Vocations : l’appel du Carmel - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Vocations : l’appel du Carmel

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Sainte Thérèse d'Avila © Adobe Stock / Joan

« L’âge avançant, le nombre diminuant, les vocations se faisant attendre, des renforts extérieurs impossibles à trouver, nos Sœurs carmélites de Compiègne ont décidé la fermeture de leur communauté.» C’est en ces termes que Mgr Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais, annonçait, le 21 avril dernier, la fin d’une histoire de quatre siècles.

Car c’est en 1641 que fut fondé à Compiègne le Carmel de l’Annonciation, selon la règle de sainte Thérèse d’Avila. De toute évidence, il s’agit pour l’ensemble de l’Église en France d’une épreuve morale et spirituelle, d’autant que cette communauté était forte de la mémoire des seize religieuses guillotinées à Paris, le 17 juillet 1794, en haine de la foi. Leur canonisation avait été approuvée par le pape François le 18 décembre 2024 et l’événement célébré solennellement à Notre-Dame de Paris le 13 septembre dernier.

Leur exemple se réfère à leur acte de consécration prononcé chaque jour de leurs dix-huit mois d’emprisonnement, en faveur de la paix en France et dans l’Église. On se souvient que c’est grâce à Gertrud von Le Fort en Allemagne et à Georges Bernanos que leur souvenir a pu être transmis, et on peut même dire sauvé de l’oubli. Sans doute les deux écrivains ont-ils ajouté au rappel historique des éléments de leur imagination, surtout le personnage de Blanche de La Force, mais c’est pour mieux mettre en lumière un témoignage de foi surnaturelle digne de traverser les siècles.

Quelques mois après la cérémonie à Paris et le pèlerinage au cimetière de Picpus qui attira l’attention sur la continuité et la fécondité de la famille du Carmel, la décision des religieuses de Jonquières (qui avaient succédé à Compiègne) vient apporter une note de tristesse qui s’ajoute au constat d’une déchristianisation et d’une pénurie de vocations. Il faudra en tirer toutes les leçons, notamment sur les sources possibles d’un renouveau qui n’ont rien à voir avec l’alignement sur les idéologies séculières et ce que l’Évangile appelle «l’esprit du monde». L’actuel essor des baptêmes d’adultes est là pour montrer que c’est une exigence de cohérence intérieure et d’aspiration au surnaturel qui conduit tous ces jeunes gens à demander le baptême.

L’exemple d’Edith Stein

C’est dans ce contexte que nous pouvons mieux comprendre à quel point l’aventure du Carmel peut se poursuivre et éclairer nos contemporains. Il est assez extraordinaire que cette tradition, dans la fidélité à la fondatrice, ait suscité les figures de sainteté les plus remarquables de l’époque contemporaine : sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, sainte Élisabeth de la Trinité et sainte Thérèse Bénédicte de la Croix. La véritable promotion de la femme dans l’Église, ce sont ces trois carmélites qui l’incarnent au plus haut point. Pour ne prendre que l’exemple de la troisième, Edith Stein, il faut retenir la leçon d’une femme, de très haute exigence intellectuelle, qui découvre que la fondatrice du Carmel introduit à l’exigence suprême de vérité, à l’expérience la plus profonde de la prière et à la découverte de l’humanité du Christ, Dieu fait homme pour notre Salut1.

Ce qui ouvrit les portes du Carmel à la martyre d’Auschwitz s’offre à une génération nouvelle, pour peu qu’elle s’ouvre au mystère intérieur à notre humanité. 

  1. Edith Stein, Cécile Rastoin, Spiritualité Lexio. ↩︎