Alfred de Musset, enfant du siècle - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Alfred de Musset, enfant du siècle

On a dit de lui qu’il était mort de génie. Poète sensible et tourmenté, Musset (1810-1857) est surtout le fondateur du théâtre moderne.
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Comme Victor Hugo, Alfred de Musset est un enfant du siècle. Il naît en 1810. Élève consciencieux, il remporte les prix du concours général mais souffre d’être le plus intelligent, le plus doué, le plus petit et le plus joli de la classe par les jalousies qu’il suscite. Cet être hypersensible a de nombreux dons : dessin, musique, poésie, mais c’est la littérature qui finira par l’emporter. Il a besoin d’écrire pour fixer ses sentiments et libérer sa peine. Il a des faiblesses, il les connaît et s’en sert : le vin, l’alcool, les femmes. C’est d’ailleurs en parlant d’une femme qu’il écrira ce vers fameux : « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. »

Élevé par une mère amoureuse de Napoléon, il vit dans le souvenir de la gloire de l’Empire. Sa jeunesse lui semble morne et une seule chose l’occupe vraiment : l’amour. Sa beauté le rend précieux auprès des jeunes filles et des dames mais son cœur pur et entier souffrira de leurs infidélités. Très sensible à l’amitié, son plus cher ami étant son frère Paul, il est aussi très facilement blessé par les trahisons de ses amis. Comme Victor Hugo, il est le fils spirituel en poésie d’André Chénier et cette proximité avec le poète guillotiné le fait s’écrier : « La Grèce est ma mère ! » On sait que si la mère d’André Chénier était bien grecque, ce n’est pas le cas d’Alfred de Musset qui était issu d’une famille très ancienne installée entre Blois et Vendôme, qui avait un temps hébergé Ronsard et la Pléiade et qui comptait parmi ses ancêtres un frère de Jeanne d’Arc !

Musset est un aristocrate et son univers est celui de la noblesse de son temps. Il fut condisciple, lors de ses années au lycée, des fils de Louis-Philippe. Nourri au lait des antiques, il s’était remis au grec pour lire dans le texte Euripide et Sophocle avant d’écrire son drame le plus célèbre, Lorenzaccio. Il fait partie de la jeune garde romantique qui livrera bataille pour la représentation d’Hernani, mais s’écartera de l’exclusivisme romantique pour saluer le retour de la tragédie classique dû au génie de Rachel, actrice prodigieuse dont il tombera amoureux. On raconte que, dans un dîner que donnait Rachel, où se trouvaient des personnes très fortunées, un voisin de la comédienne l’ayant félicitée pour un diamant qu’elle portait au doigt, elle le mit aux enchères et obtint des sommes considérables. Se tournant vers le poète, elle lui dit alors : « Et vous monsieur le poète, que m’en offrez-vous ? » Il lui répondit : « Mon cœur. » Elle enleva le diamant et le posa alors dans l’assiette de Musset !

Il n’est pas vaniteux

Musset a touché à tous les genres : le poème, les contes, les nouvelles et surtout le théâtre. Son frère Paul disait de lui qu’il était mort de son génie, poids trop lourd à porter s’il n’est pas accompagné d’une immense vanité. Musset n’en avait aucune et, lorsqu’il sentait que sa phrase prenait un tour trop sérieux, il rompait l’élan par une plaisanterie. Son désespoir, qui est réel, est cependant léger. Son angoisse trouve un aboutissement dans « L’espoir en Dieu », magnifique poème en forme de profession de foi. Son rêve avait été de réunir une cour d’artistes et d’écrivains autour du duc d’Orléans, mais le fils aîné de Louis-Philippe mourut d’un accident de cheval et Musset ne put qu’exhaler sa plainte dans son très beau poème « Le Treize Juillet », qu’il écrivit pour l’anniversaire de cette mort. Il mourut lui aussi jeune, d’une maladie de poitrine qu’il traînait depuis son adolescence mais son œuvre, déjà célèbre de son vivant, inspira tous ceux qui écrivirent après lui au XXe siècle : Rostand, Guitry, Anouilh, Sartre… On peut dire qu’il est le fondateur du théâtre moderne.