« Le couvent royal des Minimes est un lieu spirituel très fort en Touraine, raconte Anne Jaubert, chargée de communication du projet. Les Tourangeaux passent régulièrement devant ce bâtiment en ruines, longtemps laissé à l’abandon. » Situé aux portes de Tours, sur la rive droite du Cher, le couvent fut édifié en 1489 par saint François de Paule (1416-1507), thaumaturge et ermite italien, figure aujourd’hui tombée dans l’oubli. Soutenu par Louis XI puis son fils Charles VIII, il y plaça des Minimes. Cet ordre mendiant, dont subsiste une vingtaine de communautés de nos jours, en particulier en Italie, se fonde sur la vie de prière et de pénitence, un grand dépouillement, et un apostolat porté par la prédication, la confession et l’enseignement. Les Minimes, dont le nom signifie « les tout-petits », conseillèrent les rois durant des décennies, avant d’être chassés de France par la Révolution.
Abandonné aux affres du temps, ce lieu de prière et de transmission, dont la chapelle conserve le tombeau de son fondateur, menaçait de disparaître… C’était sans compter la détermination des 105 familles de l’école hors contrat Carlo-Acutis. Fondée en 2021, celle-ci compte plus de 220 élèves, quatre ans seulement après sa création. Ayant à cœur de répondre aux défis imposés aux parents du XXIe siècle, sa pédagogie s’appuie sur les méthodes classiques de l’enseignement catholique, et cultive également la curiosité et l’ouverture au monde des écoliers, à travers des cours d’histoire de l’art, de musique, de chant et de théâtre enseignés par des professionnels.
Face à la demande croissante, « notre déménagement devenait urgent », explique Xavier Le Saint, directeur de l’établissement. « Les Minimes, dont le siège se trouve à Rome, souhaitaient que ce couvent reste fidèle à sa vocation éducative, précise Sophie de Charnacé, maman d’élève et chef de projet. Ils ont donc accepté de nous vendre les lieux. » Acquis en septembre 2024 et ravagé par un incendie en 2008, le couvent nécessite une sérieuse restauration. Le travail de préparation et de levée de fonds est engagé depuis deux ans, les travaux depuis trois mois. Un bâtiment neuf accueillera les classes du primaire, tandis que le couvent historique sera restauré de fond en comble, pour, à terme, les classes du secondaire. L’inauguration est prévue en avril 2027, à l’occasion du 520e anniversaire de la mort de saint François de Paule.
L’engagement des familles
Créée et pensée par les parents, premiers éducateurs, l’école demande un grand investissement de leur part. « À Carlo-Acutis, l’engagement des familles est obligatoire, explique Anne Jaubert. Lorsqu’ils y inscrivent leurs enfants, les parents ont conscience qu’ils devront donner de leur temps, à la hauteur de leurs possibilités et de leurs talents. Chacun donne à sa mesure. » Tâches administratives, cantine, marché de Noël, et aujourd’hui réhabilitation du couvent des Minimes, « il y a 1 000 façons d’aider ! ». Chaque famille s’implique dans ce projet audacieux. « Nous ne sommes pas de simples consommateurs », explique Samuel Pottier, parent d’élève et administrateur responsable du projet immobilier des Minimes.
« Je trouve très beau que les élèves voient leurs parents s’engager ainsi, donner tant de temps et d’énergie, témoigne Xavier Le Saint. Cela montre à quel point ils accordent du prix à l’éducation de leurs enfants. C’est très formateur ! » Un point de vue partagé par Samuel Pottier : « Quand les parents s’impliquent dans ce genre de projet, c’est toute l’école qui est portée. »
Face à l’urgence spirituelle de notre société, comment rebâtir la cité terrestre ? Pour Sophie de Charnacé, « il faut revenir au temps des premiers chrétiens, où toute l’évangélisation était à faire. Aujourd’hui, elle est à refaire. Et cela passe par l’occupation des lieux, le beau, la transmission de la foi et de la culture. » Si le premier lieu missionnaire est la famille, « la bonne évangélisation est celle qui montre une cohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on vit, ajoute-t-elle. Il faut donc s’investir dans le champ du civil. »
Deux saints patrons
Lorsque l’école Carlo-Acutis a ouvert ses portes en 2021, le jeune Italien venait tout juste d’être béatifié. « Carlo correspondait bien à notre école, raconte Xavier Le Saint. À son exemple, nous voulons que nos élèves aient le feu, et apportent la bonne nouvelle au monde ! » En s’installant dans l’ancien couvent des Minimes, le saint du XXIe siècle est épaulé par l’ermite fondateur de l’ordre, mort cinq siècles plus tôt. « Nous allons « exploiter » cette figure magnifique, apprendre aux enfants à le connaître et à l’aimer. Tous deux avaient une profonde dévotion à l’Eucharistie et pratiquaient la charité comme devise de leur vie. Voilà deux beaux axes pour avancer dans notre monde actuel ! » Ce double patronage inscrira le lieu dans les racines de l’histoire de l’Église.
Les Minimes remettent le flambeau à une école dynamique servant un même objectif : élever les âmes et les évangéliser par l’intelligence. « J’espère que les écoles joueront dans les années qui viennent le rôle que jouaient les monastères au Moyen Âge. L’avenir de la France et de l’Église repose sur les écoles, des lieux qui rassemblent des familles diverses, préservent la transmission de la culture, de l’intelligence et de la foi, comme le faisaient les bénédictins. Il n’y a pas plus belle œuvre, car c’est une œuvre de reconstruction. » Xavier Le Saint en est convaincu.
Protégé par les deux saints italiens, le groupe scolaire espère accueillir 500 élèves d’ici 2030. Dans une lettre adressée au Vatican, l’école a invité le pape Léon XIV à son inauguration, l’an prochain, « comme un encouragement à cette œuvre d’Église, que nous souhaitons inscrire humblement dans l’élan de la nouvelle évangélisation et dans la joie de l’Évangile ».
