Comment expliquez-vous le dynamisme du pèlerinage de Chartres et, plus largement, l’attrait du monde traditionnel sur la jeunesse ?
Père Antonius Maria Mamsery : Depuis quelque temps déjà, j’ai pu constater cette réalité chez les jeunes : ils en ont assez des demi-vérités… Ils recherchent la Vérité avec un grand V, quelque chose qui dépasse l’ordinaire, plus élevé qu’eux-mêmes. C’est pourquoi ils sont attirés par le « mystère ». Pas seulement par curiosité, comme certains pourraient le penser, mais en raison du sérieux avec lequel Dieu est vénéré selon la Tradition, « comme il était au commencement, maintenant et toujours. Et dans les siècles des siècles ». Ici, ils découvrent que, si Dieu est le Tout-Puissant, Il doit être vénéré ainsi… Comme notre patriarche Jacob, ils sont saisis de crainte et d’admiration : « Que ce lieu est redoutable ! C’est vraiment la maison de Dieu, la porte du ciel ! » (Gn 28, 17). Ils cherchent à s’agenouiller devant Celui face à qui tout le monde s’agenouille, du petit enfant au roi. Ils passeront des moments de bonheur, où le silence nourrit la liturgie, et feront l’expérience d’une voix qui parle doucement au vide qu’ils ont en eux.
De nos jours, l’Église parle souvent du Synode, qui signifie littéralement « marcher ensemble » : c’est exactement ce que font nos jeunes. Cette jeunesse manifeste que le Saint-Esprit tient la promesse de Notre-Seigneur selon laquelle l’Église ne sera jamais vaincue !
En quoi consiste exactement la « mission » ?
La mission, c’est avant tout l’Amour, dans son sens le plus profond. C’est se donner soi-même, jusqu’à verser son sang si l’occasion se présente. C’est ce qu’a fait le Fils de Dieu. Il était le missionnaire envoyé par le Père. Toute « mission » reçue doit découler de cet Amour, afin d’aimer nos prochains en leur annonçant la Bonne Nouvelle du Salut, pour leur parler du Vrai Dieu qui les aime au point de mourir sur la Croix pour eux. C’est ce que Notre-Seigneur nous a donné comme dernières paroles, comme un témoignage : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » (Mt 28, 19-20). Telle est, en résumé, la mission de chaque baptisé. À chaque messe, nous nous souvenons de ce mandat de notre Seigneur : ite missa est. « Allez, vous êtes envoyés »… Où ? Pour faire quoi ? À qui ? Tout simplement pour partager ce que nous avons reçu, c’est-à-dire l’amour de Notre-Sauveur à toute l’humanité, sans distinction. Comme nous en sommes encore loin ! Combien de millions d’êtres humains ne connaissent pas cette Vérité que nous connaissons ?
Tout croyant peut-il – ou doit-il – être missionnaire ?
Tout baptisé est missionnaire par vocation : il doit transmettre ce qu’il a reçu de ses ancêtres, sans inventer des vérités révélées, ni manipuler les choses de telle sorte que la génération suivante reçoive quelque chose d’étranger par rapport à ce qui a été transmis par Jésus-Christ, fondateur de l’Église. L’Église n’est la propriété de personne en tant que telle. Personne n’a le pouvoir de modifier sa doctrine révélée, ni d’édulcorer l’intégrité des dogmes par des manipulations subtiles ou philosophiques pour les adapter à nos sentiments ou à notre époque. Saint Paul nous met en garde avec des mots sévères : « Pourtant, si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 8).
En nous envoyant en mission, Notre-Seigneur ne nous a pas demandé une faveur, mais donné un ordre. Car ceux qui croiront seront sauvés, ceux qui s’obstineront dans l’erreur périront. Nous avons cette terrible mission de faire de toute l’humanité ses disciples, que cela nous plaise ou non ! Nous n’avons absolument pas besoin de dépenser de l’argent ni de passer du temps à débattre lors de grands congrès ou de réunions internationales pour « discuter » de la pertinence des paroles de Notre-Seigneur, au risque d’encourir Sa colère ! En effet, priver notre prochain de la possibilité de connaître la vérité est la manière la plus odieuse d’être sans pitié vis-à-vis de lui.
La liturgie doit-elle s’adapter pour toucher le cœur des gens ?
Dans le Credo, nous professons notre foi en l’Église « une, sainte, catholique et apostolique ». Plus nous nous efforçons de chercher des étincelles de vérité aux confins du monde, plus nous occultons le feu dévorant de l’Évangile. Dans le monde, il existe des milliers de cultures… Laquelle allons-nous choisir pour « adapter » la liturgie ? Et pourquoi celle-là et pas une autre ? Dans de nombreuses cultures, il manque le vocabulaire théologique qui peut définir correctement ce que nous exprimons dans notre foi catholique. D’autre part, il me semble que « l’expérience » malheureuse des soixante dernières années est plus éloquente que tout ce que je viens de vous dire.
En quoi la liturgie peut-elle être missionnaire ?
La liturgie exprime ce en quoi nous croyons, comment nous croyons, en qui nous croyons et la révérence que nous Lui devons… C’est pourquoi nous ne pouvons pas prendre cela à la légère. L’une des grandes erreurs de notre temps est de croire que la « participation active » à la liturgie consiste à gesticuler avec les mains et le corps, à faire du bruit et à jouer des instruments de musique, etc. Je demanderais humblement : oseriez-vous faire cela sous la Croix, en voyant votre Maître mourir dans d’horribles souffrances ? Non ? Alors pourquoi pendant la Sainte Messe ? Le Catéchisme de l’Église catholique nous enseigne que la messe est le même sacrifice de la Croix, offert sur nos autels… La destruction du caractère sacré de la liturgie en de nombreux endroits a été et reste la principale catastrophe de notre époque.
Les premiers missionnaires, lorsqu’ils se rendaient dans des pays étrangers sans en connaître la langue, se contentaient de célébrer la Sainte Messe avec révérence, et les païens étaient attirés par ces « beaux gestes », se détournant de leurs cultes païens pour se tourner vers ce Dieu véritable qui était tant respecté par les missionnaires. La liturgie elle-même était un appel à la conversion. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui… Tous les continents, mais surtout l’Europe et l’Amérique, sont témoins de la conversion d’un nombre massif de jeunes, non pas grâce aux prédicateurs célèbres de notre temps, ni grâce à des thaumaturges, mais grâce à la liturgie traditionnelle… Personne ne peut, en toute bonne foi, le nier ! C’est le Saint-Esprit qui révèle toute la Vérité, comme l’a promis Notre-Seigneur. De nos jours, de nombreux documents du Magistère nous invitent à nous ouvrir à l’écoute de l’Esprit… Je pense que c’est le moment, plus que jamais, d’écouter ce que l’Esprit du Seigneur communique à l’Église de notre temps à travers les milliers de jeunes qui cheminent ensemble avec joie, tout en faisant d’importants sacrifices, à la recherche de la Vérité.
La Congrégation de la Sainte-Croix
Fondée en 1976 par Mère Maria Stieren, missionnaire bavaroise en Tanzanie, avec l’aide du Franciscain italien Cornelio Del Zotto, pour s’occuper des pauvres, la Congrégation de la Sainte-Croix (à ne pas confondre avec la Congrégation de Sainte-Croix, fondée au Mans en 1873 par le bienheureux Basile Moreau) comporte deux branches : les Mères et les Missionnaires de la Sainte-Croix. Les religieuses sont plus d’une centaine, tandis que les Missionnaires comptent 20 prêtres (de plusieurs nationalités différentes) et 17 frères convers. C.V.