Et les « philosophes » s'élancèrent vers la Révolution - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Et les « philosophes » s’élancèrent vers la Révolution

En dissociant la foi et la raison, le naturel et le surnaturel, Luther, Calvin, puis les « philosophes » en France ont sapé les fondements de la société chrétienne.
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La Table ronde, 1850, Adolph von Menzel, huile sur toile. On distingue le philosophe Voltaire parmi les invités du château de Sans-Souci.

La crise de la conscience européenne. 1680-1715. L’historien Paul Hazard  (1878-1944) donna ce titre à un livre important qui analyse la transformation de l’esprit public en France et en Europe à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe. Cette transformation était résumée dans une formule célèbre : « Tout le monde pensait comme Bossuet, tout le monde se mit à penser comme Voltaire. »

En réalité, la pensée occidentale suivit un mouvement entamé beaucoup plus tôt avec Luther et Calvin. Pour ces derniers, la raison devait être exclue du domaine de la foi, Luther la qualifiant même de « putain du diable à reléguer aux latrines ». Ainsi la raison fut séparée de la foi, et même si tous n’allèrent pas jusqu’à l’outrance de Luther, il en resta une suspicion sur tout ce qui venait de la raison en matière spirituelle.

Dans un texte célèbre qui plus tard influencera Karl Marx, Descartes se fit l’écho de cette séparation en écrivant, après avoir constaté que la raison n’était d’aucun secours dans les choses surnaturelles, qu’il fallait mieux appliquer son intelligence à tout ce qui était de l’ordre naturel et notamment à l’exploitation de la nature. Dans les bibliothèques des personnes cultivées de ce temps, les traités d’économie et de physique remplacèrent alors les traités de spéculation intellectuelle, de philosophie et de théologie. Le regard de l’intelligence se tourna vers les choses de la matière pour tenter de les exploiter au mieux. Ainsi naîtra la plus grande hérésie des temps modernes qui porte le nom de « naturalisme ». Ce ne fut pas une hérésie en forme, comme une doctrine opposée à celle de l’Église, mais plutôt un tour d’esprit nouveau qui ne prétendait pas s’opposer frontalement aux dogmes de la foi, mais plutôt à organiser la vie des hommes comme si la foi n’était pas une matière intéressante. Marx appellera plus tard ce tour d’esprit « le matérialisme pratique », par opposition au matérialisme théorique dont il disait qu’il ne faisait que renforcer le spiritualisme. En effet, le matérialisme théorique consistait à bâtir une philosophie qui, en niant Dieu et l’esprit, renforçait par là même la question de leur existence.

La faute à Rousseau

Les élites du temps de la crise de la conscience européenne changèrent de regard et Voltaire ridiculisera par son ironie ceux qui avaient gardé le souci de l’ordre des vérités anciennes. Il est important de souligner que cette crise se répandit alors même que les institutions paraissaient inébranlables. Le Roi-Soleil abordait la seconde partie de son règne qui, si elle fut moins glorieuse que la première, fut plus dévote et s’imposait encore à l’Europe. Lorsque Louis XVI commencera à s’apercevoir de l’ampleur de ce mouvement d’esprit, il sera trop tard et la Révolution sera déjà engagée. Cette Révolution visait la chute de tout ce qui constituait l’ordre des sociétés pour créer un ordre nouveau bâti sur la seule volonté humaine. Ceux que l’on a appelés « les philosophes », Rousseau, Voltaire, Diderot furent utilisés à cette fin, et tous ceux qui semblaient s’y opposer furent impitoyablement écartés ou guillotinés.

Il s’agit d’un des plus grands phénomènes intellectuels et historiques qui se fût produit depuis le commencement de l’ère chrétienne et qui tend à s’opposer à tout ce que la Révélation avait apporté : unité de la nature et de la surnature, unité de la raison et de la foi, unité de la grâce et de la nature. Depuis cet « événement », tous les systèmes et attitudes politiques sont conditionnés par l’ampleur de cette révolution dont nous n’avons pas fini de voir les conséquences…