René de La Tour du Pin, Albert de Mun : aux origines de la doctrine sociale de l’Église - France Catholique
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Le journal de la semaine

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René de La Tour du Pin, Albert de Mun : aux origines de la doctrine sociale de l’Église

René de La Tour du Pin et Albert de Mun ont directement influencé les enseignements des papes en matière économique et sociale. Et peuvent continuer à nourrir la réflexion de notre siècle.
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Portrait du marquis de La Tour du Pin (1834-1924).

Dans son ouvrage Vers un ordre social chrétien : jalons de route, 1882-1907, le marquis René de La Tour du Pin (1834-1924) rassemblait ses expériences et celles des cercles ouvriers catholiques. Il voyait dans le XIXe siècle trois internationales qui se disputaient la domination du monde : l’internationale jaune, de la couleur de l’or car elle était celle de la finance. L’internationale rouge, née du Manifeste du parti communiste de 1848, prendra le pas sur tous les socialismes du XIXe siècle. Après avoir dominé une grande partie du monde, cette internationale s’est écroulée avec la chute du mur de Berlin.

L’internationale noire, qui était celle des catholiques, est celle des trois qui, aujourd’hui, demeure la plus vivante puisque l’encyclique Magnifica humanitas du pape Léon XIV reprend l’essentiel des enseignements de Léon XIII, venus eux-mêmes des réflexions du marquis de La Tour du Pin. Cette continuité dans l’enseignement de ce que l’on appellera plus tard la « doctrine sociale de l’Église » est une preuve de la vitalité de la tradition.

Une lecture attentive des textes de Léon XIII, de Léon XIV et de ceux du marquis de La Tour du Pin et d’Albert de Mun (1841-1914), président des cercles catholiques ouvriers, montre combien la pensée pontificale s’est inspirée des travaux de ces grands laïcs, en ignorant cependant une disposition essentielle. En effet, tout l’effort de La Tour du Pin et d’Albert de Mun tendait à éviter la lutte des classes par des institutions qui uniraient le capital et le travail en vue d’un plus grand rayonnement de la Profession, qu’elle soit industrielle, agricole ou artisanale. Leur réflexion aboutissait à la nécessité des corporations (associations d’artisans supprimées à la Révolution) et c’est cette conclusion institutionnelle que ne reprendra pas l’enseignement pontifical. Dès lors, il y aura comme un vide politique dont on sent les effets, tout particulièrement dans la dernière encyclique. Car le lecteur conquis par l’argumentation pontificale en vient à se demander comment réaliser pratiquement ce que préconise le Saint-Père. La nécessaire invention de cette solution politique serait pourtant la conclusion normale de cet enseignement. Une perspective est ainsi ouverte aux générations du XXIe siècle.

Une réflexion à reprendre

Le XIXe siècle n’a pas seulement porté cette réflexion sur « les choses nouvelles » (Rerum novarum) mais aussi une critique sévère des méfaits de la Révolution. Dans un milieu moins proche de l’Église catholique, l’école de la jeune Action française, à la charnière du XIXe et du XXe siècle, élaborait sous l’inspiration de Taine, Renan, Auguste Comte, Anatole France et d’autres, une réflexion sur un nécessaire changement de régime. L’Action française fut décimée dans ses meilleurs éléments par la guerre de 1914-1918, puis brisée par le conflit avec Rome qui aboutit à de très sévères condamnations ecclésiastiques (1927-1928). Néanmoins, cette école continue à avoir des disciples et sa réflexion première et son influence ne sont pas totalement terminées.

Le XXIe siècle hérite d’un capital de réflexions et d’analyses qui devrait permettre aux générations actuelles de dresser un bilan assez précis de l’histoire contemporaine et des méfaits de la Révolution. Un legs précieux pour bâtir une société qui soit plus conforme au respect de la personne humaine et à un ordre véritable.