Vous redoutez que cette visite soit instrumentalisée. Par qui ?
Grégor Puppinck : La visite intervient dans une période critique : en pleine campagne présidentielle, quelques semaines après la possible promulgation de la loi sur l’euthanasie et le suicide assisté et, pour finir, en fin de mandat d’Emmanuel Macron. Dès lors, ceux qui ont agi contre l’Église et son enseignement sur le plan politique ont tout intérêt à essayer de se blanchir dans cette phase électorale en recevant le Saint-Père. Ces dernières années auront été marquées par une série d’actes politiques majeurs qui ont été adoptés dans le but explicite de modifier la société, en rupture avec la morale : voyez l’inscription de l’avortement dans la Constitution, la procréation médicalement assistée pour les couples de même sexe, ou encore l’offensive contre l’enseignement privé, alors même que la liberté de l’enseignement est l’un des points « non négociables » cités par Benoît XVI… Il y a donc possiblement un immense bénéfice politique pour Emmanuel Macron, qui risque de se faire au prix de la clarté pour les catholiques. Dans ce contexte, nous espérons une visite qui soit vraiment prophétique, apostolique, qui réaffirme l’enseignement de l’Église notamment sur le crime de l’euthanasie et qui s’accompagnerait d’un soutien aux établissements de soin catholiques et aux fidèles qui sont directement confrontés à ce sujet. Un voyage qui se bornerait à une approche diplomatique et n’aborderait pas les sujets de fond serait calamiteux.
Plus largement, quel message espérez-vous entendre lors de cette visite ?
Que le Saint-Père nous rappelle, nous aide à prendre conscience que la France est chrétienne, que c’est notre identité et notre patrimoine, notre richesse et que le christianisme – et plus précisément la charité – est ce qui fait notre civilisation. Ce dont nous avons besoin, c’est de faire le lien entre la décivilisation et la déchristianisation dans laquelle nous sommes engagés : il s’agit d’un même processus en fait, et que la décivilisation ne peut pas être renversée sans rechristianisation. Ce que les Français ont besoin d’entendre, c’est le fait que ce qu’il y a de bon dans la culture française nous vient d’une connaissance du Christ et de la charité.
Pensez-vous que la parole pontificale soit recevable même par les non-catholiques ?
Oui, parce que c’est un fait objectif. On ne demande pas aux gens de croire, on leur demande juste d’observer que ce qu’il y a eu de grand dans la culture et l’histoire françaises est intimement lié non pas à une idée du christianisme comme politique, mais au cœur du christianisme : la charité.