Marie est-elle corédemptrice ? - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Marie est-elle corédemptrice ?

Quel rôle la Vierge Marie tient-elle dans l’économie du Salut ? La réflexion se poursuit avec la publication de deux livres qui passionneront les fidèles désireux de mieux connaître leur Mère du Ciel et son association à la Passion de son Fils.
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La Vierge Marie et son Fils Jésus-Christ assis sur un trône, entourés des saints. Détail de Sainte-Marie-du-Trastevere, à Rome. © Krzysztof Golik / CC by-sa

Peut-on dire que la Très Sainte Vierge Marie joue un rôle dans la rédemption du genre humain ? À quelle place et à quel titre ? Deux ouvrages permettent de mieux comprendre les termes d’un débat qui concerne tous les fidèles. La «question de la corédemption» est un «point majeur dans le débat théologique de notre temps», affirme l’abbé Gabriel Grodziski, vicaire de Saint-Eugène-Sainte-Cécile, à Paris, dans l’introduction des Splendeurs de Marie corédemptrice. Ce livre réunit les Actes du colloque organisé à Paris, il y a un an, par la Confrérie de Marie Corédemptrice, qui rassemblait de nombreux théologiens. Son objectif était de faire avancer la réflexion sur ce thème, par la mise en lumière du «lien indissoluble» qui unit le mystère de la corédemption de Marie au Salut qu’apporte le Christ. De quelle manière ? C’est tout l’enjeu du livre, qui définit ainsi la doctrine de la corédemption : «De même que le Christ est établi Rédempteur du fait de l’Incarnation et accomplit cette Rédemption par sa mort sur la Croix, et en vue d’elle tous les actes méritoires de sa vie terrestre, de même Marie est établie Corédemptrice du fait de la maternité divine et accomplit cette corédemption par ses souffrances au pied de la Croix, et en vue d’elles tous les actes de sa vie terrestre jusqu’à son Assomption», résume l’abbé Gabriel Grodziski.

C’est dans le but de coopérer, en tant que créature, au Salut accompli par son Fils, par la réparation de nos péchés, que Marie est devenue Mère de Dieu. Et c’est «par les mérites […] de sa compassion maternelle» – qui sont «subordonnés aux mérites infinis de la Passion du Christ, le Fils de Dieu, qui seul mérite en stricte justice […] le rachat du genre humain» – qu’elle participe à la rédemption des pécheurs. Marie, première à avoir été sauvée par les mérites de son Fils, et tout en restant une créature subordonnée au Christ, unique Sauveur, participe par Lui, avec lui et en lui, au Salut des hommes. Elle ouvre ainsi la voie à tous les croyants de pouvoir collaborer eux aussi, au plan divin de Salut, en unissant, avec elle, leurs souffrances à la Passion du Christ. 

Le deuxième ouvrage, Marie corédemptrice, Mère, Médiatrice et Avocate, de Guy Barrey, aborde également «la mission, la place et le rôle de la Vierge Marie dans l’œuvre rédemptrice» de son Fils, annonce dans la préface Mgr Athanasius Schneider. L’évêque auxiliaire du Kazakhstan rappelle que «depuis longtemps, saints, bienheureux, hommes d’Église, théologiens et papes se sont engagés, explicitement ou non, en faveur de cette reconnaissance de Marie en sa qualité de corédemptrice auprès de son divin Fils, l’unique Rédempteur. La dévotion aux deux Cœurs unis de Jésus et Marie, développée notamment par saint Jean Eudes et saint Maximilien Kolbe, les enseignements de saint Louis-Marie Grignion de Montfort et de saint Alphonse de Liguori, les catéchèses des papes du XXesiècle, les textes du concile Vatican II, ceux du pape Paul VI, ainsi que les catéchèses du pape Jean-Paul II, marquent des avancées indéniables dans la compréhension de la place de la Vierge Marie dans l’économie du salut.» Parmi les papes récents «saint PieX, Pie XI et saint Jean-Paul II [ont] qualifié à plusieurs reprises la Vierge Marie de corédemptrice».

Les fondements de la doctrine

Les fondements de cette doctrine se trouvent dans les sources scripturaires. Celle de la prophétie du vieillard Siméon annonçant à la Vierge Marie qu’un glaive transpercerait son cœur (Lc 2, 35) ; et Marie se tenant au pied de la Croix de son Fils (Jn 19, 25-27). Sans oublier l’annonce, dans la Genèse, que la Vierge Marie serait la femme qui écraserait la tête du serpent (Gn 3, 15). Dans cette figure de la Nouvelle Ève, Mgr Athanasius Schneider voit la «racine la plus profonde du titre» de Marie «destructrice des hérésies», évoquée par Pie IX dans l’encyclique Pascendi dominici gregis, sur les erreurs et les hérésies du modernisme (1907). Marie écrasa en effet la tête du serpent, lorsqu’au pied de la Croix du Nouvel Adam – le Christ – il dit «à la nouvelle Ève: « Mère, voici ton fils ». Ce ne fut là que le point culminant terrestre de cette association de Jésus et de Marie dans la douloureuse œuvre de la Rédemption», confirme Mgr Schneider.Ainsi, cette doctrine de la corédemption ne peut être comprise que dans le développement de la théologie mariale. De quelle manière ? En montrant «le lien profond et indissoluble» entre la corédemption et les dogmes «explicitant les privilèges que Dieu a accordés à la Mère de son Fils», explique encore l’abbé Grodziski. À savoir les quatre dogmes mariaux : maternité divine de Marie (Marie mère de Dieu), virginité perpétuelle (Marie vierge avant, pendant et après l’enfantement), Immaculée Conception (Marie préservée de tout péché) et Assomption (Marie monte au Ciel corps et âme). C’est par son Immaculée Conception qu’elle peut devenir Mère du Sauveur ; par son Fiat à l’Incarnation, qu’elle le devient ; par son immolation spirituelle au Calvaire, qu’elle porte la Passion avec Lui ; et par son Assomption et son Couronnement au Ciel, qu’elle intercède pour le Salut des hommes. Ainsi, dès sa conception, la Vierge est totalement unie au Rédempteur, «le Cœur sacré de Jésus et le Cœur immaculé de Marie ne formant qu’un seul Cœur», affirme le chapelain de la Confrérie de Marie Corédemptrice. Au point de pouvoir être appelée Corédemptrice, quoi que toujours subordonnée au Christ. Minimiser le rôle de Marie dans la rédemption, c’est donc «relativiser et minimiser le mystère de la Rédemption ».

Un futur dogme marial ?

Ainsi, «l’Église porte en son sein d’autres beautés mariales qu’elle a mission de dévoiler progressivement dans son magistère infaillible», écrit l’abbé Grodziski. Sans ignorer les réserves du Vatican, publiées dans la note doctrinale Mater Populi fidelis, le 4 novembre dernier,  quant à l’utilisation du terme de «corédemptrice», le travail de la Tradition vivante commencé il y a 2000 ans, se poursuit. La publication des Actes du colloque espère y contribuer et «aider à préparer un futur dogme marial, proclamant Marie corédemptrice, médiatrice de toutes grâces, et reine». Pourquoi cette insistance ? En raison de la certitude que la proclamation d’un cinquième dogme marial ouvrirait la porte au «triomphe du Cœur immaculé» et ferait «pleuvoir une abondance de grâces sur notre Sainte Mère l’Église», «pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes».

Les Splendeurs de Marie corédemptrice, Sous la direction de Karen Darantière, avec la contribution de Mgr Athanasius Schneider, Éd. Via Romana, 262 pages, mai 2026, 24 €.

Marie corédemptrice, mère, médiatrice et avocate, Guy Barrey, préface de Mgr Athanasius Schneider Éd. Via Romana, 235 pages, mai 2026, 24 €.