprise douloureuse, dont on ne sait quel sentiment encore, inconcevable, inexprimable, qui la fait plus jeune que le péché, plus jeune que la race dont elle est issue, et bien que Mère par la grâce, Mère des grâces, la cadette du genre humain. » A-t-on trouvé, même chez les meilleurs théologiens, les mariologues, une telle intensité de compréhension du mystère marial ? Il fallait à l’écrivain, si attaché au regard de sa propre enfance, cette affinité d’enfance pour se mettre à genoux devant « la cadette du genre humain ».