Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, l'apôtre de Marie - France Catholique
Edit Template

Le journal de la semaine

Edit Template

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, l’apôtre de Marie

Missionnaire infatigable, saint Louis-Marie Grignion de Montfort a éclairé le siècle de Louis XIV en enseignant comment aller « à Jésus par Marie ». Son apostolat a revitalisé la foi catholique dans l’ouest de la France. 310 ans après sa mort, France Catholique consacre un numéro à ce grand dévot de la Sainte Vierge.
Copier le lien

Louis Grignion naît le 31 janvier 1673 à Montfort-sur-Meu, petit village à l’ouest de Rennes. Deuxième enfant de 18 frères et sœurs, il ajoute, le jour de sa confirmation, le prénom de Marie au sien. Il complétera son nom de famille avec l’appellation « Montfort », le nom du lieu de son baptême, pour en signifier l’importance dans sa vie chrétienne. S’est-il tourné tout naturellement vers celle qu’il appelle sa « bonne Mère » jusqu’à la solliciter pour tous ses besoins ? Assurément, et avec une confiance sans faille. À l’âge de 14 ans, alors qu’il est scolarisé chez les Jésuites à Rennes, il prend conscience de sa vocation au pied de Notre-Dame de la Paix dans l’église des Carmes où il aime prier. Six ans plus tard, il arrive, avec la douceur qui le caractérise, à convaincre son père au tempérament bouillonnant qu’il ne sera pas comme lui avocat, mais prêtre.

Tempérament artistique

Preuve, s’il en faut, qu’il est déjà, à vingt ans, tout habité par Dieu, il quitte Rennes à pied pour gagner le séminaire Saint-Sulpice à Paris, en donnant ses vêtements à un mendiant et en faisant vœu de ne jamais rien posséder. Arrivé en loques dans la capitale, il est placé non à Saint-Sulpice mais dans une maison voisine pour ecclésiastiques pauvres. Pour payer ses études à la Sorbonne, il accepte de veiller les morts de la paroisse Saint-Sulpice, des heures de nuit qu’il emploie en oraison à genoux. Louis-Marie est un élève brillant, doté d’un tempérament artistique, cependant les mortifications exagérées qu’il s’inflige inquiètent ses professeurs et l’affaiblissent. Lorsqu’il achève ses études au séminaire, il forme une petite association dont les membres se vouent spécialement à la Vierge Marie. Pour la prier, ils se rendent en pèlerinage à Chartres, où Louis-Marie passe toute une journée en oraison devant la statue de Notre-Dame-sous-Terre, dans la crypte de la cathédrale. Tout naturellement, c’est à l’autel de la Sainte Vierge en l’église Saint-Sulpice qu’il célèbre sa première messe, après son ordination le 5 juin 1700.

Le voilà, à 27 ans, prêtre ! Le jeune homme est taraudé par le désir d’être missionnaire, de catéchiser les pauvres des campagnes tout en aspirant à une vie de retraite et de solitude. Comment répondre à toutes ses aspirations ? Louis-Marie mettra beaucoup de temps à trouver véritablement sa voie. Après une expérience décevante au sein d’une communauté de prêtres missionnaires à Nantes, il rencontre à l’abbaye de Fontevrault Madame de Montespan, l’ancienne favorite de Louis XIV, qui le recommande auprès de l’évêque de Poitiers, Mgr Girard, ancien précepteur de ses enfants. C’est ainsi qu’il s’attelle à prendre soin des malades à l’hôpital de Poitiers. Ces derniers sont si touchés de sa piété et de la pauvreté de ses habits qu’ils se cotisent pour lui faire l’aumône et supplient l’évêque de leur donner Louis-Marie pour aumônier. Il restera à leur service durant dix mois, dormant sur la paille, ne déjeunant point et ne mangeant pas beaucoup le soir. C’est à ce moment-là qu’il a l’idée d’une association de religieuses hospitalières qui verra le jour sous le nom de Filles de la Sagesse.

Première expulsion

Repéré pour son zèle au service des âmes, il est souvent appelé dans la ville de Poitiers pour prêcher, confesser du matin au soir et prodiguer quelques catéchèses à de jeunes gens. La direction de l’hôpital prend ombrage de son influence et Louis-Marie est expulsé ! Commence alors un temps de rejet pour le jeune prêtre. Il part pour Paris et commence au printemps 1703 un apostolat au sein de l’hôpital de la Salpêtrière. Au bout de quelques semaines seulement, il trouve sous son assiette un billet lui intimant l’ordre de partir sur-le-champ. Louis-Marie, abandonné, isolé, se retire dans un misérable réduit de la capitale, rue du Pot-de-Fer. C’est alors qu’il relit d’une façon spirituelle l’épreuve crucifiante qu’il est en train de vivre. Il écrit à Marie-Louise Trichet, première Fille de la Sagesse restée à Poitiers : « Les hommes et les diables dans cette grande ville de Paris me font une guerre bien aimable et bien douce. Qu’on me calomnie, qu’on me raille, qu’on déchire ma réputation (…). Que ces dons sont précieux, que ces mets sont agréables (…). Ce sont les équipages et les suites nécessaires de la divine Sagesse, qu’elle fait venir dans la maison de ceux où elle veut habiter. Quand viendra-t-elle loger chez moi? » Alors qu’il ne sait pas ce qu’il va devenir dans sa vie de prêtre, il rédige dans le plus grand dénuement un ouvrage, L’Amour de la Sagesse éternelle, une magnifique méditation tirée du Livre de la Sagesse de l’Ancien Testament où il souligne : « La Sagesse est la Croix et la Croix est la Sagesse. »

Il sera tiré de sa retraite forcée par des ermites du Mont-Valérien qui cherchent un homme de sa réputation pour ressouder leur communauté divisée. Louis-Marie ne leur offre pas de mots mais un exemple édifiant de présence à Dieu à travers de longues heures de prières. Tandis que la communauté retrouve la paix, le jeune prêtre reçoit une supplique de quatre cents pauvres de l’hôpital de Poitiers pour qu’il revienne parmi eux. Dès son retour, il entreprend une rénovation spirituelle mais aussi matérielle de l’hôpital en imposant hygiène et propreté. Une fois encore, son investissement suscite agacement et jalousie et il est contraint de se retirer pour laisser les deux premières Filles de la Sagesse continuer son œuvre.

Priorité à la mission

Comment discerner la volonté de Dieu à travers les échecs et les humiliations ? À 31 ans, Louis-Marie se dit qu’il est temps, enfin, de se donner cœur et âme à la mission. Il propose à l’évêque de Poitiers, Mgr de La Poype, de prêcher dans les quartiers pauvres de la cité. Toisé par quelques clercs jansénistes, il ravive la foi des fidèles dans plusieurs paroisses et les appelle à renoncer à Satan en organisant un autodafé où sont brûlés des livres jugés mauvais. Il est aussitôt dénoncé par des opposants et chassé du diocèse. Afin d’y voir plus clair dans sa vocation, Louis-Marie part en pèlerinage à Rome à pied. Deux mois plus tard, le 6 juin 1706, après avoir parcouru 1500 kilomètres, il est reçu en audience par le pape Clément XI et lui expose son désir d’aller évangéliser les âmes, pourquoi pas au Moyen-Orient. Le Saint-Père décèle en ce jeune prêtre français un envoyé du Ciel pour lutter contre le jansénisme qu’il vient de condamner en juillet 1705 : « Vous avez, Monsieur, un assez grand champ en France pour exercer votre zèle; n’allez point ailleurs ! » Clément XI lui donne le titre de missionnaire apostolique et lui remet un crucifix en ivoire que le Père de Montfort gardera toute sa vie.

Fort de cet encouragement papal, Louis-Marie revient dans sa Bretagne natale à Rennes, puis à Montfort, il rayonne ensuite dans les diocèses de Saint-Malo et de Saint-Brieuc gagnant l’appellation de « Bon Père de Montfort ». Un soir à Dinan, portant sur son dos un miséreux couvert de lèpre trouvé sur son chemin, il frappe à la porte de la maison des missionnaires en criant : « Ouvrez à Jésus-Christ! » L’homme défiguré par la maladie dormira dans le lit de Louis-Marie. Pour autant, les attaques à son encontre ne cessent jamais. En 1709, il fait ériger un monumental calvaire à Pontchâteau. Le jour de l’inauguration, le 13 septembre 1710, devant vingt mille personnes, il reçoit un pli de l’évêque de Nantes. C’est un coup de tonnerre : un de ses adversaires, par pure inimitié, obtient non seulement que le calvaire ne soit pas béni, mais, qu’en plus, il soit détruit. Après cette épreuve, interdit de prédication, il se retire à Nantes où il entre dans le Tiers-Ordre dominicain, attiré par la dévotion au rosaire. Il s’illustre dans le sauvetage héroïque de centaines d’habitants lors de terribles inondations qui touchent les faubourgs des bords de la Loire.

Le triomphe de La Rochelle

Porté par sa réputation de sainteté, il est appelé par l’évêque de Luçon puis par celui de La Rochelle où l’on compte encore beaucoup de protestants. Dans ses missions, Louis-Marie prêche le rosaire, fait planter des croix et organise d’immenses processions qui frappent les esprits. Dans ses processions de renouvellement des promesses du baptême (voir p. 14 et 15), n’étaient acceptés dans le cortège principal que ceux ayant à la main un chapelet, une croix ou le « contrat d’alliance avec Dieu » qu’il avait rédigé. Ceux qui en étaient dépourvus, ou qui ne s’étaient pas confessés ou qui ne faisaient partie de la paroisse, marchaient plus loin. Le Père de Montfort a le sens de la mise en scène : lors d’une mission à Fontenay-le-Comte, il avait demandé à 33 « pénitents blancs », en référence à l’âge du Christ, de disposer des tissus lors du passage du Saint-Sacrement, afin de rappeler l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem, lors des Rameaux. À la fin de chaque mission, il distribuait, à ceux qui avait assité à leur intégralité, des petites croix bénites avec la permission spéciale du Pape, où étaient inscrits les Noms de Jésus et Marie.

La mission à La Rochelle est un triomphe un peu trop voyant et cela va encore lui attirer des ennuis. L’homme de Dieu n’en a cure, il se nourrit de silence et de prière, se retire dans des ermitages, comme celui de Mervent en Vendée et des témoins privilégiés le surprennent parfois en conversation avec « une belle dame blanche en l’air ». En 1712, il compose son célèbre Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge. Devenu une référence en matière de doctrine mariale, il ne fut retrouvé de manière providentielle que 130 ans plus tard, en 1842.

Sent-il que sa jeunesse ne va pas résister longtemps à l’extrême fatigue de la mission ? Il part à Paris pour recruter au sein du séminaire du Saint-Esprit les premiers éléments de la congrégation dont il rêve : la Compagnie de Marie. Trois ans plus tard, son dernier apostolat se déroule en Vendée à Saint-Laurent-sur-Sèvre où il arrive épuisé par une pleurésie aiguë. En dix ans, Louis-Marie aura prêché pas moins de 200 missions et retraites, sillonnant l’Ouest par de difficiles chemins, souvent boueux. Le 28 avril au soir, entouré par sa petite compagnie forte de sept frères et deux pères, il se confesse et dicte son testament puis bénit la foule qui se presse à la porte de sa chambre. Pour encourager ceux qui l’entourent, il entonne le couplet d’un cantique qu’il affectionne : « Allons, mes chers amis, allons en paradis, quoi qu’on gagne en ces lieux, le paradis vaut mieux. » Pour son dernier voyage, à l’âge de 43 ans, il tient dans une main un crucifix et, de l’autre, une statuette de la Vierge Marie, sculptée avec tendresse par ses soins, comme pour emporter avec lui celle qui l’a toujours accompagné.