Le mystère central de la foi chrétienne est celui de la rédemption opérée par le Christ, Fils éternel, Dieu fait homme, unique médiateur venant réconcilier la terre au Ciel et réparer la brisure du péché des origines. À ses côtés, la figure de la Vierge Marie apparaît avec une discrétion qui n’est qu’apparente. Car si tout vient du Christ, la tradition de l’Église n’a cessé de contempler en Marie une participation singulière à cette œuvre du salut, voulue par Dieu lui-même et prophétique pour nous. Sa place unique ne diminue pas la gloire du Sauveur mais en manifeste la surabondance et la fécondité car Marie coopéra « d’une manière toute spéciale à l’œuvre du Sauveur par son obéissance, sa foi, son espérance et son ardente charité » rappelle la constitution dogmatique Lumen gentium (concile Vatican II).
Marie, Ève nouvelle
Dans l’évangile de saint Jean, Marie n’est jamais nommée mais pourtant bien présente. Jésus l’y appelle « femme », un nom commun qui était aux origines propre : celui d’Ève, la première « femme ». La tradition patristique a souvent souligné le parallèle en forme d’antithèse entre Ève, dont la désobéissance avait amorcé la chute, et Marie, dont le « oui » libre et amoureux introduit le monde dans sa rédemption. « Nouvelle Ève », Marie agit au premier instant de l’Incarnation, par l’indispensable « fiat » de l’Annonciation. Elle accompagne ensuite avec discrétion son Fils, le nouvel Adam. Quoique semblant s’effacer après les années de l’enfance, elle demeure présente, en particulier lorsque Jésus approche de son « heure » : celle du sacrifice rédempteur. On la retrouve ainsi à Cana, induisant le Christ à accomplir le premier de ses « signes », entrant à sa demande dans la phase finale de sa mission et faisant advenir son « heure ». Elle est fidèle jusqu’à la Croix, dans l’obscurité du Vendredi Saint et s’unit au sacrifice de son Fils, qu’elle offre en s’offrant avec lui, dans une communion d’une profondeur insondable. « Femme, voici ton Fils » : depuis le trône paradoxal du Calvaire, Jésus lui confie une maternité nouvelle et spirituelle qui élargit la mission de la « nouvelle Ève » aux dimensions de l’humanité et la constitue mère de l’Église naissante.
Médiation irremplaçable
Dieu a voulu que Marie soit associée de manière nécessaire et aussi étroite que possible au mystère de la rédemption du genre humain tout entier, lui conférant librement une place unique et indispensable dans son plan de salut. Cette médiation de Notre-Dame, irremplaçable et cependant entièrement subordonnée et dépendante de celle de son Fils, est le fondement de la dévotion spontanée et affectueuse, toute particulière, que l’Église et les fidèles portent à Marie. Mais cette association sans comparaison au mystère du salut est aussi voulue par Dieu comme une invitation adressée à tout homme de bonne volonté : ayant choisi de nous sauver par l’envoi d’un unique médiateur – son propre Fils – capable de réparer pour les péchés du monde entier, le Seigneur a cependant voulu associer ses enfants à leur propre rédemption. La participation spéciale qu’y prend Marie met en lumière la vocation de tout chrétien, marque insigne de confiance du Père et source d’une immense dignité : coopérer librement à son propre salut.
Notre mission à l’image de Notre-Dame
Dieu « tout-puissant et souverainement libre » aurait pu sauver le monde autrement et sans le consentement d’aucune créature, mais il a voulu impliquer dans son œuvre la liberté de l’homme, cause même de l’irruption du mal dans l’univers visible, afin de lui permettre de contribuer à en réparer le désordre. En Notre-Dame, la réponse humaine à l’appel de la grâce atteint une perfection sans égale, ce qui lui permet d’être intégrée entièrement à l’intérieur même de l’acte d’offrande d’amour de son Fils : au Calvaire elle n’offre pas une oblation distincte mais s’unit à l’unique sacrifice du Sauveur. Entièrement tournée vers Dieu, transparente de lui, livrée à l’Esprit et unie en tout au Cœur de son Fils, Marie est l’instrument libre mais parfaitement docile de Dieu pour opérer le salut de tout le genre humain. La mission qu’elle accomplit en perfection est aussi la nôtre, associés par le baptême au mystère pascal du Christ, constitués « prêtres » et ainsi chargés d’offrir avec lui nos sacrifices, afin qu’ils soient intégrés à son offrande d’amour pour la rédemption du monde. Au pied de la Croix il y avait Marie, saint Jean, Marie-Madeleine… il reste une place pour nous !
Marie : moule divin à l’image du Fils
Comment se laisser former par Notre-Dame pour participer comme elle et avec elle au sacrifice de son Fils ? Saint Louis-Marie Grignion de Montfort enseigne que Dieu, ayant donné une place si particulière à Marie dans le mystère de l’Incarnation, veut encore passer par elle pour venir à nous (dans le mystère de la dévotion). Pour lui, la « vraie dévotion » à la Sainte Vierge est la voie « la plus sûre, la plus courte et la plus parfaite » pour parvenir au Christ : « tout à Jésus par Marie ». Comme la sainte humanité du Sauveur, instrument de notre rédemption, fut formée dans le sein de Notre-Dame neuf mois durant, les chrétiens qui se blottissent auprès de Marie seront eux aussi façonnés à l’image du Fils éternel – comme dans un moule précieux –, pour participer comme elle au salut.
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